Le nouveau permis de conduire l’humain

Les publications en ligne font l'objet de constantes mises à jour et nouveaux enrichissements. Il va de soi qu'elles n'engagent que leur auteur dans le choix des sources et le fruit de ses imagination et réflexion.

On les appelle les Executives de cette guerre des temps modernes qu’est la compétition économique à l’échelle planétaire. Ils ne tiennent plus en mains le glaive ou le pistolet, mais le mobile et tout l’attirail de la connexion permanente à leur terrain d’intervention, une société qualifiée de moderne tout en étant écartelée entre apparent confort et réels tourments. Ce sont des conquérants. Les mauvaises langues diraient des "cons (que) errants ", à on ne sait pas trop quoi….

Executive en français signifie exécuteur, au propre comme au figuré. Peut-on concilier l’art de la guerre et le bien de l’homme ? Je vous laisse répondre en votre conscience à cette question. Toujours est-il que leur discours continue à mettre en avant comme finalité de leur mission le bien de l’humain et l’intérêt des peuples, à travers un humanisme altruiste, tout en se traduisant dans leurs actions par des résultats historiquement observables, à savoir la division, la peur, et le rejet de l’autre, lorsque ce dernier ne pense pas comme le dogme ou la doxa érigés.

Cinq grands marqueurs caractérisent notre situation actuelle, en tout cas dans cette partie du monde occidental :

. Une paix durable depuis 1945, en raison de la dissuasion nucléaire et biologique ;

. Une société d’hyper consommation, bâtie sur l’axiome là où il y a un marché il y a une offre, avec sa promesse du bien-être (Cf. slogan de L’Oréal " Parce que je le vaux bien ") ;

. Une révolution technologique d’envergure (multi connexion transfrontière) ;

. L’élévation constante du savoir et des connaissances, avec comme corollaire une moindre dépendance des personnes aux institutions et à ce(ux) qui est nommé " élites " ;

. Le positivisme scientifique, et son emprise sur la vision partagée du monde.

Se greffe pourtant un état des lieux préoccupant, tout particulièrement quant au mal-être au travail : stress, burnout, dépression, harcèlement, agressivité, méfiance, défiance, discrimination, désengagement, consommation croissante d’antidépresseurs, alcoolisme, suicide, tensions conflictuelles … L'ascenseur social est de son côté en panne, et le travail est en crise. Son évaluation, ou appréciation, est biaisée par le prisme de procédures imposées par des exigences d'efficacité spéculative qui dépassent trop souvent le cadre de l'entreprise. L'organisation de la production du travail conduit alors régulièrement à gérer ces ressources sans humanité profonde, simplement d’apparence, et il n'est donc pas nécessaire d'être le diable pour le devenir.

L’exercice du pouvoir sur les autres est un pouvoir dit politique, au sens institutionnel, structurel. L’étymologie du mot politique vient du grec politikè qui signifie sciences des affaires de la Cité, c’est-à-dire la connaissance de l’exercice de responsabilité de l’animation de son organisation et de son fonctionnement. Elle vaut pour la Cité publique comme privée, entreprise, association, famille, toutes étant à l’unisson du bien vivre ensemble. En bonne démocratie, le seul critère de réussite d'une personne exerçant un pouvoir sur autrui est sa contribution à l'intérêt général, supérieur, fût-ce au détriment de sa popularité. Il a de ce fait un caractère sacré, celui de l’éthique du vivant, de son service. Si tel n'est pas le cas, il est d'origine inférieure, et tend à abaisser celui qui l'exerce et ceux sur qui il s'exerce.

Aussi son exercice accompli ne peut que reposer sur l’état de conscience des personnes placées en situation. Ce pouvoir l’est-t-il au service de leur ambition, de leur fierté, de leur soumission à l’autorité qui le leur délègue, de leur pathologie perverse dans leur relation à autrui, ou de leur éthique profonde fondée sur le sens du bien commun et de l’amour d’autrui ? Dis-moi comment tu te conduis avec autrui et je te dirai qui tu es. L’exercice de l’autorité n’est rien d’autre que l’effet miroir de notre compréhension de l’Univers et de l’harmonie du vivant en son sein.

En l’état actuel de la conscience humaine, l’exercice du pouvoir sur autrui découle le plus souvent d’une pathologie et non d’une capacité, liée aux croyances et conditionnements inculqués comme aux illusions sur sa véritable maîtrise. La plupart des personnes intéressées à l’exercice ressentent soit un profond sentiment de supériorité, soit un complexe d’infériorité, en règle générale non conscientisé. Dans les deux cas, elles ont une vision de leur place dans l’univers fondée sur la séparation, non sur l’union. Tout en se réfugiant derrière cet élément de langage qu’est le " sens de l’intérêt général et du bien commun ", elles éprouvent le besoin de se comparer continuellement aux autres pour faire valoir leurs mérites et qualités et obtenir les prébendes escomptées, parmi lesquelles un pouvoir supérieur ou leur survie dans le système. Elles veulent prouver cette capacité au " monde entier " comme à elles-mêmes, peu importe les mensonges et compromis sacrifiés à l’autel de leur réussite ou de leur survie.

Le système est fort. Maintenant le plus grand nombre dans l’ignorance des effets délétères de cette pathologie, ou marginalisant celles et ceux qui iraient à son encontre, il base l’exercice du pouvoir sur une lutte constante, d’abord pour son appropriation, puis pour sa conservation à partir d’une délégation appropriée. Comment alors s’étonner de la souffrance relationnelle qui découle d’un exercice aussi profane des affaires humaines ? L’illustration du vécu en entreprise est éclairant, pouvant sans difficulté être transposé à nombre d’autres institutions, y compris déclarées d’intérêt public (sic) ou à caractère social (resic).

 

Les fondements de la conduite de l’humain

Le terme couramment usité est celui de " management ", englobant la conduite des activités et des individus par celles et ceux qui en ont la charge. Il relève d'un usage récent, l'Académie française l'ayant adopté en 1973. Sa pratique remonte dès l’apparition des premiers collectifs humains, de façon plus intuitive et moins standardisée que ne le veulent les critères de performance économique de notre société contemporaine.

Elle n’a eu de cesse de croître de manière empirique. D’abord pour répondre à l’œuvre gigantesque des bâtisseurs, comme l'érection des pyramides plusieurs millénaires avant J.-C., ou plus tard de la grande muraille de Chine et des cathédrales. Ensuite pour les nécessités de la guerre et des conquêtes, le célèbre traité de Sun Tzu consacré à L'Art de la guerre en 400 av. J.-C. exposant des principes stratégiques et méthodologiques qui ne sont pas sans rappeler certaines pratiques toujours d’actualité. Tout comme Le Prince de Machiavel, livre de chevet incontournable de celui ou celle se destinant à l’exercice du pouvoir.

Cette intelligence collective s'organise sur le modèle patriarcal de la pyramide *, ce qui permet de coordonner et de maximiser la puissance de la multitude. Elle coïncide avec la naissance de l’écriture et le début des grandes civilisations, qui ouvrent une mutation inédite de l’histoire de l’humanité, marquée par une explosion de complexités et de changements massifs tels que l’arrivée de l’agriculture, la sédentarisation, la spécialisation du travail et l’urbanisation des territoires. L’écriture constitue la technologie centrale permettant à l’intelligence collective pyramidale de fonctionner. On peut ainsi sortir des traditions orales où il faut se trouver dans le même espace-temps pour communiquer. L’écriture a alors permis de transmettre des directives, d’administrer, de compter.

Le fameux travail à la chaîne qui a contribué au succès comme à la renommée de son maître tacticien Henry Ford au vingtième siècle, était quant à lui déjà pratiqué à l'Arsenal de Venise plusieurs siècles avant, et permit de contribuer de manière déterminante à la construction de l’empire vénitien par le quadruplement de sa puissance navale au XII° siècle.

* Cf. Le modèle pyramidal décodé.

L'émergence du travail productif

La notion de " surtravail " s'est remarquée dans les sociétés du néolithique qui se servaient d’une " caste " de scribes pour noter les stocks, les productions artisanales, les victoires militaires, etc. C’est aussi durant cette période que sont apparus les premiers " plans de ville ". Il en a été découvert sur les sites anatoliens (péninsule située à l'extrémité occidentale de l'Asie) en particulier. Ce type de civilisation qui s’étendra par la suite un peu partout autour de la Méditerranée et ailleurs, comme en Chine, signifie un changement de paradigme global, que les textes les plus anciens attribuent à l’arrivée de dieux qui ont certes apporté l’agriculture, l’écriture, etc, mais qui considéraient l’homme comme du bétail *. L’agriculture est révélatrice de ce changement de paradigme, comme l’explique très bien l'auteure états-unienne Lierre Keith dans son livre The Vegetarian Myth  (publié en 2009), qui liste tous les effets destructeurs de l’agriculture sur l’environnement. Il va sans dire qu'elle est pourfendue comme activiste féministe réac par la communauté des végétariens et végétaliens illusionnés *² par les artifices créés par le système ...

Ce changement global s’est sans aucun doute accompagné d’un changement idéologique. Ces processus machiniques marqués, à l’origine du "surtravail " et du " surproduit ", s’accompagnent de complexes de pouvoirs sectorisés qui se sont appropriés tous les domaines de la vie. L’appareil de capture despotique autrefois " anticipé-conjuré " par les sociétés primitives se développe, un peu comme un cancer, en " paralysant ", c’est-à-dire en tuant et en s’accaparant la vie, autour d’un centre " vertical " et tout un ensemble de machines concentrées autour d’un pouvoir double, à la fois lieur et législateur.

Nous passons ainsi en quelque sorte d’un système " ouvert " à un système " fermé ", ce qui d’un point de vue psychologique, est très révélateur. Le psychiatre et psychanalyste autrichien Wilhelm Reich (1897/1957 - photo 2) parle de " cuirasse " comme séparation égotique qui empêche la circulation de l’énergie et forme une " stagnation " donnant lieu à une individualité traversée de tensions et d’anxiété. Plusieurs auteurs se penchent sur le lien entre ce type de personnalité et la société, dont en particulier le professeur en psychologie Bob Altemeyer dans The Authoritarians et le psychiatre polonais Andrew Lobaczewski (1901/2008) dans Ponérologie politique ; étude de la genèse du mal appliqué à des fins politiques.

* Cf. La nouvelle religion universelle, Compréhension structurelle de la Matrice asservissante, Les acteurs de la Matrice falsifiée.

Cf. Conscience nutritionnelle.

 

La dérive du management d’activité

Le capitalisme managérial

La révolution industrielle, amorcée en Europe au dix-huitième siècle, va voir une accélération continue du management des hommes nécessaires au besoin d’activités en constante croissance à partir du milieu du dix-neuvième siècle, et qui devient déterminant après les affres de la grande dépression des années 1930 aux États-Unis. Un nouveau capitalisme se met en place, à partir d’une génération de nouveaux " dirigeants et manageurs " récupérant la direction effective de grandes entreprises souvent dévolues antérieurement à leurs propriétaires entrepreneurs fondateurs. Cette nouvelle configuration voit la constitution de grandes firmes à partir d’une concentration de capitaux qui génère mécaniquement une dispersion des actionnariats. Les dirigeants s'émancipent ainsi du contrôle de leurs actionnaires dans leur pilotage de l’activité, d’autant plus en raison d’une forte complexification des tâches de direction. On assiste en effet à l’apparition de " technostructures ", composées de gestionnaires et de manageurs professionnels porteurs de connaissances technologiques, structurelles et organisationnelles spécifiques. Cette forme de capitalisme managérial, reposant sur une approche scientifique du management, trouvera son apogée durant la période de croissance dite vertueuse des Trente glorieuses. Elle consacre un modèle économique tout puissant, celui d’une société salariale, industrielle, mécaniste, productiviste, à la structure hiérarchique verticale et de nature quantifiée. Elle est porteuse d’une conception puritaine du travail, qui le célèbre comme valeur première au même titre que la famille. Dans cette célébration de l’hémisphère gauche tout puissant du cerveau se trouve les germes de la méfiance du repos, de l’oisiveté, de la rêverie, de la contemplation, de l’intuition, du détachement…, soit les valeurs relevant du féminin sacré propres à l’hémisphère droit du cerveau des mêmes personnes.

Le profond déséquilibre est en place, dans un monde permettant désormais une élévation continue du niveau de vie et un accès facilité à la culture et à l’information à de plus en plus de personnes.

 

La main invisible des marchés

Un nouveau cycle émerge progressivement à partir du milieu des années 1970 par la nature même de nouveaux propriétaires investisseurs, qualifiés de "main invisible" car en majorité investisseurs institutionnels. C’est une métamorphose du capitalisme, qualifiée de néo-libérale. Elle a pour fond la concurrence mondiale exacerbée d’entreprises désireuses de devenir encore plus grosses, une politique anglo-saxonne dominante et conservatrice (Cf. les années quatre-vingt de Reagan & Thatcher), et une pratique financière toujours plus sophistiquée. Elles conduisent dirigeants et manageurs à se positionner comme agents et relais subordonnés des seuls actionnaires. Leur feuille de route est axée sur l’élimination de tout facteur pouvant entraver la libre compétition, la rentabilité de l’activité, et la valeur client dans sa conquête, sa fidélisation et sa rétention.

Le contexte est celui d’une compétition extrême, qui ne peut que conduire à un " enfer guerrier ", non plus sur les champs de bataille de jadis mais sur ses nouveaux territoires d’expression. De nouvelles règles de gouvernance s'imposent, qui se traduisent par un contrôle potentiellement accru des dirigeants. Elles amènent le fonctionnement de l’organisation et le management des grandes firmes à se redéfinir : pilotage par vision projet, recentrage stratégique sur les compétences clés, polarisation amont et aval du process des activités immatérielles créatrices de valeur, optimisation continue et lean management etc.

De manière logique, ce retour à la coercition, à l’alignement et au dressage pragmatiques, est puissamment encadré pour ne pas dire verrouillé par des dispositifs " néo-tayloriens " aux méthodes d’évaluation impartiale, objective et rationnelle, imposés pour la plupart de l'extérieur, par des experts, et tout particulièrement les firmes du conseil et de l’audit aux coûts exorbitants. Leurs représentants et intervenants sont formés au même moule éducatif – tout particulièrement les business schools - que leurs coreligionnaires en entreprise, quand ils ne s’y substituent pas au passage. Cette endogamie élitiste porte en elle les germes du poison mortel à venir : des égos vulgaires qui se congratulent mutuellement, la régulation des conflits, la recherche du compromis.

Les conséquences de cette évolution ne sont pas sans effets pervers.

D’abord, l’appel à des individus " robots biologiques " capables de soutenir sans état d’âme une telle lutte, mission confiée généralement à des cabinets de chasse, de prédateurs s’entend. Puis en soutien de cette force de propulsion la flambée des rémunérations, illustrées notamment par la négociation de parachutes plus ou moins dorés, pour contrebalancer certes la précarité grandissante des postes de direction suprême, mais également correspondre à des personnalités mues quasi-exclusivement par les récompenses extrinsèques, celles qui flattent leur ego sur vitaminé, leur vision du monde autocentrée, et la bassesse de leurs aspirations.

Ensuite, des coûts sociaux élevés, jamais suffisamment évalués à leur juste valeur, ainsi que le dépassement du seuil tolérable d'exigence des contributions et implications demandées. L'instrumentation de ce type de gouvernance par les process, et, plus généralement par la prolifération des outils de contrôle, ne peut que déboucher sur la défiance, la méfiance, le désengagement, la perte de créativité… et de nombreuses pathologies de nature psychosomatique.

