Conduite du changement, ou l’illusion de la nouvelle réalité espérée

 

Enfermé trop souvent dans une tour d’ivoire conceptuelle, propre au formatage de la pensée par le mental plus que par le cœur, et convaincu que la fonction légitime le savoir de son titulaire, le dirigeant mesure en permanence le décalage entre l’intention du nécessaire changement qu’il déclame, et sa traduction dans les comportements des acteurs auxquels elle s’adresse. C’est pourtant son acte de vente principal, à destination de ses actionnaires, investisseurs, analystes, clients, fournisseurs et corps social, et qui fonde sa responsabilité. Oubliant que le changement est dans la nature même de la vie, et que le respect de ce qui le rend possible en favorise la bonne réalisation, il met en surtension par son volontarisme incantatoire ce cycle naturel de tout organisme dans son adaptation à l’environnement, à condition qu’il s’y retrouve. Qui plus est par un discours culpabilisant sur le poncif de la résistance au changement des frileux, des réticents et autres corporatismes de tout poil*, voire de la fracture générationnelle entre "anciens et modernes". Tout ceci ne fait que rajouter à la friction naturelle des éléments lorsque l’harmonie ne préside pas au fonctionnement de l’ensemble. Non que certaines résistances délibérément orchestrées ne soient pas fondées : mauvaise volonté, craintes d’un futur différent de l’existant, inertie d’un système ankylosé... Mais parce que la méthode employée va tout simplement à l’encontre du bon sens.

Ainsi le discours des élites politiques, tout particulièrement des représentants des grands corps type Bercy composés des "grosses têtes" sorties du moule à penser que sont par exemple l’École Nationale d'Admistration (ENA appelée à être rebaptisée École Publique d'Administration) ou Sciences Po, à l'encontre des "gueux et manants" - le petit peuple - taxé avec mépris et arrogance de bouseux ignares et autres Gilets jaunes abêtis, le tout avec la complicité des relais médiatiques serviles et de leurs soi-disant experts, journalistes ou représentants de la société (in)civile pérorant à tout bout de champ...

 

Ce dernier nécessite tout naturellement en premier lieu la compréhension en profondeur de la donne en place. C’est un tri judicieux à faire entre les pseudos solutions toutes faîtes – les sparadraps ou cautères - pour résoudre les difficultés rencontrées dans le fonctionnement, et la compréhension du réel problème dans son origine pour y apporter la réponse adéquate. La promesse d’un grand chambardement calé sur la résolution des problèmes fonctionnels, et donc relationnels, de l’existant n’est en effet qu’une illusion, appelée au passage à faire la fortune des conseils extérieurs réparateurs, alors que l’analyse dégagée des apparences, des anecdotes, des cas particuliers, des jugements à l’emporte-pièce et des projections accusatoires, permet en détricotant le fonctionnement de l’organisation d’en comprendre le pourquoi des nœuds toxiques. Sur les symptômes apparents, tout le monde a son avis, forgé à l’aune de ses convictions, interprétations et fantasmes. Sur la nature profonde du dysfonctionnement, dégagée de l’émotionnel, le regard doit être tout autre : quelle structure est nécessaire pour quel objectif marché, et ensuite quelle organisation en permet la réponse. Si cette dernière dysfonctionne, c’est que la stratégie des interrelations mise en œuvre ne répond pas à la première donne, soit parce qu’elle est incomprise, soit qu’elle est dépassée. Aussi la récolte des données ne peut se faire à partir de l’interrogatoire des acteurs concernés, chacun traduisant une vision forcément parcellaire même si elle est de bonne foi. Et si les réponses apportées ne sont que des sparadraps superficiels, le résultat final sera particulièrement salé, en coûts de traitement inutiles et en renforcement du discrédit.

 

La pratique consistant à externaliser vers l’IA des tâches impliquant le jugement humain, l’intelligence émotionnelle ou les compétences interpersonnelles, qui est nommée le "déchargement social", comporte des risques importants, notamment l’atrophie des compétences humaines essentielles, une dépendance accrue à la technologie et l’affaiblissement des relations professionnelles. À mesure que l’IA devient une "prothèse sociale", les individus, en particulier les jeunes générations, risquent de perdre la capacité de gérer des situations sociales complexes, de résoudre des conflits ou de faire preuve d’empathie sans assistance technologique. C'est ainsi que lorsque l’IA est utilisée pour rédiger des e-mails délicats, gérer des conflits ou tenir compagnie, les individus ne développent pas les "compétences non techniques" nécessaires telles que l’empathie, la négociation et l’intelligence émotionnelle. Cela ne peut qu'entraîner un déclin de la capacité à gérer des interactions humaines à enjeux élevés.

Ce qui est certain, c'est que l’intelligence artificielle n’est plus un gadget de laboratoire. Depuis l’explosion de l'IA générative* comme OpenAI (Chat-GPT) et de ses concurrents américains tel Anthropic, les grandes entreprises accélèrent l’automatisation des tâches intellectuelles, n'hésitant pas également à s'associer pour se diversifier dans la concurrence avec les cabinets de conseil afin de capter le business de l'intégration de l'IA dans les entreprises  (OpenAI avec les fonds Bain, Advent, TPG & Brookfield, Anthropic avec Blackstone et Goldman Sachs pour offrir ses services). Et cette fois, les victimes potentielles ne sont plus les ouvriers ou les caissiers, mais les professions intermédiaires diplômées : analystes, juristes juniors, consultants, développeurs ou assistants administratifs. Depuis trente ans, les élites économiques promettent que chaque rupture technologique créera plus d’emplois qu’elle n’en détruit. Mais pour la première fois, même les ingénieurs, les analystes financiers et les juristes comprennent qu’ils pourraient devenir remplaçables, le discours des géants de la tech reposant sur une logique simple : remplacer les tâches répétitives intellectuelles par des modèles capables de produire textes, analyses, codes informatiques ou synthèses juridiques à un coût marginal proche de zéro. Dans plusieurs banques américaines et cabinets d’audit, des outils d’IA rédigent déjà rapports financiers, notes de conformité et présentations internes en quelques secondes... En d'autres termes, l’IA touche cette fois le cœur même du travail cognitif !

