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Croissance économique et inflation des prix

Si pour beaucoup la croissance économique est associée à une hausse des prix des biens et des services, justifiant une politique monétaire plus restrictive des banques centrales (hausse du taux d'intérêt des prêts bancaires) afin de prévenir une accélération incontrôlée de la hausse du niveau général des prix, c'est oublier que la notion de croissance économique porte d'abord sur une augmentation de la production de biens et de services demandés par les individus pour satisfaire leurs besoins et améliorer leur bien-être. Dans la mesure où le prix d’un bien correspond au montant nécessaire pour acheter une unité de ce bien, il en découle de toute évidence, pour une quantité donnée de monnaie en circulation, davantage de croissance économique, cette augmentation de la quantité de biens et services produits entraînant une baisse, et non une augmentation, du niveau général des prix des biens et services. Il devrait logiquement exister une corrélation inverse entre l’évolution des prix et l’évolution de la production réelle de richesse, telle qu’elle est mesurée par le taux de croissance de la production industrielle, alors que c'est une corrélation statistique positive qui est donnée entre le taux annuel d’augmentation de l’indice de base des prix à la consommation (l’IPC hors alimentation et énergie) et le taux de croissance de la production industrielle.

La vérité est qu'en l’état actuel des choses, la croissance économique réelle ne peut pas être évaluée précisément, étant donné qu’il est impossible d’additionner des biens de différentes natures. Les statistiques économiques utilisées pour calculer la croissance économique n’ont de ce fait rien à voir avec la croissance réelle, constituant une " simple " mesure du volume des échanges monétaires, réajustée en fonction d’un indicateur, le déflateur du PIB *. Cela signifie que la croissance économique désigne l’augmentation d’agrégats statistiques déformés qui mesurent les échanges monétaires, et que l’on appelle de façon trompeuse la production réelle totale.

Nous pouvons d'autant mieux comprendre l'actuelle injection massive de liquidités dans le circuit économique par les banques centrales pour tenter de relancer la croissance ², compte-tenu de la croyance dans le lien supposé dynamique entre croissance des revenus monétaires et économie réelle qui impliquerait une hausse des dépenses et une augmentation du niveau général des prix. De ce fait, il n’est pas surprenant d’observer une corrélation positive entre la soi-disant croissance économique et l’inflation des prix.

 

 

 

 

 

Cependant, pour établir correctement une relation valide entre la production de biens et services et l’évolution des prix, nous devons nous appuyer sur une théorie rigoureuse de ce qui détermine le niveau des prix et non sur des corrélations statistiques. Cela nous permettra de montrer que, toutes choses étant égales par ailleurs, il doit exister une relation inverse entre les fluctuations de la production et les fluctuations des prix.

 

 

 

Une analyse adéquate de la façon dont la richesse est créée indique qu’une baisse des prix constitue une conséquence de l’expansion de la production réelle de richesses. Cela signifie que chaque dollar détenu donne à présent accès à une plus grande quantité de richesse réelle (c'est-à-dire de biens et services).

 

 

 

Par conséquent, une baisse des prix dans un contexte d’expansion de la production de richesses est une excellente nouvelle.

 

 

 

Notez que la plupart des commentateurs suggéreraient probablement que, afin d’établir une relation entre la croissance économique et l’inflation, nous choisissons ici d’ignorer la réalité des faits et préférons à la place étudier uniquement l’essence de ce que sont les prix tout en ignorant les corrélations statistiques existantes.

 

 

 

Mais des corrélations sans théorie solide pour les expliquer ne sont pas d’une grande utilité.

 

 

 

Malheureusement, le monde est extrêmement complexe, et il n’est pas facile de comprendre les causes des phénomènes qui se déroulent simplement par l’observation. Une plus grande rigueur intellectuelle et un cadre théorique solide sont nécessaires.