Enfin, l’application de ces dispositifs conduit une partie des encadrants, par aveuglement enthousiaste ou soumission veule à l'idéologie de la carotte et du bâton, à se transformer en gestionnaires mécaniques, rationnels et froids, éloignés du terrain et de sa réalité, affaiblissant par l’atmosphère pesante, lourde et opaque qu’ils font régner la seule sève digne de l’humain, la vitalité que procurent les sentiments d’appartenance commune, d’engagement et de création, de reconnaissance et de respect, qui plus est dans un contexte plaçant pourtant le savoir au cœur de l’économie.

Comment dans ce contexte d’impasse ontologique de la nature humaine permettre à la conscience d’évoluer ? Comment prétendre à créer une légende ?

 

Prédation financière

De Schumpeter à Keynes, ou l'économie dévoyée

Quand l'économie déraille, envoyant à la casse nombre d'individus et de familles, désagrégeant le lien social et atomisant l'unité citoyenne, qui est responsable ? Les personnes incapables de s'adapter aux mutations de l'environnement et à l'évolution des technologies, non désireuses de continuer à alimenter le système de consommation établi, profiteuses des facilités sociales octroyées et coûteuses pour les dépenses publiques, malchanceuses dans leur rapport à l'existence, ou quelques individus à tendance psychopathe trouvant toujours et encore avec les relais complices en place les idées pour faire de l'argent, des affaires, à partir de rien et en ne créant rien si ce n'est les crises économiques fruits de leur perversité ?

Pourtant, à en croire les élites politiques comme les experts économistes des plateaux audiovisuels ou des tribunes sur papier, les crises économiques, les hausses ou baisses brutales et infondées, les " flash krachs ",  sont des évènements naturels qui semblent n’avoir aucune explication macro-économique logique, sortes de fatalité inhérentes à un univers imprévisible et mues par le hasard. En quelque sorte, les lois physiques qui les déterminent accouchent pourtant toujours dans le même ordre (drôle de hasard ...) de crises bancaires et, dans leur foulée, de crises économiques mortifères ... Voici de quoi glorifier à jamais le grand économiste autrichien naturalisé états-unien Joseph Schumpeter (1883/1950), qui érigeait en bienfait universel la " destruction créatrice ", gage de renouvellement constant du progrès dans la souffrance de ses martyrs sacrifiés. Aberration choquante dans un monde se glorifiant de sa Charte universelle du droit-de-l’hommisme !

Comment concevoir un principe aussi coûteux humainement dans une société dite évoluée dont l'homme contemporain instruit se targue tant ? Le raisonnement qui le sous-tend apparait à première lecture ou audition séduisant et convaincant à un hémisphère gauche du cerveau. Seulement il a pour finalité la destruction, la misère, le chaos ... Bien sûr, nombre de " grands esprits " nourris de darwinisme et infatués de leur position sociale privilégiée rétorqueront qu'ainsi est le monde depuis les origines, qu'il est utopique de penser un monde parfait, qu'il est bien sûr dommage de sacrifier des vies mais que c'est pour le bien du plus grand nombre ... L'abécédaire de la crétinerie est illimité, jusqu'à imaginer que c'est la main du Dieu créateur qui agit en ce sens !

La révolution numérique, ou la limite de la théorie schumpétérienne

Amazon n’a pas compensé la perte de 13 000 libraires en 3 ans. La R&D dans le médicament a considérablement augmenté mais le nombre de molécules nouvelles n’explose pas. Le digital dans le secteur musical n’équilibre pas l’emploi perdu par la fin des supports classiques. L’emploi souffre de l’innovation des NTICI (Nouvelles Technologies de l’Information, de la Communication et de l'Intelligence), jusqu’à 47% des emplois pouvant disparaître d’ici à 2025. Alors qu'historiquement la technologie rationalisait l’existant en créant de nouvelles tâches plus sophistiquées pour l’Homme, il semble désormais acquis que la productivité augmente alors que le nombre d’emplois diminue. En parallèle, les salaires stagnent ou baissent pour une majorité de la population, les entreprises innovantes ne faisant pas exception.  La vague de transformation digitale à l’œuvre depuis les années 2000 pourrait être aux cols blancs ce que la mondialisation et l’automatisation industrielle ont été aux cols bleus dans les années 1980-1990.  C'est le grand retour de l’iconographie du robot qui remplace l’humain ...

L’économie à la sauce keynésienne - John Maynard Keynes, économiste britannique (1883/1946) - est quant à elle fondée sur le principe que la macro-économie n’est pas une question de moralité, les dépressions étant à la base un dysfonctionnement technique. Alors que la Grande dépression allait en s’approfondissant, Keynes professa doctement " Nous avons des problèmes de générateur — c’est-à-dire que les difficultés de l’économie étaient celles d’une voiture dont le système électrique avait un problème mineur mais critique, et le travail de l’économiste consiste à trouver comment réparer ce problème technique ".  Quand un cerveau aussi brillant soit-il assimile une économie à une machine, nous comprenons mieux son état actuel. Contrairement à une machine, l’économie n’a jamais été conçue par personne, ni construite dans une usine. Il n’y a pas de plan, pas de mode d’emploi à usage individuel, pas de notice technique, pas de forum en ligne où les propriétaires peuvent parler des problèmes qu’ils ont eu et des trucs et astuces qu’ils ont utilisés pour les résoudre. Puisqu’elle n’est pas faite de main d’homme, elle ne peut être réparée de main d’homme, trop complexe avec ses millions de pièces mobiles qui ont chacune leurs propres informations, souhaits et désirs. Une économie est simplement le moyen pour que ses parties constituantes parviennent à leurs propres fins, comme une voiture qui va là où le souhaite le volant tenu par le conducteur. A quoi sert une économie, sinon à satisfaire les espoirs et les désirs des gens qui y vivent ? Et quel est le but d'une l’économie activiste, sinon d’aider les gens à avoir ce qu’ils veulent ?

Or lorsqu'un gouvernement augmente les prix, consciemment et intentionnellement, il sabote les souhaits des gens en augmentant le coût de leur vie. C’est le but de l’assouplissement quantitatif : mettre plus d’argent en circulation de sorte que les prix grimpent. Ensuite, les gens en auront moins pour leur argent. Ils ne seront alors plus prêts à dépenser leur argent, craignant qu’il perde sa valeur, préférant thésauriser, en partie dans leur " bas de laine ", et surtout auprès des banques et compagnies d'assurances.

Pourquoi préfère-t-on penser l’économie comme une machine ? Les machines peuvent être contrôlées et manipulées. Pas les vraies économies ...

 

Privatisation immorale de l'argent

La réalité est que ce que nous nommons Démocratie est une " démocrature " *. Celles et ceux qui en détiennent les clés de contrôle manipulent par la mainmise sur les puissants moyens de diffusion médiatique les masses, les suggestionnant et non les informant, quels que soient leurs farouches dénis aux cris rabâchés de conspirationnisme. Leur contrôle par de puissants intérêts privés est indispensable au système qui fabrique du consentement, du renoncement, de la peur et de la haine, réduisant les décideurs politiques et leurs partis en des inféodés, par corruption, souvent, ou par faiblesse, toujours. Ils imposent sous couvert de libre échange une ouverture inconsidérée à une concurrence totalement faussée, la libre concurrence permettant une saine émulation économique uniquement lorsqu’il s’agit de compétiteurs qui ont le même type de structure de coûts, ce qui n'est pas le cas. Ils imposent une politique monétariste qui, bien que restreignant dans sa raison d'être vertueuse la tendance inflationniste de chaque pays, génère du chômage, des injustices sociales et de la pauvreté*².

* Cf. Le modèle pyramidal décodé.

50 millions d'états-uniens dépendent aujourd'hui de coupons alimentaires contre 32 à l'arrivée du Président Obama il y a huit ans. Soit 17 % de la population !

Ce qui se nomme système financier découle du système bancaire. C'est un outil, créé comme tel au fil du temps par les grandes banques pour faire de l'argent, celles dont la taille est trop grosse pour faire faillite (" big banks to big fail "). On en compte une vingtaine à l'échelle mondiale. La réalité est que les lingots d'or comme les billets de banque ne créent aucune richesse. Ils n'ont aucune imagination et ne savent rien faire. Seuls le travail à partir de la créativité humaine sait créer de la richesse. A quelle fin est-il utilisé ? La sémantique subtile est manipulatoire pour masquer le bal des hypocrites : coût du travail vs gain financier ; service de la dette vs trou de la sécurité sociale ... Résultat, là où un trader retire ses énormes gains de la spéculation en ne créant strictement rien, le travail et la créativité de ceux qui l'exercent sont des coûts pour la société

Les transactions financières à haute fréquence

Le High Frequency Trading est une spéculation faite par des ordinateurs, sortes de drones financiers qui, à partir d’algorithmes sophistiqués, peuvent placer sur les marchés boursiers des milliers d'offres d'achat ou de vente en une fraction de séquence. Ceci permet aux " grosses mains " de truquer le marché, les acteurs de marchés n’ayant aucun intérêt à ce que nous découvrions comment les marchés fonctionnent vraiment. Les décisions humaines sont bannies de ce marché, dans un contexte de bombardement d’informations numériques impossibles à sourcer et à vérifier. Mais le système, devenu incontrôlable compte-tenu de la gloutonnerie sans limites et de l'addiction maladive qui le caractérise, a déjà provoqué des crashes éclairs qui ont obligé les bourses à suspendre les cotations. Jusqu'au crash éclair mondial, car, dans le contexte actuel, tout peut arriver, les cours pouvant se désintégrer en quelques secondes sans que quiconque ait le moindre contrôle sur le déroulement des opérations ...

L'or et les billets de banques ne sont que des symboles de cette richesse, non l'essence. Mais les mots et les idées fausses utilisées par ceux qui dirigent la planète nous font prendre le symbole pour l'objet qu'il représente. L'argent, la monnaie, n'est rien de plus qu'un moyen d'échanger un travail contre un autre travail, et rien d'autre, soit un bien collectif. Aussi se pose naturellement la question de savoir pourquoi les États souverains ont accepté d'abandonner le contrôle de l'émission monétaire à des institutions privées nommées banques, centrales et autres indépendantes, de ce fait à leurs actionnaires et serviteurs ? Car les conséquences de cet abandon se nomment récession et invendus lorsqu' il y a moins d'argent mis en circulation, ou inflation et pénurie lorsque c'est l'inverse, le prix des choses ne cessant de faire du yoyo. Cette maîtrise de l'émission de l'argent conduit à des bénéfices colossaux, investis en patrimoine foncier et immobilier, et décuplés par la pratique de la spéculation comme la vente à découvert (spéculation à la baisse !) et du prêt à crédit aux acteurs économiques individuels comme collectifs fragilisés selon les scénarios créés de toute pièce, allant jusqu'à emprunter pour rembourser les ... intérêts. Pour ceux devenus insolvables, l'ogre vorace finit par racheter à bas prix tous les biens pour, bien sûr, les sauver ! Les sauver bien entendu de leur incurie, de leur mauvaise gestion, de leur irresponsabilité, de leur naïveté ... De l'aveu même en leur temps de Thomas Woodrow Wilson, vingt-huitième président des États-Unis (1856/1924) et de James Abram Garfield, vingtième président des États-Unis (1831/1881), le système de crédit est concentré dans le privé, entre les mains de quelques hommes dominants*. L'argent prêté l'est à partir de rien, via une simple ligne d'écriture, le système des " réserves fractionnaires " permettant aux banques de prêter beaucoup avec une petite contrepartie tangible dans leurs comptes.

* Aux États-Unis, la Réserve Fédérale - la FED -, censée veiller sur le contrôle de l'émission de monnaie par les banques et le risque des cartels bancaires, est elle-même l'expression d'un cartel bancaire privé, en l'occurrence à travers la composition de son Conseil.

Difficile de ne pas y voir une volonté de contrôler le monde par l'endettement, les faits étant suffisamment éloquents*. Rien n'a été fait pour enrayer la machine infernale mise en place depuis le XIX° siècle, le système bancaire restant totalement incontrôlé et non sanctionné. Après chaque crise, et celle de 2008 est éloquente, l'argent public renfloue et le grand casino repart de plus belle, continuant à soutirer de génération en génération un impôt caché, celui du paiement d'intérêts, peu importe au fond que les dettes soient remboursées...

* Cf. Évolution de civilisation (3) / Le mythe constitutif de la société contemporaine - L'argent - Le bilan "merveilleux" des élites bancaires.

Le colossal sauvetage des banques espagnoles

Laminées par l’explosion d’une bulle immobilière à la fin des années 2000 à laquelle les banques hispaniques ont jouée comme au casino, leur sauvetage a coûté une fortune au contribuable espagnol, le coût accumulé des fonds publics employés dans le processus de restructuration bancaire atteignant fin 2015 quelques 61 milliards d’euros ... (estimation provisoire de la Cour des comptes). Ce coût ne peut être considéré comme définitif, les processus de restructuration se poursuivant. L’État espagnol n’a pour l’instant récupéré auprès des banques que 3 à 5 milliards, selon les estimations du Fonds de restructuration bancaire (FROB) et de la Banque d’Espagne. Et Madrid a remboursé à l’Union européenne 6,6 milliards d’euros. Quant à la reprise tant annoncée, elle se fait toujours attendre.

Désastre à l'italienne

L'ABE (l'Autorité bancaire européenne) l'a annoncé courant juin 2017il y a quelques jours : les banques italiennes ont un taux de créances douteuses de 16,5% de leur encours. Cela s'appelle un désastre. Si Banca Intesa est parvenue à céder un portefeuille de créances douteuses pour une valeur de 2,2 Mds€,  la BMPS (Banca Monte Paschi di Siena) a quant à elle bénéficié d'un feu vert de Bruxelles pour une nouvelle recapitalisation massive de 6,6 Mds€... avant la prochaine (il manque encore 2,2 Mds€). De même, la décision a été prise de liquider * deux banques italiennes zombies : Banca Veneto et la Banca Popolare di Vicenza après l'échec des tentatives d'adossement ou de reprise. Ce ne sont que deux petites banques régionales qui représentent un actif combiné de 60 Mds€. Au total, l'Italie doit mettre 17 milliards d'euros pour sauver ses banques !

*Le montage voit Intesa Sanpaolo, la première banque de détail du pays, reprendre les actifs sains, l’État italien lui versant 5,2 milliards d’euros et apportant jusqu’à 12 milliards d’euros de garanties, alors qu'il est déjà fortement endetté.  Intesa San Paolo a précisé que l’opération inclut un certain nombre d’autres établissements comme Banca Apulia et Banca Nuova, ainsi que des banques en Moldavie, en Croatie et en Albanie..., sans impacter ni son ratio de fonds propres ni sa politique du dividende. Elle a ajouté qu’elle pourrait également déboucher sur la fermeture d’environ 600 agences et sur le départ volontaire de quelque 3 900 salariés...

 

Le jeu mortifère de la dette

Rappel du b.a-ba de la dette

La dette contractée est liée au paiement d'un taux d'intérêt appliqué au prêt accordé.  Le taux d’intérêt est le prix de la rencontre entre l’abstinence, qui détermine l’offre d’épargne, et d’une volonté de prendre des risques qui conduit à avoir besoin d’argent aujourd’hui. Le taux d’intérêt est le prix de cette location. Tout observateur de l’Histoire sait cependant que les pouvoirs politiques ont toujours voulu que le blé soit cher, pour contenter les paysans, et la farine bon marché, pour satisfaire les citadins. D’où d’innombrables tentatives de contrôle des prix par les États, qui toutes ont échoué. Or si la manipulation des prix par un État ne marche jamais, la quasi-totalité des économistes expliquent que maintenir des taux " bas " est très bon pour l’activité économique. Nous sommes face à une impossibilité logique, qui ne peut avoir comme conséquence que de conduire à une baisse structurelle  de la croissance économique.