L'intelligence artificielle générative ou IA générative (en anglais : generative artificial intelligence ou GenAI) est un type de système d'intelligence artificielle (IA) capable de générer du texte, des images, des vidéos ou d'autres médias en réponse à des requêtes ou invites (en anglais prompts).

Cf. en complément Conscience du XXI° siècle.

 

IA et travail

L'IA et le travail. L'impact de l'IA sur le travail. Ce débat ne fait que commencer, et il risque de durer encore des années. Car l'impact de l'IA sur le travail est un sujet incontournable, qui alimente les conversations et les débats, agite les boards des entreprises, perturbe les modèles de prévision d'emploi et de croissance des économistes et les réflexions plus profondes sur l'évolution d'une société qui était centrée sur le travail.

Le Wall Street Journal a convoqué 16 économistes de renom dont 1 prix Nobel pour leur demander si l'IA va améliorer la vie des travailleurs ou les remplacer. Sans surprise, les avis sont variés, voire opposés.

Ils sont au moins d'accord sur un point : l'IA va faire exploser la productivité. Cela  bénéficiera certes aux grandes entreprises, mais également aux PME et ETI. A la question l'IA va-t-elle détruire de l'emploi, les avis sont plus partagés. Avec deux camps.

. Le camp de la "destruction créatrice", qui pense que de nouveaux jobs vont être créés, des jobs que nous n'imaginons pas encore.

. Le camp de la "destruction destructrice", qui pense que c'est la première révolution industrielle qui a pour vocation de remplacer l'homme (ou la femme) sans offrir de nouvelles voies.

Pour un des économistes, nous sommes dans les "Between Times", la période de transition. Nous n'avons pas encore totalement intégré l'IA, et nous n'avons donc pas son plein effet, du fait notamment de réticences des personnes qui craignent qu'accélérer l'intégration de l'IA leur fasse perdre leurs jobs. Les répondants sont nombreux à penser que nous n'en sommes qu'aux prémices, et que l'impact sur la productivité est donc pour l'instant encore limité.

À la question de savoir comment s'y préparer, les réponses sont variées : développer son jugement plus que l'analyse de données, continuer à s'éduquer car historiquement l'éducation a été la meilleure réponse aux nouvelles technologies, choisir un domaine de passion, pas de raison.

 

L'Intelligence Artificielle recrute... autre regard à conscientiser

La main sur le cœur, ses chantres en vantent l'efficacité au service de l'entreprise confrontée au nombre parfois conséquent pour les plus renommées de CV reçus, qui peuvent passer un temps considérable à les traiter ou doivent payer cher des cabinets qui vont leur facturer un temps tout aussi considérable à opérer le tri. Ils se veulent rassurants, considérant que la patte ou griffe humaine version animale demeure... Bel aveu de culpabilité ! Car ses algorithmes qui s’imposent sans coup férir conduisent à une cascade de dégâts dans le traitement mécanisé de ces CV de par leur absence totale d'intuition, limite d'incapacité cognitive oblige... Il en est de même avec l'appel aux systèmes sophistiqués des entretiens vidéo, voyant les candidats se connecter chez eux sur une plateforme et être enregistrés par vidéo en répondant à quelques questions. L'IA, comme celle de Hire Vue (USA) pionnière dans le domaine ou Easy Recrue, une société bien française, va alors analyser ces entretiens selon leur modèle établi, c'est-à-dire analyser le langage à travers les mots utilisés, la  richesse du vocabulaire, le rythme et le phrasé. La version américaine va encore plus loin, utilisant les expressions du visage pour connaître le degré de stress et/ou de sincérité du candidat. En dehors du fait que cette dernière analyse se révèle peu fiable sur les individus à peau foncée, cette "déshumanisation" propre à une fin de cyclicité civilisationnelle a des effets particulièrement pervers, puisque derrière la conception de l'IA se trouvent des "humains" qui ont leurs propres "filtres", leurs propres "biais" cognitifs, nourris de leurs névroses sinon psychoses. Et comme ils n'ont pas réalisé leur individuation qui leur aurait empêché de se mettre au service de la robotisation des esprits, ils sont bel et bien les relais inconscients d'un système prédateur asservisseur...

Quant aux "recruteurs", qu'ils soient en entreprise ou en cabinet dédié, ils vont donner des critères d’évaluation basés sur les talents considérés comme "modèles", c'est-à-dire comme subordonnés parfaits. Autant dire qu'ils conduisent à reproduire, pour ne pas dire "cloner", des profils d’employés dédiés à la poursuite d'un modèle asservisseur et non libérateur comme trop souvent pensé !