 

 

 

L’objectif d’une théorie est de déterminer la nature de l’objet qu’elle étudie. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, la nature des prix est le montant payé pour obtenir une unité d’un bien. Cette définition est valide pour l’ensemble des prix des biens et services. Encore une fois, le prix d’un bien correspond toujours à la quantité de monnaie nécessaire pour obtenir ce bien.

 

 

 

Si la quantité de monnaie en circulation reste stable mais que le nombre de biens augmente, alors les prix doivent nécessairement baisser, toutes choses étant égales par ailleurs.

 

 

 

Le fait que l’inflation des prix augmente et que le taux de croissance de l’économie puisse accélérer en même temps ne prouve en aucune façon que la croissance économique soit à l’origine de la hausse des prix. Cela ne fait que montrer que d’autres facteurs entrent en jeu.

 

 

 

Logiquement, cela n’aurait aucun sens qu’une véritable expansion de l’économie puisse entraîner une hausse du niveau général des prix. La corrélation statistique existant entre la croissance économique et l’inflation ne s’explique pas par une hausse de la création de richesse réelle, mais constitue une réaction à l’expansion de la masse monétaire

 

* Le déflateur du PIB est calculé à partir des évolutions du PIB nominal (valeur du PIB mesurée aux prix de l'année courante) et le PIB réel (valeur du PIB aux prix d'une année de référence soit à prix constants).

De la civilisation

Selon le critique d'art anglais Arthur Clive Heward Bell (1881/1964), la civilisation est ce qu'on obtient lorsqu'on réfléchit profondément à la vérité, la beauté, la vie, la justice et autres vastes thèmes. C'est ce que faisait la Grèce antique, considérée comme un modèle civilisationnel. Si tel n'est pas le cas, la civilisation est artificielle. Il en découle que le choix est soit de faire des choses naturelles, soit de ne pas les faire, les communautés civilisées ayant le temps de "  penser et ressentir " plutôt que simplement travailler. Elles se soucient d'art, d'esprit, de charme, de style, de poésie, de théâtre, de musique, de philosophie et de savoir, pas uniquement d'obtenir et dépenser de l'argent. Autrement dit, Bell était d'avis que gagner de l'argent et le dépenser – ce que font la plupart des gens de leurs journées – était un obstacle à la vie civilisée. Cela l'a mené à conclure que si une société veut atteindre un niveau de civilisation plus élevé, elle doit libérer certaines personnes – les élites – du besoin de gagner leur vie. Si Athènes s'appuyait sur une population d'esclaves permettant aux meilleurs des hommes libres de se consacrer à des buts plus élevés, il n'existe plus aujourd'hui à proprement parler d'" esclaves " ou de " serfs " liés à une terre. Nous n'avons plus que des " contribuables "... Cependant, l'idée est similaire. Les uns font vivre les autres !

 

Il y a aussi ceux dont on pourrait dire qu'ils sont "esclaves de leur salaire", mais ce terme semble être un quasi-oxymore. Si l'on travaille pour un salaire – plutôt que pour quelqu'un qui a un fouet à la main – on est toujours libre de travailler pour quelqu'un d'autre... ou ne pas travailler du tout. Les vrais esclaves ne peuvent pas choisir leurs maîtres ou décider de prendre des vacances.

 

"Très bien", me direz-vous peut-être, "mais il faut bien manger. Nous devons donc travailler. Nous n'avons pas le choix. Dans les faits, nous sommes des esclaves". Si c'était le cas, nous sommes tous des esclaves – du besoin de se nourrir... et de s'abriter. Le seul moyen d'en être libéré est de mettre d'autres en esclavage – de les forcer à travailler pour nous fournir les choses dont nous avons besoin.

 

C'est exactement ce qui est désormais largement proposé – une nouvelle forme d'esclavage, dans laquelle certains sont forcés d'entretenir d'autres. Aujourd'hui, on appelle cela un "revenu universel garanti". L'idée a été défendue pendant un temps par Milton Friedman et d'autres économistes "conservateurs", qui pensaient que ce serait plus efficace et moins destructeur que les programmes d'aide sociale actuels.