Si le taux d’intérêt est le prix auquel la demande d’épargne égale l’offre d’épargne, sa fixation artificielle en-dessous de ce rapport conduit inévitablement tous ceux qui peuvent emprunter, c’est-à-dire ceux qui ont des actifs, à acheter des affaires ou des actifs existants qui rapportent plus que le taux arrêté, et ce sans prendre de risque. L’endettement va alors monter très fortement, ce qui rend le système vulnérable en cas de ralentissement. Le prix des actifs existants va se mettre à monter, les riches devenant plus riches tandis que les " pauvres ", souvent les jeunes, deviennent plus pauvres. Comme il est très facile de s’enrichir sans prendre de risque, plus personne n’investit dans une augmentation du stock de capital qui impliquerait une prise de risque, et de ce fait la productivité se met à baisser, entraînant dans son sillage  celle du niveau de vie des pauvres. La croissance structurelle s’écroule puisque la productivité s’écroule par manque d’investissement. Les rentiers font plein d’argent, les entrepreneurs ne peuvent se financer.

La conclusion à tirer c’est que les taux bas sont l’outil central dont se sert le capitalisme de " connivence "...

Le système d'endettement basé sur le crédit est un processus basé sur la cupidité et la vanité, en aucune sur une approche vertueuse de l'économie au service de l'intérêt général. Encadré par la loi, comme celle du 3 janvier 1973 en France qui interdit désormais à l’État français d'emprunter à zéro à sa banque centrale (loi dite "Giscard-Rothschild "* ...), ce système conduit à laisser des services publics en sous-investissement chronique et à les brader, par petits bouts, pour éponger la dette irrécouvrable auprès d'acteurs privés faisant payer des intérêts au prix fort. La même loi s'est introduite dans les accords du traité européen de Maastricht de 1992 (article 104), avant d'être gravée dans le marbre dans le Traité de Lisbonne (article 123), dans un labyrinthe technique volontairement incompréhensible. Les pays européens ont été ainsi obligés d'emprunter sur les marchés financiers - plus de 30 % à une époque pour la Grèce -, ces mêmes marchés empruntant au même moment à moins de 2 % à la Banque Centrale Européenne ... Les États de l'Union européenne sont ainsi totalement tributaires de l'oligarchie financière.

* Georges Pompidou (1911/1974), avant de devenir Premier Ministre puis Président, était directeur général de Rothschild France. 1973 est la dernière année où le budget de la France a été à l'équilibre, la dette passant à 21,2 % du PIB en 1974 à 96,9 % en 2015 ... Une génération sacrifiée.

Mais si la Grèce a fait vaciller la zone euro, ce n’est pas tant pour des raisons économiques que pour des raisons purement politiques. Le PIB de la Grèce en effet ne représente pas grand-chose, moins de 200 milliards d’euros. Ce n’est même pas le budget de l’État français. C’est moins de 10 % du PIB tricolore et, comparé au PIB européen, c’est insignifiant. Aussi la question centrale était politique : comment sauver un pays vacillant de la zone euro sans remettre en cause les traités, les règles, et sans conduire les Allemands à payer pour le reste de l’Europe ? Il en est tout autrement pour la France et l'Italie.

La dette de la France

En 2012 elle s'établissait à 1740 milliards d'euros, les intérêts cumulés représentant environ 80 %. Sans ces derniers, la dette aurait plutôt tendance à baisser entre 1979 et 2012. En 2016, ces mêmes intérêts représentent 1760 milliards sur un total de 2200. Pour régler la facture, nous sommes obligés d'emprunter de nouveau contre intérêts 50 milliards, soit 4,16 milliards par mois. Cette dette est irrécouvrable, au même titre que celle de 99 % des pays de la planète. Nous sommes condamnés à payer des intérêts, qui augmentent de façon exponentielle, sans jamais pouvoir éponger notre dette, pour une monnaie quasi virtuelle créée ex nihilo par le système bancaire. C'est un total dévoiement de l'intérêt collectif octroyé à des acteurs privés.

La dette de l'Italie

Troisième économie européenne derrière l’Allemagne et la France, la dette publique ne cesse de croître, ayant atteint 133 % du produit intérieur brut en 2016 contre 129 % trois ans auparavant. Le stock de dettes étant évalué à 2 500 milliards de dollars pour un PIB de presque 2.200 millions de dollars, dont la parité avec l'euro est quasiment rétablie. Les prévisions de croissance du pays pour 2016 et 2017 ont désormais calées sur 0,8 % cette année contre 1,1 % auparavant et 0,9 % en 2017. Ceci veut dire à quel point la situation est critique à l’échelle mondiale. L’Italie est un pays tout simplement trop gros pour être sauvé, tout comme la France, le Portugal comme la Grèce pouvant toujours faire l'objet d'une action de sauvetage par la BCE et ses "bricolages" économiques qui peuvent faire illusion. Ceci explique le constat du président de l’IFO, le plus gros institut de prévision économique allemand, partagé publiquement, en expliquant de surcroît qu’il était hors de question pour l’Italie de faire appel aux contribuables allemands.

La dette de l’Espagne

En 2016, la dette publique de l’Espagne a atteint 99,4 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, selon les données provisoires publiées fin mars 2017 par la Banque d’Espagne, en recul de 0,4 % par rapport au niveau atteint en 2015. Elle s'établit à 1 107 milliards d’euros (soit 1 183 milliards de dollars américains).

La dette des États-Unis

La dette du gouvernement fédéral américain a officiellement passé la barre des 19.000 milliards de dollars – soit 103% du PIB national – en janvier 2016. 13.700 milliards de dollars concernent directement la dette publique détenue par les entreprises et les particuliers, et 5.300 milliards représentent la dette nationale du gouvernement envers la Federal Reserve (Fed). L’État fédéral s'est plus endetté sous la présidence de Barak Obama que pendant toute la période de George Washington, premier Président de l'histoire des USA, à Bill Clinton. 25 % des bons du Trésor sont détenus par la Russie, la Chine et la Belgique, ce qui place en l'état les États-Unis en position de grande fragilité quant à la force et la pérennité du dollar, sa monnaie.

Quant aux particuliers, des statistiques de décembre 2016 fournies par le bureau de crédit Experian indiquent que 73 % des Américains qui décèdent ont une dette en cours représentant une ardoise de 61 554 $, ce qui inclut les crédits hypothécaires. Environ 68 % d’entre eux avaient des dettes via leur carte de crédit, suivi du crédit hypothécaire (37 %), du crédit auto (25 %), le prêt personnel (12 %) et enfin le prêt étudiant (6 %). Rappelons que la dette fait partie de la succession.

La dette mondiale

Début 2017, le rapport semestriel du FMI (Fiscal Monitor) constate que huit ans après la détonation de la bulle immobilière qui avait enfanté la pire crise financière depuis la Grande Dépression du Jeudi Noir 1929, la dette n’a fait que continuer de s’enfler, atteignant son apogée avec le montant record de 152.000 milliards de dollars, soit plus du double (2,25) de la richesse mondiale ... Ce phénomène a été facilité par les taux d’intérêt très bas, voire négatifs, imposés par plusieurs grandes banques centrales. Beaucoup de gouvernements se sont ainsi endettés à travers des programmes de relance via des politiques d’assouplissement monétaire des grandes banques centrales pour tenter de relancer les économies nationales atones. La plus grande partie de la dette est polarisée dans les pays nantis, la Chine de son côté demeurant le pays qui a le plus emprunté sur les dernières années, sa dette chinoise s'établissant à 28.000 milliards de dollars à la mi-2014 à 282 % du PIB.

Quelques mois plus tard, il est désormais estimé par l’Institute of International Finance (IIF) à 191.000 milliards d'euros, soit 327 % du produit intérieur brut mondial, hausse largement imputable aux pays émergents, et tout particulièrement la Chine.

La conséquence est imparable. Chaque fois que le déficit s'aggrave, l’État doit emprunter de l'argent, avec les intérêts assortis. Et plus la somme empruntée est conséquente, plus les intérêts sont élevés. L'emprunt étant devenu colossal, les intérêts sont gigantesques. Pour les honorer, l’État utilise les impôts. En 1980, il fallait à peine un tiers des impôts sur le revenu pour s'acquitter de ces intérêts. Aujourd'hui, c'est plus de la moitié des impôts qui passe dans le simple remboursement des intérêts, celui-ci étant devenu le deuxième poste de dépenses derrière l’Éducation, l'Enseignement et la Recherche*. De ce fait, ils ne servent plus à assurer un service public digne de ce nom. Éducation, recherche, défense, infrastructures, logements ... tous les services de l’État sont financés à crédit, et le produit du travail taxé de plus en plus lourdement pour rembourser une dette qui s'alourdit d'année en année. La pression fiscale en France étant déjà l'une des plus élevées d'Europe - les dépenses publiques de notre pays représentant 57,5% du PIB, financées par les impôts -, la pression fiscale s'établit à 56,6% *². Le salarié "moyen" n'a ainsi pas de maîtrise directe sur plus de la moitié des fruits de son travail. Voici comment se passe le grand "cocufiage" de l'intérêt public, individuel et collectif ...

Longtemps l'illusion du retour de la croissance a permis de masquer le constat. Aujourd'hui, cet artifice utopique ne convainc plus. Elle devrait péniblement atteindre les 0,2% au quatrième 2015, et 0,4% sont espérés sur le premier semestre 2016. Si nous échappons sans gloire aucune à la récession, le budget national ne peut nullement être regonflé. Là encore se trouve l'incurie de tous les gouvernements qui se sont succédé année après année, de droite comme de gauche, élaborant des budgets comme si la natalité et les gains de productivité apportés par la nouvelle économie étaient garantis. La réalité est toute autre. La population vieillit, les gains de productivité sont marginaux, et une partie de l'emploi est supprimé ou déqualifié par la robotisation continue de la production.

L'absence de croissance ne permettant pas d'augmenter les recettes, la pression fiscale record ne peut que devenir vite insoutenable. Comme il en va de la survie de l’État et du système sur lequel il repose, nos dirigeants doivent à tout prix éviter le basculement ... Pour cela, ils sont prêts à tout, la loi martiale sécuritaire étant un des éléments du dispositif. A l'heure de taux d'intérêt négatifs qui ne font qu'illusion pour préserver la survie du système, la réalité sur son dévoiement mortifère par des élites politiques incapables et/ou corrompues apparait de plus en plus. Les taux négatifs fragilisent les banques comme les assurances - dont l'assurance-vie populaire -, et leur remontée conduirait à un niveau de dettes insupportable. Cet artifice permet aux prédateurs de gagner du temps pour se mettre à l'abri ...

* En 2015, le remboursement de la dette représente environ 34 % de l'ensemble des recettes fiscales.

Étude de l'Institut Économique Molinari et d'Ernst & Young.

Le mistigri mortel

"Dépêchez-vous de refiler le mistigri mon ami ! Il ne fera pas bon être en train de danser quand la musique s'arrêtera." *

En s'endettant considérablement, l’État a placé l'avenir de notre nation dans des mains externes : fonds étrangers, spéculateurs, institutions bancaires. Ainsi selon des chiffres de l'Agence française du Trésor de mars 2015, 64,4% de la dette française est détenue par des "non-résidents", le premier détenteur étant pour la dette long terme ... l'Italie. Soit un pays avec une dette publique représentant 133 % de son PIB, 12% de chômage et une situation économique guère reluisante. Pour la dette française de court terme, c'est le Japon. Là encore, un pays dont le ratio dette publique/PIB pourrait atteindre environ 250 %, et qui risque de connaître dans le même temps sa quatrième récession en cinq ans ...    Nos créditeurs eux-mêmes sont en piètre forme. Ils sont pourtant en l'état le seul rempart qui nous protège d'un effondrement pur et simple d'un système insolvable. Jusqu'à quand ?

* Antoine Bello, "Les Producteurs", édition Blanche, 2015.

Si le système s'effondre suite à la crise de défiance des créditeurs, il reste la "solution" de la Banque Centrale Européenne qui, suite à la crise de 2008, a racheté des quantités massives de dettes privées et publiques, soit 1.100 milliards d'euros au total à fin 2016. Bien entendu, son président Mario Draghi* a annoncé le 12 octobre 2015 qu'il n'hésiterait pas "à en faire plus" si nécessaire. Mais dans quelles conditions ?  La France, orgueilleuse souveraine devant l’Éternel, accepterait-elle d'être dirigée par la "Troïka" pour obtenir les subsides européens, par ces experts représentant la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international et chargés d'auditer la situation économique et notamment l'état des finances publiques comme ils l'ont fait pour la Grèce pendant toute la durée de son plan de refinancement ? Acceptera-t-elle comme cette dernière neuf plans d'austérité imposés en six ans ?

Soyons réaliste. Il ne peut y avoir aucune entité supérieure pour sauver notre système. Il est tout simplement devenu trop lourd, et il faut faire preuve d'une foi naïve dans la capacité des banques centrales à stopper une telle hémorragie compte-tenu des limites de leurs politiques monétaires non-conventionnelles. Qui plus est lorsque se pose la question du remboursement d'une dette mondiale deux fois plus importante que la richesse de l’économie mondiale au regard d'une croissance anémique dans les pays riches, et du scénario fort probable d’une reprise de la hausse des taux d’intérêt bancaire lorsque les banques, acteurs privés, y verront l'opportunité. Aussi la seule question qui vaille est de savoir qui peut avoir un intérêt au choc systémique qui se profile ...

* Vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs entre 2002 et 2005.

Cf. Richesse, richesse virtuelle et dette, ouvrage d’économie rédigé par Frederick Soddy (1877/1956), scientifique britannique prix Nobel de chimie, et traduit par Jean-Paul Devos, physicien, près d’un siècle après sa parution en langue anglaise. Dans le texte publié en 1926, l’auteur met en lumière la nature exponentiellement divergente du système bancaire et pressent ses effets lors du siècle suivant. Il s’appuie sur les lois de la physique pour établir une théorie scientifique de l’économie où, notamment, les dettes ne peuvent pas enfler sans limites. Les règles de l’économie mondiale et les analyses qui en découlent ont été échafaudées par la haute finance au service d’elle seule, sans aucune considération des principes physiques précédemment mentionnés. Selon Soddy pourtant, la gouvernance économique aurait beaucoup à gagner à être traitée " avant tout comme une affaire d’ingénierie scientifique, et non une affaire de comment tirer des intérêts de morceaux de papier ".

 

Délit d'initié

Les marchés financiers sont décorrélés de la réalité, celle d’une économie assise sur des fondamentaux compréhensibles et rationnels. Ils ne sont plus logiques, les banques centrales étant les premières à manipuler les marchés. Depuis le début de l’actuelle crise, elles impriment de la devise en masse, qu’elles utilisent pour acheter des obligations à des investisseurs, entraînant un tombereau d’argent sur les marchés actions via les marchés obligataires. Mais continuer à imprimer éternellement n’est pas possible. Nous sommes donc dans une impasse : si elles s’arrêtent d’imprimer, c’est tout le système qui s’effondre comme un château de cartes.  Continuer, c’est créer et accumuler des bulles qui deviennent de plus en plus dangereuses à  mesure que le temps passe. Conclusion : la valeur des actifs financiers et des monnaies est délibérément rabaissée afin de transférer la richesse de la majorité des gens vers un petit groupe d’élites mondialisées.