 

En 2025, seuls 7 % des salariés français utilisaient quotidiennement un outil d'IA. Mais les signaux faibles s'accumulent : gel des recrutements dans le numérique et les services, arbitrages budgétaires de plus en plus tranchés en faveur de l'outillage automatisé. L'IA présente en effet une caractéristique rare : des coûts marginaux proches de zéro, sans charges sociales, sans congés maladie, sans convention collective. C'est ainsi qu'une étude conjointe de la Coface et de l'Observatoire des emplois menacés et émergents, publiée au premier trimestre 2026, identifie environ 5 millions de salariés français directement exposés à l'automatisation dans les deux à cinq prochaines années. Ce que la vague précédente avait épargné - ingénieurs, développeurs, juristes, fonctions administratives - est désormais dans le viseur des IA dites "agentiques", capables de planifier et d'exécuter des tâches complexes sans supervision humaine.

Le véritable enjeu apparaît de ce fait comme moins technologique que financier. Car dans un contexte de croissance faible et de pression sur les marges, l’IA apparaît comme un formidable levier de réduction des coûts salariaux, les grands groupes y voyant une occasion historique de comprimer les effectifs qualifiés tout en maintenant la production.

 

Inventaire avant fermeture : le crépuscule des cadres, cette exception française

En France, les "cadres" constituent une espèce exotique de salariés, qui tient à bien rappeler qu'elle ne fait pas partie du prolétariat, aimant si souvent rêver qu'elle appartient au patronat. Cet héritage des années 30, qui a structuré l'économie française de l'après-guerre, s'apprête désormais à vivre des moments bien difficiles. Car un phénomène structurel guette le cadre comme le loup les troupeaux de moutons à la tombée de la nuit : l'intelligence artificielle.

Le rideau se lève ainsi sur la grande illusion du progrès technologique "au service de l’humain". En observant les chiffres de l’emploi américain de fin 2025 et début 2026, le constat est sans appel : le "grand remplacement" des cadres et des diplômés par l’IA n’est plus une dystopie de science-fiction, les analyses indiquant de façon de plus en plus précise qu'un tiers des emplois actuels de cadres devrait disparaître, victimes de l'efficacité de l'IA. La saignée devrait toucher en priorité les emplois de cadres "subalternes", aux tâches souvent répétitives ou peu imaginatives, que l'intelligence artificielle peut optimiser. La mécanique serait la suivante : là où les entreprises ont besoin de trois cadres pour opérer, elles supprimeraient un cadre sur trois, en introduisant l'intelligence artificielle dans le processus de production.

Pour ceux qui, dans ce lot, ont passé le cap des 40 ans, il y a un peu de souci à se faire, car la "réinsertion professionnelle" risque d'être douloureuse. C'est particulièrement vrai pour les cadres moyens, qui ont peu d'autonomie dans leur poste et dont la créativité est peu sollicitée (ils sont généralement chargés de vérifier que les procédures sont bien respectées et que tout le monde obéit bien au manuel du parfait salarié).

L'époque va se charger de rappeler qu'il y a, dans cette notion d'encadrement, une forme de synonymie. Car qu'est-ce qu'un cadre ? Un patron, on le sait en écoutant le mot : le patron est celui qui commande comme un père. Un ouvrier, un employé, sont aussi assez facilement reconnaissables : l'ouvrier est celui qui œuvre de ses mains, l'employé est celui qui occupe un emploi dans une entreprise. Par l'œuvre du temps, l'employé est devenu le salarié qui n'était pas ouvrier. Mais le mot est assez parlant...

Quant au cadre, il est dans les faits chargé "d'encadrer", c'est-à-dire de s'assurer que le processus de travail est sous contrôle. Par nature, le métier du cadre est de vérifier que chacun est bien à sa place : que le patron patronne et que l'employé ou l'ouvrier obéissent. C'est un inspecteur des travaux finis, en quelque sorte. Avec l'évolution de l'économie contemporaine, le cadre est devenu de plus en plus un bureaucrate : l'eau où il fraie est celle des innombrables couches de "coordination" qui pullulent dans des entreprises toujours plus grandes, plus complexes et dont le fonctionnement est de moins en moins saisissable. Et voilà que ce gardien de l'ordre, ce conservateur par essence, voit son existence menacée par le progrès technique.

Pour la France en entier, qui a érigé ce métier de "gardien de l'ordre" en catégorie socio-professionnelle bénéficiant d'une rente particulière, avec un statut particulier, et des avantages spécifiques, on voit comment le monde qui prend forme est dangereux. Les mécanismes de stabilisation de notre société sont menacés. Et cette évolution était nécessaire, le cadre s'étant trop souvent imposé comme une sorte de petit aristocrate chargé de retarder le plus possible notre adaptation au monde. En ce sens, le poids des cadres en France est un facteur supplémentaire d'avachissement du pays. En effet, le métier ordinaire du cadre est de figer les organisations, sa loyauté à sa mission expliquant largement la perte de compétitivité constatée des entreprises, où il est devenu si dangereux, si provocateur, de proposer la moindre innovation, sauf à convoquer d'interminables groupes de travail dont la fonction est de "castrer" l'innovation. Qui plus est, le fait que le cadre soit une catégorie à part contribue largement à la souffrance au travail : le métier du cadre est de penser en expropriant les ouvriers et les employés de cette fonctionnalité. Certains le font avec plus ou moins d'habileté, mais la grande mission est là.