 

Ces derniers temps, l'idée a gagné du terrain grâce à certains sociologues qui sont d'avis que les robots mettront au chômage des millions de travailleurs – lesquels auront ensuite besoin d'une forme ou d'une autre d'aide. Même le célèbre entrepreneur Richard Branson s'est exprimé en faveur d'une telle mesure.
Ce qu'il y a de plus ou moins unique avec Bell, c'est qu'il pensait que la civilisation dépend de ceux qui ne travaillent pas, mais se consacrent aux arts et à des activités que l'économie de marché ne soutiendra peut-être jamais. Ils viennent augmenter – comme Platon, Eschyle, Aristophane, Socrate, Praxitèle, Esope, Hésiode, Euripide, Sophocle, etc. – la richesse culturelle du monde.

Vénus de Cnide, par Praxitèle
Vénus de Cnide, par Praxitèle

"Nous avons eu beaucoup de chance", nous rappelons-nous avoir entendu notre ami Lord Rees-Mogg expliquer quelques années avant sa mort. "En Grande-Bretagne [au début du XXème siècle], il y avait tout un groupe de personne ayant hérité richesse et statut. Ces gens sortaient d'Oxford et Cambridge. Ils étaient bien éduqués. Ils n'avaient rien à prouver. Ils possédaient argent et statut. Ils faisaient déjà partie de l'aristocratie ou de la semi-noblesse, avec des fortunes qui reposaient souvent sur les innovations de la révolution industrielle. Ils avaient le sentiment de faire partie des élites – ce qui était d'ailleurs bien le cas.

"Cela s'accompagnait d'un sens des responsabilités publiques. Ils n'avaient pas besoin de travailler, mais il aurait été de très mauvais goût de gâcher sa vie à ne rien faire. La plupart d'entre eux se sont donc mis à apprendre... étudier... construire... voyager... inventer... ou toute autre chose utile ou intéressante, même si cela n'avait pas de valeur marchande immédiate ou évidente. Et nombre d'entre eux ont assez bien réussi."

M. Bell, peut-être enivré par les tendances socialistes de son époque, a puisé dans la période classique. Il a appelé les gouvernements à utiliser leur main-d'oeuvre d'esclaves (contribuables) pour entretenir une classe oisive. Le voeu de M. Bell allait se réaliser. Mais s'il avait vécu plus longtemps, nous doutons qu'il ait été satisfait des résultats.

D'Athènes à Baltimore

Depuis les années 20, les gouvernements ont subvenu aux besoins de millions de personnes oisives. Aux Etats-Unis, on compte aujourd'hui 250 millions d'adultes – mais seuls 140 millions environ ont un emploi. Par le passé, nombre de ces personnes sans-emploi étaient des femmes au foyer, occupées sur le front domestique pendant que leur mari allait au charbon. Mais avec l'avancée des commodités modernes, les familles plus petites et le nombre croissant de femmes au travail, on trouve sans doute quelque 100 millions de personnes qui ne sont ni salariés ni femmes au foyer.

Ces gens vivent d'aides de l'Etat, de bons alimentaires, de leur épargne, de leur pension ou du soutien de leurs proches. Ils sont plus ou moins oisifs. Pour autant que nous en sachions, aucun d'entre eux n'a sculpté ne serait-ce que l'ombre d'une Danaïde, écrit quelque chose approchant Lysistrata, ni contribué aux mathématiques ou à la science à hauteur d'Euclide et d'Archimède il y a 2 200 ans.

Il serait bien amusant de voir Clive Bell nous rendre visite à Baltimore. Il verrait par lui-même le résultat de trois générations oisives. Evidemment, M. Bell ne propose pas réellement l'oisiveté... mais c'est bien elle qui se présente à la porte de derrière lorsque le besoin de travailler sort par la porte de devant.