Du féodalisme moderne

Le résultat des phases de forte hausse suivies de phases d’effondrement du crédit est le transfert de la propriété de biens immobiliers et d’entreprises productives de la majorité des gens vers quelques initiés. Ceux-ci vendent au public lors de la phase d’engouement, puis une fois la phase de panique installée et le krach arrivés, les prix s’effondrent et la liquidité disparaît. Les biens immobiliers et le cours des actions d’entreprises réelles sont au plus bas, et tous les bons actifs peuvent à ce moment être achetés à un prix compétitif. Le résultat final est que la classe moyenne finit plus pauvre et que les élites politiques/financières finissent par posséder toutes les bonnes affaires. Quant aux plus pauvres, ils voient leur situation devenir pire qu’elle ne l’a jamais été.

Depuis 2008 et la disparition de la banque d’investissements multinationale Lehman Brothers créée en 1850, le nombre d’intervenants institutionnels participant à l’émergence d’une tendance puis capables d’assurer sa perpétuation est passé de dix à cinq*  ... A partir du moment où il n’y a plus qu’une poignée de mastodontes, les alliances l’emportent largement sur la tentation de se faire concurrence pour tondre les millions d’intervenants en pratiquant la prise à contrepied du consensus. Ceux-ci sont d’autant plus faciles à orchestrer lorsque l’on détient des informations privilégiées ... ou que l’on parvient à convaincre le marché qu’on les détient par la manipulation délibérée des indices en s’appuyant sur de puissants robots algorithmiques qui écrasent tout sur leur passage.

C’est cette stratégie du “choix forcé” mené par les banques centrales qui subvertit toute la mécanique de la fixation des prix depuis 2009. Créer des flux de liquidités, les réserver à quelques complices puis ériger l’inefficience du marché en principe de fonctionnement, voilà la définition de l’orchestration machiavélique d’une bulle. Plus personne ne voulant entendre parler d’austérité, cela fait le jeu de tous, hormis les moutons tondus, l’illusion de la planche à billets contribuant à cesser le sentiment de souffrance et de morosité ressenti. La Federal Reserve de son côté stocke tous les déchets obligataires toxiques en espérant que l’argent des contribuables à venir le masquera et préserver le système financier des conséquences de ses dérives et de ses colossales erreurs. Rappelons qu'en 2008, plus de 60 mille milliards de dollars se sont évaporés, et la "Fed" a pu sauver le système en faisant tourner la planche à billet, soit 300% d'augmentation de la masse monétaire en circulation.Le célèbre investisseur Warren Buffett résume d’une formule la morale de l’histoire : "les ultra-riches mènent une bataille contre les 98% les moins riches, et cette bataille, ils sont en train de la gagner ".

* Les quatre plus grosses banques américaines sont désormais 30% plus grosses qu'en 2007... et les cinq plus grosses banques détiennent plus de la moitié des actifs bancaires des États-Unis.

 

Plan d'organisation du nouveau krach monétaire en cours

L'incurie de nos gouvernants, vraisemblablement manipulés, est totale. Ils ont utilisé tous les outils habituels à leur disposition,  injectant des milliers de milliards d'euros dans le système, renflouant les banques et les États avec de l'argent qui n'existait pas,  maintenant le crédit bon marché en mettant les taux d'intérêt à zéro ou presque pour pouvoir continuer à s'endetter. Désormais, au niveau le plus élevé, ils mènent une lutte désespérée pour maintenir ce système en place.  Il consiste dans le détournement d'attention des populations afin qu'elles se résignent à perdre toujours plus de liberté, jusqu'à ce que le contrôle soit si avancé que les mouches prises dans la toile renoncent à toute résistance. Plus la prise de conscience de l'opinion est retardée, plus la porte de la " prison " a de chances d'être refermée avant que la plupart des gens ne s'aperçoivent qu'ils sont en cellule. C'est tout " l'art " de la diversion dans la stratégie ...

2015

Vote en août 2015 (vacances) d'une loi permettant aux banques de se renflouer de l'intérieur (" bail-in ") : en cas de faillite, le titulaire d'un compte devient actionnaire forcé et voit son argent bloqué.

L’État lui garantit ses dépôts jusqu'à 100000 euros, avec l'argent emprunté aux banques et placé dans ... des fonds bancaires.

Vote de lois liberticides de lutte contre le terrorisme, avec banalisation de l'état d'urgence *.

En cas de manifestation pour être devenu actionnaire forcé (et floué), la jugulation de la rue par la force sécuritaire est assurée.

* Remake du " Patriot Act " d'octobre 2001 aux USA, loi rédigée ... avant les attaques du 11 septembre !


2016

Vote le 8 février à l'Assemblée Nationale de l'article 1 de la révision constitutionnelle prévoyant l'intégration de l'état d'urgence à la Constitution "en cas de péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public ".

Thème du Forum Économique Mondial de Davos en janvier : " La société sans cash ", soit une société où tous les avoirs sont dématérialisés et conservés dans les ordinateurs des banques. Ou comment d'une simple pression sur une touche interdire l'accès à son compte ...

Le Ministère de la défense allemand encourage fin août la population à faire des réserves de nourriture et d'eau pour cinq jours, sous prétexte de se parer d'un éventuel conflit avec la Russie ... Quelle est l'hypothèse la plus probable : conflit avec la sainte Russie ou krach planétaire?


La Deutsche Bank, une des plus importantes banques au monde, est mi-septembre mise sous perfusion pour éviter la faillite : 47.000 milliards de dollars de " produits dérivés ", autrement dits d'actifs pourris hautement toxiques ...

Le gouverneur de la Banque Centrale Allemande indique fin septembre l'impossibilité de remonter les taux. Entre Charybde et Scylla " mon " épargne vacille ...

Les banques italiennes, certaines suisses et luxembourgeoises, annoncent en septembre qu'elles sont dans le rouge. Et les françaises ?


Révision constitutionnelle liberticide

Le degré d'équilibre des pouvoirs bouleversé au nom d'une guerre intérieure contre le terrorisme est très difficile à appréhender. L'arsenal mis en avant par les postures martiales à l'Assemblée de ses promoteurs gouvernementaux et relayées par la quasi exclusivité de la classe politique n'est que la partie émergée de l'iceberg d'une législation amendée. La plupart des mesures consistent en l'amendement de lois préexistantes par l'ajout ou la suppression de vocables, de paragraphes ou de sections entières. De quoi obliger les scrutateurs de la législation à s'embarquer dans une chasse au trésor et à remonter la genèse de chaque amendement pour essayer d'en déterminer l'impact sur le texte antérieur. Un vrai dédale ...

 

Dictature financière

Dans un système où tout est interconnecté, un krach financier se transforme inévitablement en krach économique. A quelle fin ? Tout simplement la fin du système monétaire mondial actuel.

Si la dévaluation du dollar américain a joué un rôle essentiel dans le boom du crédit, elle a sapé la stabilité du système du dollar. Aussi le krach du système passe par celui du dollar. Les seules personnes qui peuvent le souhaiter sont celles qui voient une occasion de construire un système mondial anti-démocratique à partir des ruines du système actuel ... Un système avec bien sûr un seul gouvernement, une seule monnaie, et une seule loi qui ne s’applique qu’à ceux qui sont gouvernés, non aux faiseurs des règles du jeu ni aux money maker ... Tous les gouvernements* sont engagés, tacitement ou directement, dans le vol et la fraude ; ils tirent parti de leur position pour transférer la richesse et le pouvoir des non-initiés vers les initiés *². Un gouvernement intelligent utilise la tromperie pour parvenir à ses fins ... tandis qu’un gouvernement maladroit le fait sans faux-semblants ni excuses. Comment comprendre le comportement des banques centrales et en particulier la Federal Reserve des États-Unis qui subvertissent tous les mécanismes économiques et montrent un tel dévouement au profit des banques qui ont causé tant de dégâts avec leur spéculation effrénée sur les dérivés en 2008 ? La preuve, elles ont encore accru la taille de leurs encours sur pratiquement toutes les catégories de produits à effets de levier (taux, devises, matières premières, CDS, options sur la volatilité...).

* Le gouvernement états-unien a levé une quantité de dette énorme  - plus de 18 mille milliards de dollars - , le double de ce que les États-Unis portaient avant le fiasco de 2008.

Ainsi le " Luxembourg Leaks ", gigantesque scandale financier concernant plusieurs centaines d'accords entre le fisc du Grand-duché et des cabinets d'audit pour le compte de firmes multinationales, le but étant de faire baisser les impôts de ces sociétés. C’est le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui présidait alors comme ministre des Finances puis Premier ministre du Luxembourg entre 1995 et 2013 ...

Le recours ultime pour sauver ce qui peut l'être à leur profit ne peut être qu'une véritable arme de destruction massive. Elle se nomme 2.0, soit la prise de contrôle technologique arbitraire et brutale de l'épargne constituée, soit environ 16 des revenus représentant un total de 10 000 milliards d'euros, soit années de PIB français. Cet argent épargné pour faire face aux besoins du futur (vacances, retraite, immobilier, aide à la famille, imprévus)  constitue un gisement de richesse irrésistible pour des dirigeants pris au piège de la dette fruit de leurs turpitudes et coincés par leurs engagements électoraux. Se servir sur les comptes d'un simple clic de souris est dorénavant possible, la monnaie n'ayant eu de cesse de se dématérialiser (la carte bancaire représente désormais 49,5% des paiements). Salaire, retraite, factures,  virements pour l'assurance-vie, mensualités du prêt immobilier ou autre ... sont majoritairement traités sous forme électronique grâce à l'informatique. Dans nos sociétés modernes, l'argent n'a quasiment plus d'existence matérielle,  la seule chose rendant nos dépôts concrets, à tout instant, reposant sur l'accord tacite passé avec notre banque pour en récupérer la valeur en monnaie sonnante ...

Or l'équilibre des pouvoirs propre à toute société dite démocratique est en train de basculer en faveur  d'un côté des banques sur le fil du rasoir et qui pourtant continuent à financer leurs " stratégies " boursières, leurs paris risqués et leurs montages compliqués sur les marchés financiers, et de l'autre côté un État endetté et à bout de ressources. Trouver pour chacun une solution bien " arrangeante " sur le dos des "petits " épargnants ne semble-t-il pas tentant ? C'est ce que laissent à penser tous les indices observables dans le système financier mondial, qui conduisent à l'abolition de la monnaie en espèces, de l'argent liquide ...

Mesures de restriction sur le cash prises en France

Depuis le 1er septembre 2015, les paiements en espèces supérieurs à 1 000 euros sont officiellement interdits.

Depuis le 1er janvier 2016, les banques françaises doivent désormais signaler à l’État tout dépôt ou retrait d'espèces supérieur à 10.000 euros par mois.

Une pièce d'identité est obligatoire dans les bureaux de change pour toute transaction de plus de 1 000 euros.

Les comptes hors-système plus simples et plus souples qui peuvent être ouverts dans les bureaux de tabac sur simple présentation d'une pièce d'identité sont désormais référencés dans le même fichier que les comptes bancaires "traditionnels".

Depuis 2014, il n'est plus possible de payer ses impôts en liquide s'ils dépassent les 300 euros (contre 3 000 euros précédemment). 


Qui plus est, des avantages pour paiement par carte bancaire sont proposés, avec en parallèle la fermeture de guichets dans le métro ou dans les gares forçant à utiliser les machines, le refus de chèques par de plus en plus d'établissements, le développement rapide du paiement sans contact, des applications sur smartphone permettant de faire des transferts d'argent d'un effleurement de l'index ... Et, sur le plan communication, l'utilisation des vocables Terrorisme / Argent sale / Travail au noir / Trafics en tous genres ... par les autorités associant désormais le cash à la criminalité et à l'insécurité.

L'exemple grec

L'obligation en Grèce de payer par Carte Bleue jusqu'à 20 % de ses revenus sous peine d’amende est dorénavant active, constituant une réduction sans précédent des libertés individuelles d’une politique européenne totalement inique. Ceci donne à penser que la Grèce est volontairement sortie du cadre économique supposé normal des économies occidentales pour permettre d'expérimenter autre chose… Quasiment tout type de commerce y est depuis 2016 équipé de machines POS (paiement par CB), obligeant toute transaction entre entreprises dépassant le montant de 50 € de s'effectuer de manière électronique (cartes et virements). Qui plus est, toute transaction de plus de 500 € en liquide devient illégale entre personnes physiques. De ce fait, pour que le seuil du non-imposable (8 636 €/an – personne seule, 9 545 €/an – + trois enfants à charge) puisse être maintenu par le fisc grec, les "citoyens" doivent avoir effectué 10 % au moins de leurs dépenses en CB jusqu’à 10 000 €/an (20 % pour 30 000 €/an), sinon il y a 22 % de pénalité sur l’impôt à payer (et/ou le basculement à la situation de l’imposable pour de nombreux cas). Tout établissement où une pancarte visible (" ici on accepte les cartes ") ne se présente pas à l’évidence sera frappé d’une amende de 1 000 €.

La question qui se pose autour des monnaies numériques et celles qui sont sous forme physique avec des espèces est ni plus ni moins celle de la liberté. Lorsque la monnaie sera totalement numérique, les citoyens seront tous prisonniers des oukases imposés quant à l’épargne, la consommation, l'utilisation de son argent.  Comment le "totalitarisme marchand" ne peut-il aller jusqu’au bout de sa logique pour assurer sa survie ? Plus son point d’effondrement se rapproche, plus il se montre violent et autoritaire.

Nous avons bel et bien là tous les éléments préparatoires à une dictature économique, à la disparition du libre-échange et à la mort du droit à la propriété, pourtant inscrit en toutes lettres comme droit naturel et imprescriptible dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. La continuité en somme d'un plan orchestré depuis fort longtemps, même s'il défie l'esprit rationnel et cartésien des Lumières. Mais en l'occurrence de lumières bien artificielles ... Nous assistons à une telle capitulation générale de la pensée active dans tant de sphères de notre vie qu’il parait en l’état impossible d’imaginer une réaction citoyenne à la hauteur. Trop occupés à regarder des écrans toute la journée (ordinateur, télévision, appareils mobiles) et vidés d’une grande partie de leur énergie, les robots biologiques de la matrice cyber semblent s’acheminer tout droit vers les limbes de l’humanité.

Cf. Le modèle européen décodé (1).

 

Cf. John Perkins, économiste états-unien, " Confessions d'un assassin financier " ; Antony Cyril Sutton, économiste britannique (1925/2002), " Le complot de la Réserve Fédérale " ; Eward Griffin, essayiste états-unien, " The creature from Jekyll Island " ; Eustace Mullins, essayiste états-unien, (1923/2010), " Les secrets de la Réserve Fédérale " ; Pierre Jovanovic, essayiste," 666 : Du vol organisé de l'or des Français et de la destruction des Nations par le dollar grâce aux gouvernements et médias à ses ordres ", " Blythe Masters : la banquière à l'origine de la crise mondiale ", " L'histoire de John Law et de sa première planche à billets qui a ruiné la France et qui continue à ruiner le monde aujourd'hui " ; André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, " La dette publique, une affaire rentable " et " Les 10 plus gros mensonges sur l'économie " ; Simone Wapler, Chronique Agora.

 

La désacralisation de la valeur travail

Le contrôle de la rentabilité du travail comme consécration sociale et ... autodestruction

Moloch

(Dans la tradition biblique, nom du dieu des Ammonites, une ethnie cananéenne)

 

L’emploi quasiment à vie, souvent au sein de la même entreprise, en contrat à durée indéterminée,avec promotion professionnelle garantie et évolution salariale continue à la hausse… Il y a maintenant une quarantaine d’années, c’était l’horizon d’insouciance d’une majorité, dont celles et ceux appelés à devenir cadres, s’ils ne l’étaient automatiquement par le diplôme obtenu. La consécration pour une reconnaissance sociale équivalente à l’exercice de responsabilités comme praticien libéral ou entrepreneur viscéral.