La réalité est que le cadre français a pour première mission de combattre l'autonomie du salarié, de vérifier que le salarié ne dispose d'aucune marge de manœuvre dans son travail, avec toutes les horribles manies bureaucratiques que nous connaissons : il faut centraliser l'information dans l'entreprise, la contrôler, éviter que les "petits" ne soient au courant. Il faut transformer l'entreprise en une citadelle de secrets hiérarchisés où l'ouvrier est, par nature, réduit au rôle d'exécutant spécialisé dans des tâches bien précises et sans véritable espoir de progression. Telle est la mission originelle de l'encadrement, du management.

Ce monde très régulé est en passe de disparaître ou, en tout cas, de prendre l'eau sérieusement, et c'est une bonne chose. Face à la dureté des temps, les entreprises vont mener la chasse au gaspillage. Et "Mme Jacqueline" ou "Monsieur Jacques" qui, depuis dix ans, remplit des tableaux Excel pour le seul usage de la Direction Financière, va sentir le vent du boulet. Pourquoi ne pas la remplacer par un agent IA cent fois moins cher qu'elle ? Et cent fois moins pénible à supporter ?

Cette solution qui va s'imposer rapidement est ce qu'on appelle une disruption, contre laquelle il sera difficile de lutter. D'autres métiers apparaîtront, bien entendu. Des métiers nouveaux, encore inconnus aujourd'hui. Mais il est peu probable que les cadres un peu "amortis" par des tâches sans grand intérêt puissent se reconvertir dans ces nouveaux métiers, un peu trop précurseurs, et demandeurs de souplesse. Le chômage de longue durée devrait frapper méchamment ces laissés-pour-compte de la révolution numérique.

Ainsi va le vent de la destruction créatrice. Certains sont engloutis. D'autres trouvent un coin de paradis absolument nouveau. L'Histoire, ne l'oublions jamais, est tragique et hasardeuse. Rien de surprenant alors que face à ce qui n'est plus un fantasme de science-fiction, la confiance des cadres dans la sécurité de leur emploi ait chuté de 76% à 71% en un an.

 

L'ère des licenciements massifs

L'IA est un des facteurs d'accélération du prétexte des grands groupes US depuis 2025 pour réajuster leurs effectifs après des vagues d'embauches et de hausses de salaires massives faisant suite à la crise sanitaire Covid, la crise en Iran de 2026 n'ayant pas arrangé la situation loin s'en faut. Les licenciements ont ainsi plus que doublé par rapport à l’ensemble de l’année 2025, et ont augmenté d’un vertigineux +580 % depuis le quatrième trimestre 2025. Derrière ce mouvement se dessine un basculement plus profond, les géants du secteur arbitrant entre salariés, IA, data centers et dette privée, au risque de transformer la crise énergétique en crise sociale majeure*. Mais si les géants de la tech réorientent massivement leurs dépenses vers les puces et GPU dédiés à l’IA et l’investissement dans les centres de données, ils sont conduits à réduire les effectifs pour libérer du capital pour les infrastructures, l’IA étant elle-même destinée à accroître la productivité, c’est-à-dire à générer plus de chiffre d’affaires et de marge avec beaucoup moins de salariés.

L'emploi aux États-Unis est ainsi sous pression tous secteurs et toutes activités confondus, dans la Silicon Valley ou dans les bassins économiques traditionnels, que les sociétés affichent des résultats très confortables ou plus fragiles. Il semble que nous soyons entrés dans l'ère des l'ère des licenciements massifs, Mega-Layoff en anglais. Après le "no hiring" (plus de recrutement), les grands groupes US cherchent à atteindre le "right sizing" (la juste taille) de leur personnel. Si le bon "calibrage" des effectifs est un terme politiquement correct, il est économiquement brutal. En effet, si l'annonce de plans de licenciements massifs n'est plus le signe d'une mauvaise gestion passée ou d'une restructuration, il est le signe d'une bonne gestion de la croissance et un signal pour une hausse de la valeur des actions aux yeux des investisseurs boursiers. Qui plus est, selon nombre d'experts, la plupart des entreprises, si ce n'est toutes, pourraient diminuer leurs effectifs de 30 à 50% sans que cela n'ait un impact significatif sur leurs performances...

Les cordonniers n'étant pas les mieux chaussés, le groupe Meta (propriétaire de l'emblématique Facebook) a annoncé en avril 2026 qu'il allait licencier le mois suivant environ 8 000 employés soit environ 10 % de ses effectifs, afin de financer des investissements massifs dans les infrastructures d’intelligence artificielle (IA) et d’améliorer son efficacité opérationnelle par un recentrage de ses activités sur les domaines liés à l’IA afin de concurrencer des rivaux tels qu’OpenAI et Google. Son président Mark Zuckerberg a indiqué à cet effet que les outils d’IA avaient accru la productivité des employés, permettant ainsi à des équipes plus petites de mener à bien des projets, ceci expliquant le moindre besoin d’effectifs importants. Quant à Microsoft, la société a proposé un départ volontaire à la retraite à environ 7 % de ses effectifs aux États-Unis, ce qui pourrait se transformer en licenciements si la participation est faible. Autres sociétés qui suivent le mouvement Coinbase avec 14% de son personnel, PayPal (20%), Nike (10% soit 8 000 personnes), KPMG (10% de ses associés), Oracle (30 000 personnes), etc.

La France ne devrait pas tarder à être touchée, et cela ne pourra que faire mal au vu de sa situation sociale déjà très fragile :  un taux de chômage des plus élevés des pays développés, retard sur l'IA et la productivité (35h, RTT, ponts...), part conséquente de la population active qui travaille pour l'État...

C'est la destruction version IA. On attend toujours la version "créatrice" de la destruction créatrice !

La compagnie aérienne low cost Spirit Airlines a ainsi déposé le bilan en plein week-end, cessant instantanément toutes ses opérations et clouant tous ses avions au sol… définitivement.

 

Deux centres de coûts, le calcul et les personnes, ou quand l'entreprise choisit le calcul. 

Lors d’une réunion générale organisée le 30 avril 2026, Mark Zuckerberg a déclaré à ses employés que Meta comptait deux principaux postes de dépenses : l’infrastructure informatique et les ressources humaines. Il a décidé de réduire les effectifs afin de financer l’infrastructure informatique, soit 8 000 employés, environ 10 % de ses effectifs, une deuxième vague étant prévue pour le second semestre 2026. L’entreprise a en parallèle revu à la hausse ses prévisions de dépenses d’investissement pour l’année, les portant de 125 à 145 milliards de dollars, contre une fourchette déjà vertigineuse de 115 à 135 milliards de dollars, soit près du double des 72 milliards dépensés en 2025. Zuckerberg a déclaré que ces licenciements sont une conséquence directe du budget consacré à l’infrastructure d’IA. Autrement dit, il a nommé les deux postes en concurrence pour le même pool de capitaux, les machines et les humains, et a choisi les machines.

Le chiffre d’affaires de Meta en 2025 s’élevait à 201 milliards de dollars, son bénéfice net du quatrième trimestre atteignant un record. Quant au flux de trésorerie disponible, il a atteint 43,6 milliards de dollars pour l’année, démontrant que l’entreprise pouvait financer chaque dollar du développement de l’IA sans licencier une seule personne. Elle a pourtant choisi de licencier, car les postes supprimés ne sont pas ceux qui construisent l’avenir. Les employés qui restent sont réorganisés en unités axées sur l’IA au sein de la division Superintelligence Labs, Zuckerberg  déclarant publiquement qu’un petit nombre de personnes talentueuses travaillant aux côtés de puissants systèmes d’IA est en mesure d'accomplir ce qui nécessitait auparavant des départements entiers.

En février, le PDG de Microsoft AI, Mustafa Suleyman, avait déclaré au Financial Times que l’IA atteindrait "un niveau de performance équivalent à celui des humains pour la plupart, voire la totalité, des tâches professionnelles" d’ici 12 à 18 mois. Comptabilité, droit, marketing, gestion de projet, tout ce qui implique de rester assis devant un ordinateur. Pourtant après quelques mois, le magazine Fortune a rapporté que de plus en plus d’éléments indiquaient que l’IA "est en quelque sorte un échec" pour la plupart des déploiements en entreprise, comme les 40 % de projets d’IA agentique amenés à être abandonnés d’ici 2027, l’année même où, selon le calendrier de Suleyman, les performances de niveau humain devraient être atteintes. Le créateur et l’analyste ne sont ainsi pas d’accord sur cette même échéance.

Mais l’argent suit les prévisions, pas les preuves. Ainsi cinq hyperscalers* se sont engagés à investir 725 milliards de dollars en dépenses d’investissement dans l’IA pour 2026. Le secteur technologique a licencié de son côté près de 80 000 employés rien qu’au premier trimestre, tandis que les licenciements chez Meta ont commencé trois jours avant son assemblée générale annuelle. Cette restructuration n’est pas une réponse à des pressions financières. Il s’agit d’une réaffectation au sein de l’entreprise de réseaux sociaux la plus rentable de l’histoire, financée par des bénéfices records, orientée vers des infrastructures dont les retours ne se sont pas encore matérialisés à l’échelle que ces dépenses laissent présager.

Ce qui est sûr, c'est que le monde physique peine à absorber ce pari. Plus de 100 centres de données britanniques ont demandé de l’électricité produite au gaz, totalisant plus de 15 térawattheures par an, menaçant ainsi les objectifs climatiques nationaux. xAI installe des turbines à gaz dans le Mississippi pour contourner les contraintes des services publics. Le déploiement de l’IA, qui était censé fonctionner avec des énergies renouvelables, est alimenté par des combustibles fossiles car le réseau ne peut pas fournir d’électricité propre assez rapidement.

La formulation de Zuckerberg est la déclaration la plus claire qu’un PDG ait jamais faite sur ce qui se passe réellement. Deux centres de coûts, le calcul et les personnes, et l’entreprise a choisi le calcul alors qu'elle pouvait se permettre les deux. Elle a pourtant décidé qu’elle n’avait pas besoin des deux. Les 8 000 personnes licenciées ne sont pas les victimes d’un ralentissement économique, mais le résultat d’une fonction d’optimisation qui a conclu que les machines constituent la meilleure allocation du prochain dollar marginal. Cette fonction est désormais à l’œuvre dans toutes les entreprises qui investissent dans des infrastructures d’IA. Meta vient simplement de le dire haut et fort.

On nomme hyperscaler un fournisseur important de services cloud, capable de proposer des services de calcul et de stockage à grande échelle.

Des géants tels qu'Amazon Web Services, Google Cloud, Microsoft Azure, IBM Cloud et Alibaba Cloud en font partie.

 

IA, destruction créatrice et politisation du changement économique

Alors que l’intelligence artificielle promet des gains de productivité majeurs, les gouvernements cherchent déjà à en encadrer les effets sur l’emploi. Mais vouloir freiner la destruction créatrice au nom de la stabilité sociale risque surtout de ralentir l’innovation, l’investissement et la création de nouvelles richesses.