Peu à peu, sans y prendre garde, et tout particulièrement à partir des années soixante-dix, en l’accompagnant de tous leurs vœux la plupart du temps sans en avoir perçu les enjeux, les cadres d’appareils sont devenus des manageurs de cette délégation de responsabilité octroyée, ce mot anglo-saxon plus " bankable " et plus valorisant dans le contexte business mondial. En fait, ils ne sont devenus ni plus ni moins que des outils de cette entreprise dite moderne, celle qui est passée d’un appareil de production à un instrument de spéculation, dont la substance est le travail comme contribution aux profits. La mécanique est simple : par votre travail, vous augmenterez votre salaire pour atteindre une position sociale élevée et pouvoir consommer sans modération, qui plus est grâce au crédit. Elle repose sur l'illusion du triptyque fantasmé compétition - stimulation - récompense extrinsèque. Le profit et la rentabilité sont devenus entretemps la raison d’être d’un développement continu qui, au fil du temps, s'avère insatiable, dévorant tel le Moloch-Baal ses enfants.

Ce type d’entreprise ne dégage plus fondamentalement des profits pour se développer, mais pour alimenter une spéculation à des fins de rentabilité, permettant d’entretenir ceux qui n'ont plus besoin de travailler (fonds de pension par exemple), et aux fins d’assouvir leurs envies toujours croissantes. Sa raison d'être devenant incertaine lorsque les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous, elle privilégie la flexibilité et la précarité, contribuant à détruire le lien social, la confiance, le dynamisme et l'implication qui reposent sur le sentiment de sécurité, besoin primaire de la nature humaine. Par l'inquiétude générée elle annihile toute prise de risque, inhérente à l'esprit de création de l'être humain, contribuant à instiller en son sein les gènes mortifères de sa disparition.

 

Les illusions perverses des récompenses extrinsèques

Les entreprises ayant adopté la restructuration et la rétribution selon les résultats comme principes d'une indispensable et réaliste modernisation ont fragilisé la valeur emploi, soupape de la confiance et de l'engagement, déséquilibré la pyramide générationnelle par la dévalorisation du principe de séniorité, et fragmenté le lien collectif par l'individualisation.

La mécanisation des récompenses extrinsèques - salaire, périphériques, statut- a entraîné nombre d'effets pernicieux, n'étant que superstitions sans fondement scientifique.

D'abord, les " hauts " rémunérations et statuts étant limités, ils ont pour corolaire automatique de limiter le nombre d'individus capables d'être motivés. La rétention culpabilisante par le "chantage à l'emploi" ne peut qu'accentuer le repli frileux et le désengagement.

Ensuite, lorsque le développement de l'économie et de l'entreprise cesse, la motivation basée sur l'espérance d'un meilleur salaire et/ou d'une promotion verticale diminue, et entraîne une accentuation de la fragilité de l'entreprise par le sentiment de punition ressenti. Apparaissent les syndromes de révolte, de colère, d’auto-justification et de résignation, dont le coût, rarement mesuré à sa juste valeur, pèse de façon conséquente sur la santé de l'entreprise.

Dans cette philosophie de la récompense ou du châtiment, l'évaluation individualisée, se voulant objective, impartiale et rationnelle, avec toutes ses dérives et limitations (motifs malhonnêtes ou pervertis, calculs détournés) contribue de son côté à un sentiment de discrimination, destructeur du travail d'équipe et générateur de tensions dans les relations hiérarchiques. Elle conduit trop de personnes à dépendre étroitement de leur supérieur et de leur entreprise, empêchant leur épanouissement existentiel, qui plus est lorsque certaines sont persuadées qu'en étant capables d'accepter sereinement des conditions difficiles sans se plaindre ni se débattre la chance finira bien par leur sourire.

Enfin et tout naturellement, l'ardeur à la prise de risques et aux idées créatives faiblit considérablement.

Le résultat global est la perte du plaisir et de l'intérêt trouvé dans le travail lui-même, ainsi que la faiblesse du sentiment de loyauté. Un travail qui devient par défaut ne peut que contribuer à la désagrégation de la relation de l'être humain à sa vie, avec ce qui en découle pour la bonne marche de l'entreprise.

 

La fable de l’humain au cœur du projet

Subtil accommodement de ce nouveau code de la route, l’humain a été placé au cœur du langage de communication, oral comme écrit, explicite comme implicite. La dénaturation du sacré voient les manageurs professer leur foi, exercer leur liturgie et dédier leur sacerdoce au service des chartes de valeurs bien pensantes érigées, à partir d’un jargon se voulant résolument positif (culture projet, lien social, développement durable, promotion de la diversité, l’individu au cœur du projet...). Les chefs du personnel d’antan sont devenus au fil de l’eau des directeurs et directrices du personnel, puis des relations humaines et/ou sociales, avant de se parer du label de ressources humaines ou, plus pragmatique, du capital humain. S’ils et elles martèlent qu’encadrer c’est guider, accompagner, encourager, ils comme elles ne font que gérer et exécuter les directives d'un board ou d’un directoire sous pression d'actionnaires peu visibles. Douce schizophrénie…

Les manageurs de proximité, les N+1, autrement dits cadres de proximité directs, ou N+2, ceux étant juste au-dessus, sont quant à eux chargés du fonctionnement de l'organisation et du cadencement du travail. Leurs méthodes, détournées trop souvent de toute considération humaine, se veulent chirurgicales, froides, sans état d’âme. Elles sont basées sur la méthode de la carotte et du bâton, les récompenses extrinsèques et les châtiments. Elles sont en quelques décennies devenues une des causes essentielles des troubles psychosociaux, sources de nombreux traumatismes, jusqu’au suicide du salarié, ce dégât collatéral d'un management qui n'aurait pas compris ou su faire comprendre le message de l'entreprise.

Tous ces cadres sont devenus les exécutants de méthodes venues d'ailleurs, comme le management par projet où, sans préparation et sans réel pouvoir si ce n’est la bonne volonté au départ puis la ruse politicienne, la recherche théorique de coopération bénéfique entre équipes se traduit par des guerres de tranchée et des confrontations à enjeu de seule survie existentielle. Cet ailleurs ? Des cabinets en conseil stratégique comme de la recherche universitaire, payés à prix d’or pour toujours et encore repousser les limites de l’acceptable dans cette course à la rentabilité, à la compétitivité, à la productivité, dédouanant au passage leurs prescripteurs. Après le taylorisme, qui sépara les activités manuelles et intellectuelles, le fordisme, qui encouragea le travail à la chaîne, le toyotisme qui fit la chasse au temps perdu, nous sommes parvenus au lean management, qui met à contribution tous les acteurs pour éliminer les gaspillages réduisant l'efficacité et la performance.

La conscience bien anesthésiée par l’action conjuguée du formatage et du bourrage de crâne, les cadres se doivent d'appliquer la méthode du moment retenue, théorisée et déguisée pour sa bonne ingurgitation sous le vocable de " challenge ". Méthode en phase avec le moule éducatif générationnel aux commandes, puisque la prime à la jeunesse triomphante prévaut sur le senior usé, pressurisé, et peut-être en passe de revenir de ses illusions passées. Et qu’importent le manque d’expérience et l’absence de confrontation avec la réalité de l’entreprise, puisque l’illusion du verbe, du diplôme et du réseau constitué sert de sésame au jeu de dupes orchestré. L’arrivée de ces jeunes formatés des grandes écoles, purs produits d’une culture de la norme, avec l’arrogance de leur tête dite d’élite forcément bien faite, en tout cas bien pleine, leur permettant de s’en affranchir sans état d’âme pour le plaisir de la transgression – la norme étant faîte pour les autres –, sûrs d’eux-mêmes, de leur compétence comme de leurs bons droits, n’a fait qu’accélérer le processus en quelques décennies.

Décryptage du jargon managérial

Le phraser de la vie d’entreprise apparaît pour grande partie déconnecté de la pratique oratoire de la vie courante, mélange d’anglicisme suggestif, de lyrisme hypnotique et de sabir ambivalent. Nicolas Boileau (poète, écrivain, 1636 – 1711) pourrait aisément brocarder à l’encan certains esprits pour leurs peu claires pensées, en leur suggérant que " Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ", ou encore que " Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain. "

Si l’entreprise n’est bien sûr ni un lieu de poésie ni un refuge d’écrivains inspirés, elle ne gagne rien à manier un langage idéologique " techno verbeux ", qui à trop vouloir concilier vocabulaire managérial, intention cachée et incantation vibrante, entraîne confusion, incompréhension et affaiblissement de la pensée, carburant essentiel de la manifestation du génie humain. Entre langue de bois, langue diplomatique et langue artificielle qui n’engagent que ceux qui les croient, les explications du lent mais sûr décrochage des acteurs du terrain sont en partie trouvées. Cette déshumanisation du langage au profit du concret, du désincarné, du synthétique et du " packagé " conduit à ne plus toucher au cœur l’auditoire visé, et si le seul mental raisonné est visé, il ne faut s’étonner d’un résultat aux accents désenchantés.

Entre la description d’une vision se voulant sinon idyllique en tout cas idéale pour des raisons promotionnelles (les valeurs, l’importance des hommes, l’esprit d’équipe…) et la suggestion comme la déclamation du plan d’actions à même de produire les résultats escomptés, l’entreprise vit sur l’image d’un esprit de groupe très déconnecté de son vécu quotidien. Celui-ci mesure en temps réel l’écart entre le verbe et le vécu, très souvent aux écarts conséquents (tensions relationnelles, manque de moyens…), qui ne peut qu’entraîner un discrédit de l’intention initiale, aussi sincère pouvait-elle être par ses artificiers promoteurs, au rang desquels DIRCOM et DRH se partagent souvent la timbale.

D’aucuns y verront une posture assumée, afin de sacraliser ce qui appartient au haut de la pyramide, et qui ne peut être qu’imparfaitement compris par la piétaille d’exécution. Ceci offre l’apparent confort en cas d’échec de l’explication " Ils n’ont pas compris mon intention. ", et surtout tactiquement d’ouvrir le champ de tous les possibles, dans leurs aspects positifs comme négatifs : la promotion des synergies masque les économies de postes, tout comme les plans de progrès des optimisations drastiques. Seul problème, c’est qu’une fois le décodage de l’ambiguïté fait à l’aune du constat, la parole est irrémédiablement désacralisée, même si elle n’éteint pas la tentation d’une logorrhée caractéristique de l’exercice du pouvoir.

Il est également étonnant que dans un pragmatisme d’entreprise revendiqué par ses promoteurs, la tentation d’édulcorer et de lisser finisse toujours par prendre le pas sur le parler vrai, considéré comme pouvant choquer des esprits insuffisamment matures et responsables à le recevoir. Piètre traduction de l’esprit d’équipe et du respect de l’humain tant déclamé dans les chartes d’entreprise… Comment s’étonner ensuite que ce déni de confiance se traduise par du désengagement et la propagation d’interprétations diverses de la parole reçue, destructrice du sens commun par les rumeurs et autres dénaturations.

On peut se gausser de l’inventivité sans limite de ce jargon s’il n’était aussi attentatoire à ce qui fonde la raison d’être première de l’entreprise, une communauté humaine engagée de façon responsable à la réalisation d’un intérêt partagé. Comment ce dernier peut produire au mieux ses effets quand l’association étroite de deux mots de sens contraire, autrement dit l’oxymore, est utilisée pour renforcer une idée, alors qu’elle ne peut dans l’inconscient des acteurs que participer de la confusion des esprits : développement durable, ressource humaine, économie virtuelle, gagnant-gagnant, union dans la diversité, changement dans la continuité… en sont des exemples. Confrontée à ses contradictions, l’entreprise finit par les absorber en les dissolvant dans ces figures de style se voulant élégantes, permettant de satisfaire tout le monde, et de noyer le poisson, de retarder la décision, d’éviter le moment de trancher. Confinant plutôt à l’escroquerie ou à l’inconséquence intellectuelle, ils ne font que révéler la schizophrénie d’une époque tiraillée entre l'envie de poursuivre la logique de l'économie triomphante et la prise de conscience du risque porté à la qualité de notre écosystème, même si ce genre de ruse sémantique a également des vertus diplomatiques et peut parfois permettre de faire bouger les lignes.

Autre technique, l’incantation sublimée, qui par son exagération grandiloquente, masque la culpabilité inavouée et confine à l’absurde, à la manipulation, à l’irresponsabilité : L’homme doit être au centre de tout, ou la difficulté de trancher et de concilier le client et le collaborateur ; Tous manageurs, ou le brouillage de l’autorité et de la hiérarchie ; l’appel à des collaborateurs engagés, ou le pendant du désengagement structurel nécessaire ; Priorité au terrain, ou le mythe de la vraie vie versus le paradis artificiel de la tour d’ivoire pour lequel on se bat ; La quête de sens, ou la cosmétique du vide existentiel ; Bâtir une nouvelle culture, ou le déni de la vraie culture censée rendre l’être humain vraiment libre…

La faillite de la parole managériale n’est ni plus le moins que l’expression de la faillite d’une pensée bâtie sur un vide existentiel profond, comparable aux boniments de la pensée politique partisane. La structure prenant le pas sur le cœur, ses théoriciens et propagandistes imaginent suffisant le verbe galvaniseur pour transcender la masse, tout en enferrant celle-ci dans un contrôle castrateur, de peur de ne pas en maîtriser le comportement. Pathétique paradoxe devenu exsangue, à bout de sa crédibilité, et qui finira par imploser lorsque le bas de bilan ne pourra plus en masquer le coût mortifère.

Manager par les valeurs, ou l’illusion de la " bien-pensance " en entreprise

En ces temps particulièrement troublés sur les terrains politique, économique et social, l’appel à la mobilisation citoyenne passe par l’agitation et l’incantation de valeurs à connotation patriotique censées participer de la prise de conscience comme des comportements attendus par ceux et celles qui les brandissent. Les penseurs des cabinets ministériels comme de conseil s’en régalent, tout comme les DirCom, DRH et autres théoriciens du beau discours à usage du dirigeant régalien. Pour quelle crédibilité ?

Entre culture d’entreprise, principes de management et valeurs, le flou est plus qu’artistique sur ce qui les spécifie dans la quête du résultat attendu auprès de ceux et celles à qui ils s’adressent. D’aucuns les qualifient de platitudes, mots d’ordre et slogans, tartufferies sémantiques, propagande, idéologie, manipulation, atteinte à la conscience et à la liberté individuelle, non sans pertinence et raison. Car la distance est forte entre le monde idéal et rêvé qu’elles brossent et la réalité perçue car vécue par les acteurs de l’entreprise, parfois porteuse de souffrance. D’où un discrédit à l’égard de cette forme de cynisme de langage, suscitant au mieux indifférence, au pire défiance à défaut de comportements effectifs.

On trouve à leur palmarès l’innovation, avec son pendant moins proclamé de règles et de procédures ; l’esprit d’équipe, qui sous-tend la coopération et sa réalité d’un vécu plus proche de la confrontation (à laquelle bien sûr l’équipe dirigeante échappe dans son propre mode de fonctionnement…) ; l’engagement, sous-tendant de tout donner tout en acceptant que le marché comme le mode de fonctionnement de l’organisation ne récompensent pas dans les faits le surcroît d’ardeur donnée ; le respect, à concilier subtilement avec la conflictualité des relations interpersonnelles et les modes d’évaluation individualisés ; et bien sûr le travail, fourre-tout culpabilisant pour ceux qui n’en ont pas ou plus, et aliénant pour ceux qui le subissent à leur détriment ou qui s’y adonnent éperdument sans en avoir compris l’essence profonde *.