À travers l’histoire, l’innovation a en effet presque toujours suscité l’inquiétude, expliquant que l’intelligence artificielle est aujourd’hui la nouvelle source d’anxiété économique. Les salariés redoutent d’être remplacés, les jeunes diplômés craignent de voir disparaître les postes d’entrée sur le marché du travail, et les responsables politiques évoquent de plus en plus la nécessité d’accompagner la transition. C'est pourquoi partout dans le monde, les gouvernements cherchent comment amortir les effets déstabilisateurs d’une technologie appelée à provoquer des gains de productivité considérables.

Si le débat est souvent présenté comme un affrontement entre progrès technologique et emploi, la question essentielle est plutôt la suivante : les décisions économiques resteront-elles guidées par des considérations économiques, ou deviendront-elles de plus en plus politiques ? La réaction de la Chine face à l’intelligence artificielle offre un premier aperçu de ce dilemme, où plutôt que de laisser les entreprises s’adapter selon leurs propres contraintes, les régulateurs auraient commencé à avertir les employeurs — en particulier les entreprises technologiques, dont les effectifs sont souvent jeunes — qu’ils ne devaient pas procéder à des suppressions d’emplois au moment même où ils adoptaient l’IA. Cette préoccupation est compréhensible dans la mesure où l’économie chinoise fait face à un ralentissement de la croissance, à une crise immobilière prolongée et à un chômage des jeunes obstinément élevé. Pour un régime qui tire une large part de sa légitimité de la performance économique et de la stabilité sociale, la perspective de destructions d’emplois liées à l’IA constitue un défi politique majeur.

Cet épisode met toutefois en lumière une vérité plus générale sur l’intervention publique : les dirigeants politiques abordent inévitablement les questions économiques à travers un prisme politique. Si pour un chef d’entreprise, la question centrale est relativement simple - comment combiner au mieux le travail et le capital afin de satisfaire la demande des consommateurs ? -, pour les responsables politiques, en revanche, la priorité est souvent ailleurs : préserver la stabilité sociale. Le salarié qui perd son emploi est visible, identifiable, immédiat. Les emplois, les secteurs et les opportunités que l’innovation fera naître demain demeurent, eux, invisibles. Cette asymétrie nourrit une forte tentation d’intervenir.

Il y a plus d’un siècle, l'économiste Joseph Schumpeter décrivait le capitalisme comme un processus de "destruction créatrice", signifiant que le progrès économique ne vient pas de la préservation indéfinie des structures de production existantes. Il naît au contraire du fait que des entrepreneurs découvrent sans cesse de meilleures façons de répondre aux besoins des consommateurs, à partir de nouvelles technologies, de nouveaux modèles économiques et de nouvelles méthodes de production qui remplacent les anciens. Certaines entreprises prospèrent, d’autres disparaissent. Certains métiers s’éteignent, tandis que d’autres émergent. La part destructrice de ce processus est de ce fait visible, brutale, souvent douloureuse, azlors que sa dimension créatrice, elle, est plus facile à ignorer, car elle se déploie progressivement, de manière diffuse et imprévisible. L’histoire en offre d’innombrables exemples. L’automobile a supplanté l’industrie du cheval et de la voiture hippomobile. La mécanisation a profondément réduit l’emploi agricole. L’ordinateur a éliminé une multitude de tâches administratives qui nécessitaient autrefois des armées d’employés. Si les gouvernements avaient réussi à empêcher ces transitions au nom de la préservation de l’emploi existant, la croissance économique aurait été étouffée et les niveaux de vie seraient aujourd’hui bien plus faibles. L’intelligence artificielle n’est que le dernier chapitre de cette longue histoire.

Les économistes autrichiens, parmi lesquels F. A. Hayek, avaient bien compris que l’un des grands problèmes auxquels se heurtent les décideurs publics est celui de la connaissance. Aucun responsable gouvernemental ne dispose des informations nécessaires pour déterminer comment les ressources devraient être réparties dans l’ensemble d’une économie complexe. Ces décisions émergent du processus de marché lui-même, guidées par les prix, les signaux de profit et de perte, ainsi que par le jugement entrepreneurial. Mais lorsque les gouvernements interviennent pour préserver certains emplois ou certains secteurs, ils ne suppriment pas le changement économique. Ils se contentent de remplacer les signaux du marché par des préférences politiques.

L’approche chinoise naissante face à l’IA illustre précisément ce problème, Pékin voulant que les entreprises adoptent des technologies capables d’accroître leur productivité, tout en limitant au maximum les réductions d’effectifs. Si à court terme, ces deux objectifs peuvent sembler compatibles, ils deviennent de plus en plus difficiles à concilier à mesure que les capacités de l’IA progressent. Car si les entreprises investissent dans des technologies qui économisent le travail humain, c’est précisément parce qu’elles permettent de produire davantage avec moins de ressources. Si l’intelligence artificielle permet à une entreprise d’accomplir avec six salariés ce qui nécessitait auparavant dix personnes, l’obliger à conserver les dix postes peut satisfaire un objectif politique. Mais cela ne change rien à la réalité économique sous-jacente. Une telle politique augmente simplement les coûts et réduit l’efficacité. Elle peut retarder l’ajustement, mais jamais sans contrepartie.

Le véritable danger n’est donc pas que les gouvernements échouent à arrêter le changement technologique. Dans bien des cas, ils peuvent au contraire le ralentir considérablement. Réglementations, obligations légales, restrictions juridiques et subventions peuvent maintenir en place des structures économiques existantes pendant des années, voire des décennies. Le danger est ailleurs : ralentir la destruction créatrice, c’est aussi ralentir la création de nouvelles richesses, car les ressources immobilisées dans des activités protégées politiquement sont autant de ressources qui ne peuvent être redéployées vers des usages plus productifs. Les entreprises deviennent alors moins compétitives, l’investissement recule, l’innovation ralentit et la croissance s’affaiblit. En prétendant protéger les travailleurs contre les perturbations du changement, les décideurs publics fragilisent souvent la prospérité dont dépendra l’emploi futur.

Aucun politicien, aucun régulateur, aucun organisme de planification ne sait quels métiers l’intelligence artificielle finira par faire disparaître. De la même manière, personne n’aurait pu prévoir toutes les professions créées par l’automobile, l’ordinateur personnel ou Internet. La forme future de l’économie ne se décrète pas à l’avance. Elle se découvre par l’expérimentation entrepreneuriale. C’est pourquoi le débat sur l’IA ne porte pas seulement sur la technologie. Il porte, plus profondément, sur la manière dont le changement économique sera orienté : par les processus de marché ou par des considérations politiques.

L’intelligence artificielle transformera peut-être des secteurs entiers. Certains métiers déclineront, d’autres disparaîtront, de nouveaux apparaîtront. Une telle perturbation n’a rien d’inédit, ni même d’évitable. Elle fait partie du fonctionnement normal du progrès économique. Le risque le plus sérieux se situe ailleurs. Confrontés aux incertitudes créées par l’IA, les gouvernements pourraient être de plus en plus tentés de subordonner la rationalité économique à des objectifs politiques. La réponse chinoise constitue à cet égard un avertissement. Le défi n’est pas d’arrêter la destruction créatrice. Il est de résister à la tentation de la politiser.

 

En second lieu, la méthode porte sur la conception du plan d’actions défini. Loin d’un perfectionnisme dans son résultat attendu, certes séduisant dans l’ambition affichée mais irréaliste dans sa faisabilité, il portera sur l’étude et la détermination des équilibres et des compromis permettant à chaque partie concernée une mise en mouvement la plus fluide et la plus cohérente. C’est un travail certes plus ingrat, contraignant et complexe que l’illusion d’un alignement automatique à la chaîne de commandement y présidant. Si toutes les parties concernées ne sont pas associées en amont à identifier et comprendre pour ce qui les concerne les conséquences et nécessités du changement visé, celui-ci se traduira inévitablement par l’émergence de dysfonctionnements et de contraintes, polluant le vécu humain comme le bénéfice de l’opération initialement escompté. L’illusion du but à atteindre, au-delà de sa séduisante perspective, aura conduit à une profonde dénaturation de ce qui seul en permet la réussite, les gains tangibles de chaque partie prenante et partagés à l’unisson.

 

De l'accélération naissent les tensions

L'accélération artificielle car profane du mouvement du monde, sous la houlette particulière et spécifique de la financiarisation de l'économie depuis les années 60, est venue bouleverser la relative harmonie qui présidait à la reconstruction et au développement d'après guerre sur la promesse factice du "plus jamais cela". Les consensus antérieurs ont depuis été fracassés pour ne pas dire pulvérisés, comme l'énième réforme du financement des retraites amorcée avec la nouvelle gouvernance française. C'est normal, puisqu'il s'agit, pour les promoteurs de l'accélération de l'Histoire - le mythe du progrès -, d'un projet égoïste, articulé autour d'un seul principe, toujours et encore : "le gagnant ramasse toutes les mises"!

Il s'agit pour cette hyper-classe consanguine aux commandes - "l’État profond" - de s'attribuer toujours et encore une part plus grande du surproduit global de la société. Cela crée des inégalités, des tensions, par ce que l'on appelle le développement inégal. Les bénéficiaires de cette incessante soi-disant marche en avant, d'aucuns se nommant "La République en marche ", se coupent ainsi du monde réel, s'isolant et refusant de prendre conscience de manière claire du problème que leur programme pose aux peuples. Ces "sujets supposés savoir" font sans cesse des Davos, conventions, assisses et autres forum économiques nationaux comme mondiaux, ces cénacles et coteries réservés à quelques happy few amenés à se partager le gâteau, plus exactement le butin de leur piraterie tant sauvage que sanguinaire ! Leur volonté personnelle de puissance, de domination de groupe et de classe, est leur seul guide. Aussi, pour continuer sans se remettre en cause, ils mentent, inventent des récits et des romans qu’ils se transmettent entre eux, dont le but est à la fois de masquer la forfaiture de la situation qu'ils ont créée, de la justifier par leur jargon clinique et hermétique, et de continuer sans cesse et encore à chercher à gagner des élections ou de franchir les jalons de l’échelle sociale.