Les valeurs relèvent plutôt du masque entretenu dans un lieu d’expression devenu désenchanté pour nombre de personnes en quête de réalisation de leur vie. À chercher à donner du sens là où ontologiquement il ne peut être pour l’homme, les communicants d’entreprises finissent par creuser le décrochage irrésistible avec des équipiers convaincus intérieurement qu’ils ne pourront jamais y trouver leur véritable salut. Pour quelques-uns qui s’illusionnent encore sur la noblesse, l’altruisme et la dynamique de réalisation dans le travail, une majorité comprend que si ce dernier peut participer de la réussite d’une vie, le véritable accomplissement est tout autre. Aussi ce cautère sur une langue de bois n’est qu’une piteuse litanie de recherche d’adhésion à ce que la structure, quelles que soient les intentions sincères de ses serviteurs titrés, ne pourra jamais garantir, tout particulièrement dans la durée, à la diversité des singularités biologiques qui la composent. L’illusion d’un langage d’alignement mécaniste et généralisé de l’humain traduit l’incompréhension croissante entre des machinistes aveuglés et des acteurs aspirant à leur liberté d’expression comme de création. S’ils n’ont d’autre choix en l’état que d’une contractualisation de leur dépendance et subordination, autant ne pas en rajouter dans la recherche d’un formatage uniforme de la pensée à partir de pseudo valeurs prétendues intangibles. Sous couvert d’incantation angélique, ce n’est en réalité qu’une injonction hiérarchique moralisatrice, simpliste et contre-productive, s’étant fourvoyée une fois encore dans l’illusion que l’impulsion déclamatoire pouvait conduire à la réalisation des résultats attendus.

La préoccupation du dirigeant doit être la nature de la stratégie à mettre en œuvre. Ses modalités passeront par des comportements de ceux et celles qui la réalisent, et ce n’est qu’à l’obtention des résultats que l’on pourra les traduire en valeurs. Auquel cas elles seront devenues partie intégrante dans le vécu collectif. Ce qui veut dire que leur légitimité réside dans la confiance en l’intelligence de fonctionnement des acteurs, l’intelligence d’agir, émancipés (pour partie) du cadre contraignant des normes, règles, procédures et autres consignes, pour trouver les solutions aux objectifs définis. Tout l’inverse de ce qui est généralement pratiqué par la rhétorique managériale de l’intérêt général, nourrie d’apparente rationalité déconnectée des réalités du terrain.

Ce n’est que dans cette façon de vivre ensemble l’entreprise que l’innovation, l’esprit d’équipe, l’engagement et le respect seront devenues les valeurs communes partagées.

* Le travail n'est ni une valeur économique ni morale. Il est en revanche porteur de valeurs, comme l'amour du travail bien fait. Il permet à ses talents et habiletés de s’exprimer dans la joie et le plaisir, contribuant à son bien-être. Aussi aimer son travail lui confère de la valeur, d’autant plus s’il est synonyme de progrès personnel et collectif.

Cf. Ray B. Williams, " What do corporate values really mean ? " ; " 10 valeurs essentielles : les incohérences de l’entreprise française  ", Courrier Cadre n°36 ; Philippe Askenazy, " Les désordres du travail. Enquête sur le nouveau productivisme ", Ed. du Seuil ; Edward J. Giblin & Linda E. Amuso, " Putting meaning into corporate value ", 1997 ; Michel Crozier, " Le phénomène bureaucratique ".

 

L’humain comme variable d’ajustement

" Ressource humaine ", autrement dit variable d’ajustement. On ne discute pas avec une ressource, on la gère ! Tout peut alors être cohérent, aligné, standardisé. On ne dirige plus les individus vers un but, on les gère. Cette notion de ressources humaines, qui devrait se limiter au savoir-faire et au savoir-être de professionnels avertis de la fragilité du vivant, a franchi tous les étages de la hiérarchie. Désormais tous manageurs RH ! Les relations entre les personnes sont des processus de communication permettant de distiller l’ordre du travail. La gestion des ressources humaines n’est plus que l'application de formules techniques en gestion d’activité, matinée d’une rhétorique et d’un vernis pratique de sciences humaines et sociales pour faciliter son ingurgitation et préserver les apparences. Sous la pression des règles du jeu de l'économie nouvelle, le management est devenu un vrai métier, et non plus une fonction. Les écoles de management comme les universités d’entreprise produisent ces soi-disant experts de la performance, ce veau d’or adulé qui étouffe la valorisation des talents, dons et habiletés, qui écrase l'expérience, qui distend le lien social, qui déshumanise et dévitalise, sous couvert de positive attitude et ses artifices déclinés en mentorat, tutorat, coaching et autre sémantique de poudre aux yeux.

Progressivement la voie promotionnelle, ascenseur social par excellence, a été remplacée par les produits de ces écoles dites de management capables de transformer n'importe quelle personne motivée en manageur discipliné. Avec ses conséquences pour le travail. Son encadrement et sa conduite par les normes et procédures tend à le robotiser et à en bousculer le sens véritable. La check-list et le mode d’emploi, bien sûr nécessaires à certains endroits, peuvent remplacer l’intelligence, la faculté à penser et à innover du travailleur dans d'autres. Quant au respect du protocole défini, il se substitue trop souvent à la notion de qualité du travail et de sa valeur-ajoutée. Si les étapes du travail, ainsi organisées par ces nouveaux manageurs, sont scrupuleusement respectées, alors le travailleur est classé sur la bonne voie. Il est soumis, donc conforme, donc apprécié, en tout cas ponctuellement légitime. L'évaluation individuelle des performances, et non plus du travail, sacralise ainsi sa conformité en le bordant d'un contrat d'objectifs pour plus d'assurance. En l’occurrence, la performance n'est pas la bonne exécution du travail, mais l'art de faire toujours plus avec toujours moins.

Dans cette réalité d’entreprise, il n’y a pas de place pour l’objection, la contestation. La seule option est de se taire et de se soumettre, ou de partir.

Conduite du changement, ou l’illusion de la nouvelle réalité espérée

Enfermé trop souvent dans une tour d’ivoire conceptuelle, propre au formatage de la pensée par le mental plus que par le cœur, et convaincu que la fonction légitime le savoir de son titulaire, le dirigeant mesure en permanence le décalage entre l’intention du nécessaire changement qu’il déclame, et sa traduction dans les comportements des acteurs auxquels elle s’adresse. C’est pourtant son acte de vente principal, à destination de ses actionnaires, investisseurs, analystes, clients, fournisseurs et corps social, et qui fonde sa responsabilité. Oubliant que le changement est dans la nature même de la vie, et que le respect de ce qui le rend possible en favorise la bonne réalisation, il met en surtension par son volontarisme incantatoire ce cycle naturel de tout organisme dans son adaptation à l’environnement, à condition qu’il s’y retrouve. Qui plus est par un discours culpabilisant sur le poncif de la résistance au changement des frileux, des réticents et autres corporatismes de tout poil, voire de la fracture générationnelle entre " anciens et modernes ". Tout ceci ne fait que rajouter à la friction naturelle des éléments lorsque l’harmonie ne préside pas au fonctionnement de l’ensemble. Non que certaines résistances délibérément orchestrées ne soient pas fondées : mauvaise volonté, craintes d’un futur différent de l’existant, inertie d’un système ankylosé... Mais parce que la méthode employée va tout simplement à l’encontre du bon sens.

Ce dernier nécessite tout naturellement en premier lieu la compréhension en profondeur de la donne en place. C’est un tri judicieux à faire entre les pseudos solutions toutes faîtes – les sparadraps ou cautères - pour résoudre les difficultés rencontrées dans le fonctionnement, et la compréhension du réel problème dans son origine pour y apporter la réponse adéquate. La promesse d’un grand chambardement calé sur la résolution des problèmes fonctionnels, et donc relationnels, de l’existant n’est en effet qu’une illusion, appelée au passage à faire la fortune des conseils extérieurs réparateurs, alors que l’analyse dégagée des apparences, des anecdotes, des cas particuliers, des jugements à l’emporte-pièce et des projections accusatoires, permet en détricotant le fonctionnement de l’organisation d’en comprendre le pourquoi des nœuds toxiques. Sur les symptômes apparents, tout le monde a son avis, forgé à l’aune de ses convictions, interprétations et fantasmes. Sur la nature profonde du dysfonctionnement, dégagée de l’émotionnel, le regard doit être tout autre : quelle structure est nécessaire pour quel objectif marché, et ensuite quelle organisation en permet la réponse. Si cette dernière dysfonctionne, c’est que la stratégie des interrelations mise en œuvre ne répond pas à la première donne, soit parce qu’elle est incomprise, soit qu’elle est dépassée. Aussi la récolte des données ne peut se faire à partir de l’interrogatoire des acteurs concernés, chacun traduisant une vision forcément parcellaire même si elle est de bonne foi. Et si les réponses apportées ne sont que des sparadraps superficiels, le résultat final sera particulièrement salé, en coûts de traitement inutiles et en renforcement du discrédit.

En second lieu, la méthode porte sur la conception du plan d’actions défini. Loin d’un perfectionnisme dans son résultat attendu, certes séduisant dans l’ambition affichée mais irréaliste dans sa faisabilité, il portera sur l’étude et la détermination des équilibres et des compromis permettant à chaque partie concernée une mise en mouvement la plus fluide et la plus cohérente. C’est un travail certes plus ingrat, contraignant et complexe que l’illusion d’un alignement automatique à la chaîne de commandement y présidant. Si toutes les parties concernées ne sont pas associées en amont à identifier et comprendre pour ce qui les concerne les conséquences et nécessités du changement visé, celui-ci se traduira inévitablement par l’émergence de dysfonctionnements et de contraintes, polluant le vécu humain comme le bénéfice de l’opération initialement escompté. L’illusion du but à atteindre, au-delà de sa séduisante perspective, aura conduit à une profonde dénaturation de ce qui seul en permet la réussite, les gains tangibles de chaque partie prenante et partagés à l’unisson.

En dernier lieu, la méthode s’appuie sur des leviers à même d’en favoriser la mise en œuvre, décisive quant à l’efficacité ou non du changement escompté. Ainsi l’écoute du terrain et de ses pratiques est à ce sujet fort instructive, et peut moyennant quelques ajustements être bien plus source de bénéfices qu’un changement plus radical. Nul leader quelle que soit sa brillance dite intellectuelle ne pourra prétendre maîtriser toute la complexité des rouages et des interrelations de l’organisation, encore moins en voulant imposer sa feuille de route. Il ne peut que s’y épuiser, se décourager, et être dans la souffrance constante. Pour les leaders guerriers, c’est un défi qui flatte un égo surdimensionné ne pouvant que s’exprimer dans la bataille, la victoire s’avérant au final stérile sur bien des plans. Pour les autres, c’est une longue dérive vers la perte d’estime et de confiance, venant gonfler les victimes de l’épuisement au travail. La clé est dans l’accompagnement constant, par prévention si possible, de ce mouvement permanent qu’est le fonctionnement biologique de l’humain, débarrassé de l’illusion d’un perfectionnisme qui n’est pas de ce (bas) monde. L’accepter, c’est en accepter par principe ses aléas, ses défauts, ses limites, et c’est avec amour et compassion se dédier à aider les équipiers à ce travail d’ajustement, par petites touches, qui permet d’atténuer ce mal-être individuel comme collectif quand il prend racine sur le non-sens.

Cf. François Dupuy, " La Faillite de la pensée managériale ", Ed. du Seuil, 2015 ; Edgar Schein, " Process Consultation : Lessons for Managers and Consultants ", 1987 ; Christian Morel, " Les Décisions absurdes, Sociologie des erreurs radicales et persistantes ", Gallimard, 2002 ; Erhard Friedberg, " La Théorie des organisations et la question de l’anarchie organisée ", PUF, 1997 ; John P. Kotter, " Leading Change ", Harvard Business Review Press, 2012.

 

La souffrance comme viatique au travail

Dans cet espace restreint de procédures descendantes et de directives éloignant le travailleur de la réalité du travail qu'il maîtrise, l’entreprise est progressivement devenue un monde de souffrance pour le plus grand nombre. Même ses apparatchiks zélés et dévoués, si forts en apparence, souffrent, tenus par la peur inconsciente d’être un jour destitués, et, pire, dans leur essence la plus profonde, rongés par leur négation d’être dans leur version la plus élevée.

Le salarié est une source de profit ou de perte, une variable d’ajustement lissant toutes les crises et les incohérences décisionnelles. Si le stress est une énergie précieuse lorsqu’il sert la dynamique d’investissement, il s’avère être un carburant qui alimente la machine à broyer les hommes et les femmes lorsqu’il répond à des craintes et des peurs. Ce totalitarisme, masqué par le culte à la "saine" doctrine managériale enseignée et célébrée, cachée par son marketing de façade résolument verbeux et fumeux, est la nouvelle parure de sociétés dites pourtant démocratiques : un salarié pièce mécanique d’un rouage exclusivement dédié au culte financier, système compétitif par lequel tous les mécanismes de cohésion sociale sont détruits, où la communauté est réduite à l'état de masse inerte et indifférenciée. Ni plus ni moins qu’un endoctrinement idéologique, et son corollaire, la terreur, devenue moyen normal d'action.

Alors l’épidémie de souffrance, d’abord invisible, peut se répandre, lentement et sûrement, avec ses conséquences de plus en plus terribles. Le constat des cabinets de conseil dûment mandatés pour y répondre est sans discussion : toutes ces méthodes de gouvernement d’entreprise, de direction, de management et de gestion, d’organisation du travail, ont un impact majeur sur la santé mentale et la cohésion sociétale. Un management qui ne reconnaît pas au sens existentiel les aspects humains élémentaires produit des effets délétères, corrosifs, abrasifs, souvent irréversibles.

Et même si l’instauration désormais de dispositifs de mesures et d’efforts en faveur de la santé, de la sécurité au travail et de l’éternelle formation des manageurs à l’encadrement est mise en œuvre, la question de l’humanité nécessaire à l’accomplissement épanouissant du travail reste posée. Si les conséquences de cette forme de management sont incontestables dans leur réalité, peut-on le reprocher à ceux qui l'exécutent ? Dans un tel système, les DRH comme les cadres sont des outils, des outils de la performance, avec ses contrats d'objectifs et leur évaluation assortie de l'intéressement financier adéquat. Et lorsqu’un pourcentage conséquent de la rémunération dépend du respect des ordres et des objectifs assignés, il n'est pas nécessaire d’être grand devin pour en connaitre les conséquences.

En se coulant par ignorance et par inconséquence dans un contexte qui donne un autre sens à leurs actes, ils ne peuvent, même dotés d’une vraie colonne vertébrale morale, que s’aventurer dans un cadre aux conséquences amorales comme délétères. Il n’est pas nécessaire d’être le diable pour le devenir… La société étant une machine à consommer où les besoins relatifs sont devenus tout à fait insatiables, l’envie de toujours plus est une arme redoutable qui avilit les hommes. La société a créé en son sein son propre monstre, destructeur de son sens initial, pour avoir oublié que " la véritable école du commandement est la culture générale ", dont la raison d’être est de contribuer à l’élévation de l’humain. Pour s’être donnée aux mirages de la conformité et de la spéculation virtuelle, elle en paie une note particulièrement salée. À l’ancienne lutte des classes s’en est substituée une nouvelle, insidieuse et informe : le retrait sans cesse croissant des personnes du travail comme élément constitutif de la dignité du vivre ensemble, dans la confiance et le respect.

De la servitude.

Il est difficile d’apprendre à penser par soi-même quand la société fait en sorte que nous soyons dans l’ignorance de nos droits fondamentaux, l’assistanat, la dépendance permanente et la pensée unique, là où le débat contradictoire est faussé, tronqué. Et pour cause : ce qui est perçu comme réel est ce qui est vu de manière identique par un grand nombre de personnes. Il suffit alors d’agir sur la nature de cette perception par la mise en place de " ghettos culturels " pour s’assurer la mainmise sur la pensée et de ce fait la conscience collective. Cette servitude est de ce fait plus ou moins consciente, comme l’exprimait Étienne de La Boétie (1530/1563), écrivain et poète, dans Le Discours sur la servitude volontaire en 1576.

Elle se voit quotidiennement dans le monde de l’entreprise : habité par la peur de perdre son emploi, de passer pour un élément atypique ou perturbateur, d’être mal vu par sa hiérarchie, de passer pour arrogant ou méprisant, de susciter la jalousie de nos collègues, de pointer les contradictions du système et de proposer des solutions, nous nous fermons à toute réflexion critique et prise d’initiative. Il en est de même par le cadrage de son comportement pour l’obtention des gains visés : augmentation, prime, actions gratuites, reconnaissance statutaire et autres attributs VIP… Enfin, les pratiques culturelles de gestion de l’humain visent à établir un moule normatif de nature protectrice, qui interdit tout désordre et tout esprit rebelle. Nous renonçons ainsi à affronter ou dénoncer les problèmes qui minent notre quotidien et le sens du travail de notre engagement professionnel : les directives confuses, les contradictions flagrantes entre le discours officiel (" notre entreprise traite ses partenaires équitablement ") et les pratiques établies (fermer les yeux sur des défauts de qualité produit, payer ses petits fournisseurs dans des délais qui les mettent financièrement en péril…), les horaires excessifs au détriment de notre vie sociale, dont le présentéisme de zèle… Nous fermons les yeux, et acceptons l’emprise d’un moule étouffant et contraire à notre humanité profonde. Nous nous empêchons de penser, car penser serait trop dangereux, trop déstabilisant, trop source d’incertitude et d’inquiétude.

Penser en toute conscience est difficile. Il faut d’abord se confronter à soi-même, à ses complaisances quotidiennes, les petits arrangements et autres faiblesses de caractère. Puis se confronter à autrui : affronter son regard et la vérité parfois désagréable qu’il contient, mettre à l’épreuve ses arguments lorsque nous ne sommes pas d’accord, prendre le risque que l’autre se fâche quand on le questionne ou que l’on remet en cause son opinion ou son comportement. C’est enfin se confronter au collectif : le groupe et les jugements peut-être fictifs que nous lui attribuons en tant qu’entité abstraite, l’autorité de la hiérarchie, la culture d’entreprise et ses pratiques, les susceptibilités d’une communauté, les croyances de toute nature, etc.

Ceci s’appelle le discernement (du latin discernere, signifiant séparer, distinguer des cernements habituels ou apparents), qui crée l’autre comme nous-même de la manière dont " il " est discerné au plus juste. Dans nos rapports humains comme dans notre auto perception, nous créons notre réalité de toutes pièces par la nature de notre regard. Voulons-nous qu’elle soit une farce saumâtre ou une claire fontaine ?

Alors, quand on voit tout ce que cela nous coûterait en termes psychologiques, sociaux et matériels, on peut se demander - à juste titre - si penser n’est pas un luxe que nous ne pouvons-nous permettre, et s’il ne vaut pas mieux continuer à se soumettre volontairement à nos maîtres intérieurs (cupidité *, avidité, narcissisme, peur du jugement des autres, peur de la précarité...) comme extérieurs. Toutefois, l’être humain, à force de porter en lui contradictions et renoncements quotidiens, finit par en souffrir. Cette souffrance peut conduire aux tensions larvées comme explicites avec son environnement, à la révolte et son cortège de violences, à l’apathie, à la dépression, ou au retrait : fuite dans la démission dans le meilleur des cas, l’isolement, les drogues et autres paradis artificiels, voire le suicide dans le pire des cas. Parce qu’humains, nous sommes des êtres pensants, et cette faculté de penser est consubstantielle à notre liberté. Y renoncer de manière durable, c’est renoncer à son humanité. La pensée libre dans l’entreprise ne peut certes exister, mais la libre pensée oui. Dans la plupart des cas, hors urgences vitales, nous avons encore le choix et la liberté de nous poser le temps nécessaire, si possible avec les personnes concernées, pour partager une réflexion dépassionnée, mais sans complaisance et avec méthode, afin de mettre sur la table les problèmes trop longtemps négligés, et de leur réserver le traitement qu’ils méritent. Ce qui implique presque toujours un travail sur soi. Ce n’est qu’une question d’hygiène de vie mentale et sociale.

Si nous sommes si attachés à la liberté d’expression, pourquoi usons-nous si peu au quotidien de celle qui la sous-tend : celle de penser ? Certes la conscience collective permet la communication, mais elle rend difficile l’épanouissement personnel. Pour autant, une expression posée, argumentée et claire s’exprimera toujours plus clairement et plus facilement qu’une expression purement émotionnelle et réactive. Et elle a plus de chance d’obtenir des résultats durables en touchant le " sens commun ", cette raison que nous partageons tous.

* Si l’on retire tout jugement moral à cette inclinaison ardente de l’homme, la cupidité est l’attraction originelle et naturelle de la vie dans la matière, une force d’attraction due à la passion entraînante et dévorante des richesses de la Nature. Elle symbolise le pendant de la volonté, et à trop s’y soumettre, l’être humain perd en conscience et par là-même sa perfectibilité et sa capacité à s’extraire de la force aveugle des lois de causalité et passionnelle propres à l’animalité.

Cf. en complément Le modèle pyramidal décodé, Contrôle mental & La nouvelle religion universelle.

Comment prétendre dans ce mode de fonctionnement contribuer à écrire une légende ?

 

L’enseignement des mythes : Sisyphe, ou l’illusion de la souffrance, du fardeau de la fatalité

Sisyphe (père d’Ulysse), homme rusé et malin, se voit infliger par Zeus un châtiment éternel et exemplaire pour avoir divulgué des secrets divins. Il doit rouler un énorme rocher en remontant la pente jusqu'au sommet d'une colline, et le rejeter de l'autre côté pour qu'il retombe. Mais aussitôt qu'il est près d'atteindre le haut de la colline, il est rejeté en arrière sous le poids de l'énorme rocher, qui retombe tout en bas, et là, Sisyphe le reprend péniblement et doit tout recommencer, à l’infini.

Albert Camus (1942) y voit certes un homme heureux, qui tout en retrouvant toujours son fardeau, est fidèle à sa tâche, la lutte vers les sommets suffisant à remplir son cœur d'homme. Il endosse la responsabilité de son acte, vivant son destin en toute conscience et en toute maîtrise.

Acceptons-en l’augure. Pour autant, à l’heure d’une quête frénétique de bien-être proclamée et légiférée, la conscience et la maîtrise de son destin passent-t-elles nécessairement par la souffrance d’un effort sans fin sans cesse recommencé ? Ceci nous renvoie au concept de libre arbitre et, justement, la société fait en sorte que nous ayons peu de choix, ou en tout cas des choix encadrés et limités.

Depuis des siècles, l’être humain s’intellectualise à l’excès en se coupant du divin sacré. Notre époque constitue l’apogée de cette évolution, qui voit le fier affichage du quotient intellectuel au détriment du quotient émotionnel. Nous vouons un véritable culte à notre cerveau, tout particulièrement son hémisphère gauche, nouveau veau d’or des temps modernes. Comme lui, la performance intellectuelle nous éblouit et nous aveugle. Et pourtant, une lourde oppression se dégage de l’ensemble. Sécheresse intellectuelle, bourrage de crâne, froideur intellectuelle et compassionnelle, grosse tête, prise de tête… la cérébralité à outrance nous déforme et nous dessèche.

Si Sisyphe vivait en toute conscience, il aurait arrêté ce défi qui ne fait que nourrir son ego, puisque les secrets sont faits pour être découverts sur le chemin qui mène à l’Amour... Lutter n’est pas une énergie d’amour, mais de souffrance. La maîtrise est une énergie d’accueil de l’Amour. La maîtrise, c’est quand on fait quelque chose simplement, et qui paraît pourtant difficile pour les autres. La maîtrise , c'est la simplicité de son cœur, de son âme d’enfant. " Porter sa croix " n’est pas synonyme de souffrance, prix de l’expiation comme on l’a insidieusement distillé dans l’inconscient collectif. De façon ultime, la croix nous relie à la Vérité divine. Chacun d’entre nous peut devenir un porteur de croix dans sa vie terrestre, c’est à dire un être spirituel qui prend fait et cause pour la Vérité transcendante, celle qui élève dans la verticalité, tout en demeurant correctement inséré dans la matérialité, notre vécu horizontal.

Il y a trois façons de qualifier le travail en latin. Tripalium, état d’une personne au travail qui souffre ; Labor, le labeur, ce travail suivi exigeant un effort d'une certaine durée ; Opus, soit l’ouvrage, l’œuvre.

Et si la vie était uniquement un opus à interpréter ?

De la responsabilité.

Pouvoir compter sur quelqu'un est le cœur de la responsabilité. Et ce quelqu’un c’est d’abord et surtout nous-même. Cela veut dire que nous avons à être toujours à la bonne place, au bon moment, et que nous faisons ce que nous savons ce qui doit être fait. Nous ne remettons jamais à demain ce qui est à faire aujourd'hui. Tout comme lorsque nous commençons quelque chose d’essentiel, nous allons jusqu'au bout, peu importe les résistances que nous rencontrons. Nous ne sommes jamais découragé par les obstacles, car nous les voyons comme des leçons à apprendre, des pas en avant et des défis à surmonter. Nous sommes aussi stable qu'un roc car la sécurité et la stabilité nous habitent. Nous ne sommes pas affecté par les conditions extérieures, ni par le chaos et la confusion qui nous entourent. Quoi qu'il arrive, nous ne sommes pas en haut un jour et en bas le lendemain. C'est cela être absolument digne de confiance et être quelqu'un sur qui l'on peut compter. C'est être fort et avoir du courage. Alors que nous endosserons de plus en plus de responsabilités en étant digne de confiance, nous deviendrons de plus en plus fort, jusqu'à ce que plus rien ne soit au-dessus de nos forces.

 

Le renouveau du management

Le monde de l’entreprise, compte-tenu des affres du management néo-taylorien, est à la recherche du nouveau lien qu’elle peut mettre en œuvre avec les personnes qui s’y investissent, pour concilier sa raison d’être organisationnelle avec l’évolution en cours de l’état de conscience de l’être humain. Elle se doit également de répondre de la meilleure façon qui soit à la perception qu’en ont les nouveaux entrants potentiels. C’est pourquoi on parle désormais du concept d’entreprise dite 3.0, en phase avec les spécificités de l’univers technologique du numérique, voire d’entreprise "hola" ou holistique, du grec holos, soit l’entreprise reliée au tout global.

Cette recherche d'intelligence collective prend fondement sur l'observation de l’organisation autogestionnaire du vivant, qui crée de manière spontanée une multitude de structures d’organisations autogérées et impressionnantes d’efficiences. Elle voit la capacité cognitive d’un groupe d’individus leur permettre d'interagir les uns avec les autres, et former par leurs interactions une organisation plus ou moins complexe. C'est dans le règne animal ce qui s’observe principalement chez les insectes sociaux (fourmis, termites, abeilles) et les animaux communautaires, notamment se déplaçant en formation (oiseaux migrateurs, bancs de poissons) ou chassant en meute (loups, hyènes, lionnes). Loin de fonctionner sur un mode d’organisation semblable à celui qui domine dans nos sociétés humaines, à savoir un système hiérarchique et très centralisé, l'ensemble concerné est un système complexe auto-régulé, capable de s’adapter très facilement aux fluctuations environnementales sans contrôle externe et de manière totalement distribuée.

 

Entreprise dite 3.0, ou comment résoudre les quatre quadrants

Loin d’un énième concept tayloriste recyclé, son système se veut d’abord basé sur le bon sens, c’est-à-dire inclusif, chaque niveau intégrant les niveaux précédents transformés. L’objectif : répondre à un ensemble de questions humaines complexes, car plurielles.

Ces entreprises ont pour caractéristiques :

- Une vision systémique et globale.

- Une agilité pour coller à l’évolution de leur environnement.

- Une conscience de la valeur des "richesses (et non plus ressources) humaines" des collaborateurs qui la composent, autrement appelée la symétrie de l’attention externe/interne.

- Une recherche de l'efficience, soit faire plus avec moins, à partir d’un pilotage mature et pas simplement incantatoire de la transversalité, de la coopération et de la mutualisation des ressources.

- La compétence pragmatique et opérationnelle des parties prenantes.

- L'intelligence collective et coopérative, au sein de nouveaux espaces collaboratifs et délibératifs plus ou moins informels, favorisant la négociation directe des divergences d’intérêt.

- Le fait que l'entreprise n'est pas une collection de personnes "partie prenante", mais une collection de relations entre personnes "partie prenante".

- Une organisation apprenante.

- La "Présence au Présent", c’est-à-dire le retour au réel.

- Le "génie" humain et sa pleine expression : jugement intuitif, pressentiment, création esthétique…

- La confiance et le respect mutuel.

- L’authenticité.

 

De la structure pyramidale à la structure holomidale

L’intelligence collective pyramidale anime encore aujourd’hui une grande majorité de structures humaines, se trouvant au cœur du système politique et économique. Au sein des édifices humains à intelligence collective pyramidale, le travail est divisé, chacun devant se mouler dans un rôle prédéfini. La division du travail a pour corollaire la division de l’accès à l’information, dont la totalité converge vers un point central, tout en étant que partiellement – voire pas du tout – accessible aux autres. On nomme cette propriété panoptisme. L’autorité constitue également un principe actif de cette forme d’intelligence collective : qu’elle soit de droit divin, au mérite ou par filiation, l’autorité instaure une dynamique dite de commande et de contrôle, par une position de dominance généralement institutionnalisée (général, doyen d’université, PDG, etc.). De plus, la monnaie est caractérisée par la rareté, se concentrant entre les mains de quelques-uns. Cette rareté organise les chaînes de subordination de ceux qui ont besoin envers ceux qui possèdent. Si cette intelligence collective fonctionne dans un contexte de forte stabilité, elle démontre une incapacité structurelle à s’adapter aux sols mouvants et imprévisibles. Face à la complexité systémique de notre monde, elle a tendance à s’engager dans des directions contraires aux volontés de ses propres acteurs, soit parce que la coordination interne est virtuellement impossible, soit parce que les dirigeants se servent de l’opacité de fait – voire la cultivent et la légitiment – pour abuser de leurs pouvoirs.

Si l'on observe chez l'humain une forme d’intelligence en essaim dans le domaine de l’économie à travers la multitude de transactions simples d’individu à individu, le système collectif en découlant suppose qu’il y ait uniformité et désindividuation des agents. Ces derniers, anonymes parmi la multitude d’autres agents anonymes, y sont facilement sacrifiés au nom de l’équilibre global du système. C’est une idéologie dangereuse, puisque les faits montrent que pour l’instant le système se montre globalement destructeur de notre environnement et peu soucieux des vies humaines.

L’intelligence collective en petits groupes met quant à elle en scène un petit nombre de personnes en proximité sensorielle et spatiale les unes vis-à-vis des autres. Elle évite l’opposition entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif, les deux se nourrissant mutuellement. Elle favorise l'individuation des personnes constituant le groupe. Si l’on prend l’exemple d’un groupe de musique, plus le musicien devient individué et se perfectionne, plus le collectif sera nourri. Inversement, plus le collectif est soudé, plus il va amener le musicien à exister.