C'est un monde faux, fait de bulles, de drogue monétaire, où tout est gonflé, inflaté, déformé, en apesanteur, déconnecté du monde tangible afin de privilégier le gaspillage et l’imprévoyance sur la frugalité raisonnable. 
Tels des mages babyloniens
– profiteurs, faux prophètes, faux magiciens et vrais illusionnistes - qu'ils sont dans les profondeurs de leurs entrailles viciées et viles, gouvernés par les forces obscures tapies en eux, ils manipulent sans vergogne les savoirs, les principes, les perceptions, les théories, jusqu'aux fondements même de la constitution première des sujets humains. Il s'agit d'une folie, logique, mathématique, produite par leurs théories fausses. Par leur imaginaire destructif, ils les reprogramment dans le trans-humain, ce modèle civilisationnel qu'ils érigent comme apothéose de leur génocide criminel qu'est l'idéologie moderniste, cette religion ou opium qui crée un environnement de fantômes, de zombies, d'ectoplasmes, de virtuel et d'illusions *. C’est que la recherche sans fin du profit, du profit pour le capital qui a colonisé le politique, exerce un pouvoir destructeur non seulement par l’exploitation du travail et des relations sociales, mais aussi par la dégradation de la nature. Et c'est ainsi que le monde continue sa marche en avant, dans le brouillard et l'opacité, s'enfonçant dans un ensemble de fausses représentations amenant peu à peu les contours du réel à disparaitre. C'est la grande divergence entre l'imaginaire, le symbolique et le réel, cette divergence garantissant la fin des capacités d'adaptation par perte de contact.

Mais dans leurs orgueil, vanité et suffisance, ils oublient que le réel gagne toujours, simplement parce qu'il est le réel, et que la réconciliation est inéluctable, même si elle est de nature apocalyptique. La nature  en effet n’a jamais été dans un état d’équilibre. Si le monde a toujours changé et évolué, les espèces s’éteignant et émergeant, ceci s’est fait, se fait et se fera en symbiose avec le monde, avec lui et sous sa pression. Les humains n’ont jamais été en mesure de dicter leurs conditions sur la planète ou sur d’autres espèces sans répercussions, la "nature" définissant l’environnement pour les humains et les humains agissant sur la nature. L’adaptation, fruit de l'évolution de conscience, est une course sans fin. Il y a de ce fait toujours une heure des comptes, une statue du Commandeur, une Maât (déesse de la justice égyptienne). Dans ce monde terrestre désacralisé, ces forces de rappel se nomment pesanteur, gravité, rareté, mort, et rapports de forces. Elles résultent du fait que nous sommes en guerre dans cette réalité astrale dévoyée sur tous les fronts : guerre contre la déflation, guerre contre la surproduction, guerre contre le sous-investissement, guerre contre le surendettement, guerre contre le climat et le réchauffement, guerre contre les virus et bactéries, guerre contre les rebelles sociaux à tunique noire, rouge ou jaune, guerre des prévaricateurs contre tout le monde, guerre de tous contre tous ! Il y aura une Grande Réconciliation, voyant les ombres rejoindre les corps dont elles ont été séparées et les mots recoller à leurs contenus, les phrases à leur sens, et la fausse monnaie, symbole/totem/fétiche de leur névrose pathologique, dévalorisée. Cela se fera brutalement : on appelle cela une crise, plus exactement un chaos, un collapse, fruit du jeu de forces antagoniques propres à un état de conscience limité car anesthésié par les forces obscures nous gouvernant *². Le gradualisme de cette adaptation contrainte fait que les changements sont tolérés et tolérables, chacun s'adaptant, la masse suivant. C'est une sorte de grande marche involutive, dont le rythme, modeste et progressif, permet le maintien de la cohésion des sociétés et l'efficacité des structures et institutions prédatrices ! Seul un profond changement de conscience permet d'en trouver l'échappatoire salvatrice !

* Cf. Conscience du XXI° siècle & Évolution de civilisation (3) Mythe de la modernité, risques et lois d'évolution universelle .

Cf. Compréhension de la conspiration prédatrice & La dualité décodée.

Cf. en complément le pamphlet "Voyage au bout des ruines libérales-libertaires" de l’essayiste Matthieu Baumier.

 

En dernier lieu, la méthode s’appuie sur des leviers à même d’en favoriser la mise en œuvre, décisive quant à l’efficacité ou non du changement escompté. Ainsi l’écoute du terrain et de ses pratiques est à ce sujet fort instructive, et peut moyennant quelques ajustements être bien plus source de bénéfices qu’un changement plus radical. Nul leader quelle que soit sa brillance dite intellectuelle ne pourra prétendre maîtriser toute la complexité des rouages et des interrelations de l’organisation, encore moins en voulant imposer sa feuille de route. Il ne peut que s’y épuiser, se décourager, et être dans la souffrance constante. Pour les leaders guerriers, c’est un défi qui flatte un égo surdimensionné ne pouvant que s’exprimer dans la bataille, la victoire s’avérant au final stérile sur bien des plans. Pour les autres, c’est une longue dérive vers la perte d’estime et de confiance, venant gonfler les victimes de l’épuisement au travail. La clé est dans l’accompagnement constant, par prévention si possible, de ce mouvement permanent qu’est le fonctionnement biologique de l’humain, débarrassé de l’illusion d’un perfectionnisme qui n’est pas de ce (bas) monde. L’accepter, c’est en accepter par principe ses aléas, ses défauts, ses limites, et c’est avec amour et compassion se dédier à aider les équipiers à ce travail d’ajustement, par petites touches, qui permet d’atténuer ce mal-être individuel comme collectif quand il prend racine sur le non-sens.

 

Cf. François Dupuy, "La Faillite de la pensée managériale", Ed. du Seuil, 2015 ; Edgar Schein, "Process Consultation : Lessons for Managers and Consultants", 1987 ; Christian Morel, "Les Décisions absurdes, Sociologie des erreurs radicales et persistantes", Gallimard, 2002 ; Erhard Friedberg, "La Théorie des organisations et la question de l’anarchie organisée", PUF, 1997 ; John P. Kotter, "Leading Change", Harvard Business Review Press, 2012.

 

 

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