Ce modèle dit holoptique se définit comme un espace permettant à tout participant de percevoir en temps réel les manifestations des autres membres du groupe ainsi que celles émanant du groupe lui-même. Dans notre exemple, un groupe de musique fonctionne en situation d’holoptisme car chaque musicien perçoit ce que font les autres ainsi que la figure émergente du groupe. En outre, l’une des qualités majeures d’un bon musicien tient au fait qu’il soit capable de se sentir parfaitement relié au reste du groupe, autrement dit au tout, et qu’il y ait une relation de miroir entre lui et ce tout, constituant ainsi la cohésion du groupe.

Cette forme d’intelligence collective rencontre deux limites naturelles : d’une part numérique, car seul un nombre limité de personnes peut interagir efficacement, faute de quoi le niveau de complexité devient trop important ; d’autre part spatiale, car les personnes doivent se trouver dans un environnement physique proche afin que leurs sens organiques puissent communiquer entre eux et que chacun puisse appréhender la globalité de ce qui se passe dans cet environnement donné.

Ce modèle sert de levier à une nouvelle forme d’intelligence en train d’émerger, l’intelligence collective holomidale. Elle se caractérise par des structures peu hiérarchisées, où les rôles émergent des individus. La technologie centrale de l’intelligence holomidale est internet. Elle possède également une structure très décentralisée et distribuée avec le développement d’une économie mutualiste et collaborative où la compétition et l’argent sont beaucoup moins présents que dans l’organisation pyramidale.

Le fonctionnement des abeilles

Si les animaux n'ont pas d'espace mental propre, les membres de chaque espèce partagent un espace mental commun, donnant à leur vécu collectif une puissance incontestable. C'est le cas notamment des abeilles, qui fonctionnent en toute intelligence en privilégiant toujours l'intérêt du groupe, ce qui donne à ce dernier une forme d'intelligence supérieure à l'intelligence humaine. C'est "l'esprit de ruche", qui voit l'amour de la communauté primer sur les intérêts et plaisirs égoïstes.

En s'accordant à l'esprit de l'univers, du cosmos, nous pouvons retrouver cette unité qui fait tant défaut à nos modes de fonctionnement.

 

Redonner à l’humain sa pleine raison d’être

L’humain ne peut avoir pour finalité première de servir la structure, l’institution, contrairement à la chimère d’une vision matérialiste et mécaniste de la Vie qui, derrière les beaux discours de façade, s’adresse en l’état à des pantins et à des marionnettes. Il ne peut qu’être au cœur et finalité du projet commun entre les individus, à partir d’une dynamique, celle des forces de l’esprit humain, qui transcende les étroites limites de la raison, de la logique apparente, de la structure. Aussi ne nous-étonnons pas que cette conception actuelle du fonctionnement de nos sociétés se traduise malheureusement par cette crise identitaire, douloureuse et coûteuse pour tous. C’est notre âme collective qui est malade.

Mais vouloir changer les hommes, c'est un peu comme si l'on voulait changer la Nature, l'état naturel. Si la multiplicité des actions de sensibilisation, d’accords de prévention et de rapports pour manager le bien-être et combattre le mal être au travail est incontestable, on ne peut pas dire que le véritable changement ait envahi les entreprises et les institutions. Les méthodes qui ne brisent pas les hommes peuvent prendre la place à condition d’être encouragées par un pouvoir politique qui, pour l'instant et depuis longtemps, est largement défaillant. Il y a sans doute une "bonne" raison…

Le rapport sur Le bien-être et l’efficacité au travail remis au Ministre du Travail en février 2010 traite de la nécessaire sensibilisation des directions générales et des conseils d'administration sur les problèmes de santé au travail. C'est d'autant plus crédible que deux des trois auteurs occupent de grandes responsabilités dans les entreprises privées. Ils insistent sur la formation initiale comme continue, insuffisante, des managers amenés à encadrer des équipes. Pour les auteurs, "les hommes constituent la principale ressource stratégique de l’entreprise. La responsabilité des dirigeants sur ce sujet est primordiale : d’abord pour définir et mettre en œuvre une véritable politique de santé, en repensant notamment les modes de management, d’organisation et de vie au travail. La santé des salariés est d’abord l’affaire des managers, elle ne peut pas s’externaliser. Au quotidien, le manager de proximité, qui organise le collectif de travail et prend les décisions au plus près des salariés, en est le premier garant. Le manager de proximité ne doit pas être simplement une courroie de transmission. Il doit disposer de marges d’adaptation et de décision pour optimiser l’efficacité et la cohésion de son équipe." Quelques mois plus tard, en octobre 2010, un autre rapport a été édité par une mission du Sénat : "Le mal-être au travail : passer du diagnostic à l’action." Si le diagnostic est très bon, l'action reste en l’état une espérance. Dans le domaine du management, la mission souligne "le rôle important des managers pour améliorer le bien-être des salariés qu'ils ont la responsabilité d'encadrer. Souligner leur responsabilité ne doit pas conduire cependant à les stigmatiser ; ils peuvent eux-aussi être concernés par la souffrance au travail, celle-ci étant souvent à la hauteur de leur implication dans la vie de l'entreprise. C'est plutôt l'insuffisance ou l'inadaptation de leur formation qui doit être mise en cause." La deuxième recommandation consiste à revenir aux fondamentaux du management, ce qui implique de redonner toute leur place aux comportements individuels*, au détriment des procédures, et de revenir sur certains excès en matière d’individualisation.

* C'est la raison d'être du développement personnel ou comment avoir confiance en soi pour être capable d’exploiter tout son potentiel, qui fait de plus en plus partie des actions de formation proposées dans les entreprises. Le développement personnel permet de développer les compétences et la personnalité, tâche qui ne peut être entreprise que par soi-même. Cette discipline permet de se développer de façon quasi autonome, à partir de bases et de techniques appropriées.

Ces deux rapports comportent tous les éléments à mettre en œuvre pour d'une part accompagner les manageurs dans leurs tâches ingrates et difficiles, et d'autre part ménager les femmes et les hommes au travail. Mais les rapports passent, et l'absence de volonté politique demeure. 

 

La qualité du travail comme fondement

Si l’on part de l’idée, qui devrait constituer une évidence, selon laquelle le management ne peut se penser et par là réussir sans les hommes et les femmes dont il organise l’action et à plus forte raison contre eux, on se doit d’affirmer que c’est par la recherche de la qualité du travail, source de son sens, que commence le management. Pour le dire autrement, la mobilisation des ressources humaines n’est pas un sous-produit des arrangements organisationnels, mais elle en est le cœur. À l’heure où motivation, engagement et réalisation dans son travail sont devenus une nécessité affirmée pour garantir l’efficience des services produits, le management doit sortir des visions technocratiques et mécanistes qui l’ont souvent animé pour en tirer les conséquences : ce sont les hommes et les femmes qui y sont employés qui font et feront la raison d’être de l’organisation, et non l’inverse.

Il est impératif de rapprocher les manageurs des équipes, de prôner la transparence des objectifs et des organisations, et de laisser aux cadres de proximité la latitude nécessaire. Que l'on soit cadre ou pas, il apparaît que la liberté d’organiser le travail prescrit est un facteur essentiel d'un bon management. Refonder le management, c'est desserrer les filets de contraintes, apprendre à lâcher prise, et instiller des espaces de confiance et d'autonomie. C'est réintroduire la grandeur et la visibilité du 'travail réel", seul créateur de valeur, qui s'exprime notamment au sein de communautés de pratiques professionnelles.

Une forme de tolérance d'un désordre intelligent au service de la performance bien pensée de l'entreprise serait en voie d'émergence. On peut ainsi penser, dans une perspective optimiste et prometteuse, que ce cheminement vers un nouveau cycle managérial, entrouvre une fenêtre vers un nouveau monde en partage, basé sur la confiance et la solidarité. En faisant toutefois le pari que cette gouvernance prometteuse fondée sur "l'esprit communautaliste" saura s'imposer aux excès du gouvernement par les process.

 

Le ménagement plus que le management

L’étymologie du terme management est dans une première acception part du mot "manager" qui signifie contrôler ; dans une seconde, il se rapporte à ménager, c’est-à-dire soigner, prendre soin, cultiver. Si la notion de contrôle est parfaitement huilée, celle de soigner ou de cultiver est totalement absente. C’est cette dimension qui fait aujourd’hui défaut : l’humain n’est pas ontologiquement présent dans le management. Si les écoles de management enseignent des méthodes et en présentent les objectifs comme les risques, elles ne permettent pas l’appropriation de leur sens profond au service du bien-être.

Une vision différente du management, garant des conditions de bien-être et de performance tout en étant le meilleur investissement pour la rentabilité de l’entreprise, passe par des responsables apprenant à se ménager du temps, en dehors des réunions, en dehors des appels téléphoniques, en dehors de la lecture des e-mails, pour réellement comprendre ce qu’il y a dans la tête des hommes et des femmes qu’ils dirigent, tout en réfléchissant sur leur propre mode de fonctionnement relationnel ; du temps pour les écouter, du temps pour apprendre ; du temps pour enseigner.

La question essentielle porte sur le comment. Faut-il absolument des formations initiales de cadres ? Faut-il entretenir cette dichotomie entre le cadre et le métier ? Et la formation des directeurs des ressources humaines, en souhaitant qu'elle intègre davantage les sciences humaines et sociales, apparaît incontournable. Si l'organisation du travail mérite des leaders, des manageurs qui mènent des équipes avec ménagement, l'objet travail doit se libérer de toute contrainte hiérarchique. À cet effet, il convient de distinguer ceux qui organisent la production et ceux qui la réalisent.

L'objet du travail dépasse toute relation hiérarchique, et c'est ainsi qu'il fera sens dans les esprits de tous ceux qui en seront les acteurs. Le travail n'est donc pas l'exercice d'un pouvoir mais la réalisation d'un objet. Ainsi, lorsque le bon ouvrier deviendra contremaître, la secrétaire cadre, ou l'ingénieur manageur, ils ne pourront faire l'économie d'apprendre le nécessaire management. Ajouté à leurs compétences et expériences professionnelles, ils comprendront l'impact de leurs décisions sur ceux qui les reçoivent. Le maniement d'un outil ou d'une technique ne nécessite pas les mêmes apprentissages que l'organisation des hommes au travail. Pour donner du sens, pour devenir des pédagogues du travail, il faut à nouveau accepter d'être un élève, d'enrichir la faiblesse de ses certitudes et la richesse de ses doutes.

À la vision traditionnelle du travail par le diplôme, les débouchés, le marché du travail, la sécurité, la reconnaissance, la rémunération… la compréhension première de ses ressources, dons, talents et passions, et aussi de ses blocages, apparaît déterminante. Car le plus grand gâchis dans le monde est la différence entre ce qu’est la personne et ce qu’elle pourrait être ou devenir. Y répondre permet de retrouver le chemin du sens, individuel comme collectif, avec toutes ses conséquences sur le plan du bien-être et de l’efficacité.

 

Les quatre clés du renouveau du leadership

Quatre clés essentielles ouvrent la voie d'un leadership fructueux dans ce monde en profonde mutation, permettant la construction d'une nouvelle culture indispensable à la poursuite de l'évolution de l'humanité.

La première s'appelle confiance. Confiance en soi d'abord, pour dépasser la peur autobloquante et paralysante, celle de la critique, du ridicule, de l'échec. C'est être vraiment soi, pour exprimer ses dons, talents, aptitudes et potentialités. Confiance dans l'autre et les autres ensuite, pour partager dans le respect l'aventure commune, celle de la coopération, et libérer toutes les énergies créatrices.

La confiance repose sur un choix, celui de se sentir en harmonie avec un Univers bienveillant et protecteur, sans crainte du lendemain qui n'est que l'illustration de notre propre manque de confiance.

La deuxième clé s'appelle but. Il nous est spécifique, enfoui au plus profond de nous-même. Il donne sens à notre expansion, dans la joie, dynamique et confiance en la vie. Il nous fait rayonner, permettant de déployer notre singularité de manière naturelle et fluide. Il contribue à notre lâcher-prise sur d'autres objectifs séduisants socialement (gloire, argent, prestige ...) mais non nourriciers sur le plan de notre réalisation existentielle, voire destructeurs. En vivant en adéquation avec notre but de vie, nous côtoyons le sublime et nous épargnons l’inutile.

La troisième clé se nomme vision. Sa création, qu'elle soit individuelle ou collective, déclenche la mise en route d'énergies porteuses, à partir de notre détermination résolue et de notre confiance. Synchronicités, coïncidences, opportunités, intuitions, pressentiments... la vision claire et cohérente attachée à un but voit se dérouler le mécanisme du vivant lorsque tout est aligné, raccord. Il n'y a pas nécessité de mise en tension, d'effort et de lutte, syndromes de la peur, du doute, du rationnel exacerbé.

La quatrième clé est l'acceptation et la maîtrise du mouvement, entre action et rétroaction. Quelle que soit l'application mise dans la construction d'un plan d'actions volontariste, qui flatte notre orgueil et nous rassure, les mesures prises rencontreront succès comme insuccès, chance comme malchance, aide comme opposition, appui comme obstacle. La décision essentielle est intérieure, le suivi de notre sentiment profond du but à atteindre. Le reste appartient à la dynamique de fonctionnement même de la vie, qui ne peut être que bienveillante si nous la considérons comme telle dans sa raison d'être profonde. Seul compte notre état de joie, celui d'être dans le flux d'une vie qui nous enseigne, et non dans une lutte qui nous épuise.

 

Retrouver le sens profond

Si le monde du travail s'est profondément modifié en quarante ans, l'homme au travail est doué des mêmes sens, de la même intelligence, du même pouvoir créatif, à la condition d'en libérer l'expression. Ce sont les méthodes d'organisation qui ont volontairement détourné ce sens et cette intelligence du travailleur à des fins essentiellement cupides et prédatrices. Les pourfendeurs du bon sens ont cru que l'endoctrinement idéologique et la terreur pouvaient être sans limite afin d'obtenir des ressources humaines le meilleur des profits - profits devant être entendu ici comme une rentabilité financière. Comme toute tentative désespérée tout au long de l’histoire humaine d’en contrôler la finalité, ils arrivent aujourd’hui au bout de la course. Le management, et bien sûr l’entreprise, vont progressivement reprendre le chemin du bon sens.

L'histoire de l'homme est ainsi faite que le totalitarisme ne peut survivre au bon sens. C'est une période du capitalisme qui s'achève et qu'il faut donc accompagner. Il y aura bien toujours les bourreaux du travail, au sens propre comme figuré, qui ne voient en l'homme que le privilège qu'ils peuvent en tirer. Progressivement, les modes de management plus adéquats, plus humains, gagnent du terrain dans le monde de l'entreprise. Pour que le travail finisse par reprendre sa juste place, celle de l'intégration, de l'utilité sociale, de l'émancipation du plus grand nombre. Aux combats de toujours contre la barbarie, sous toutes ses formes, l’évolution continue de l’humanité tend inexorablement vers sa source première, l’unicité. Et seule l’énergie d'amour est le facteur unifiant de l'univers.

 

 " Quand l’accumulation de la richesse ne sera plus d’une grande importance sociale, de profondes modifications se produiront dans notre système de moralité. Bien entendu, il y aura encore bien des gens dotés « d’intentionnalité » puissante et inassouvie, qui poursuivront aveuglément la richesse, à moins qu’ils ne sachent trouver un substitut acceptable. Mais nous ne serons plus obligés de les applaudir et de les encourager. "

 John Maynard Keynes - Économiste et essayiste britannique (1883/1946)

 

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