L'oisiveté ne semble donc pas mener à une élévation du niveau de la vie civilisée. Alors quoi ? L'art ? La culture ? La politique ? Parvenant à un verdict rapide, nous sommes d'avis qu'il s'agit d'une seule chose : une relative absence de violence.

Nombreux sont ceux qui pensent que c'est la conquête de Rome par César qui a rendu possible le développement de la civilisation sous Auguste. Et les Occidentaux n'ont vraiment considéré le Japon comme un pays civilisé qu'après qu'il a administré une raclée à la Russie en 1905. Cependant, il faut clairement plus qu'une victoire militaire.

La Deuxième guerre mondiale était justifiée par un argument populaire : il fallait "protéger la civilisation". Cela sonnait moins creux que durant la Première Guerre mondiale – mais pas parce que les Allemands s'étaient soudain mis à battre leurs femmes, avaient oublié comment écrire de longues phrase presque impossibles à suivre démontrant quelque point philosophique obscur... ou étaient soudain incapable d'accorder leurs violoncelles.

Au contraire, c'est parce qu'ils – ou, plus précisément, leurs dirigeants – avaient perdu l'unique chose qu'exige la civilisation : la volonté de laisser ses voisins en paix. Les Allemands étaient passés du côté obscur – le côté de la violence.

Des études comme " vrai " investissement

Nombre d'individus pensent que si l'on dépense assez d'argent - le sien ou celui d'autrui (crédit) - pour leur progéniture, elle se transformera au mieux en Einstein, Érasme ou autre prix Nobel mis en avant par le système sociétal, sinon occupera une place confortable et sera à l'abri. De leur côté, les études montrent que les gens plus diplômés gagnent plus d'argent. Pourtant, c'est entièrement trompeur, comme d'habitude au royaume de l'illusion. La question en fait à se poser est celle de l'esclavagisme à la dette, autrement dit le statut d'esclave de la dette, et par-là même du système entropique, et ce pour un diplôme.

Hormis les rejetons de familles élitaires nanties, destinés à garantir à leur tour l'ordre délétère établi par l'appartenance verrouillée aux réseaux de connivence (c’est le vrai sésame d'accès, et c'est pourquoi il vaut cher) commençant par les rallyes et garantissant la cooptation salutaire, celle ou celui désireux de se positionner au plus haut niveau possible, pensant que les grandes écoles sont le sésame qui assure un avenir tout tracé avec de belles rémunérations et des perspectives de carrières - le salariat de luxe -, commencera avec sa dette étudiant, avant que de poursuivre l'engrenage avec un prêt immobilier, un prêt automobile... une fois trouvé l'emploi pour payer ses factures. A mesure qu'il prendra de l'âge, le salaire tendra certes à augmenter, mais les dépenses aussi. Il travaillera minimum 50 à 60 heures par semaine, avec (très) souvent une pression énorme et une exposition aux risques psychosociaux, et portera la dette de son État d'appartenance par la fiscalité confiscatoire (impôts, charges et taxes), qu'il transmettra à sa progéniture à son tour... Ceci signifie qu'il lui est/sera (presque) impossible, hors héritage substantiel ou revenus très confortables, de se désendetter, ayant passé à ses doigt, poignet et cheville l'anneau de servage * !

Bien entendu, dans nombre de cas, aller à l'université constitue le moyen nécessaire et exigé pour exercer un métier (médecin, chirurgien, ingénieur nucléaire, pilote, notaire ...). Toutefois, et quoi que l'illusion vaniteuse de son importance soit tenace, la majeure partie du travail fait par la majorité des gens ne demande pas le moindre diplôme universitaire, un individu intelligent et motivé pouvant s'en sortir très bien s'il possède bien sûr correctement les bases éducatives (il est alors sans commune mesure avec les " parfaits " crétins sans diplôme, sans formation et sans expérience). C'est l'intelligence situationnelle et le bon sens qui rapportent, non les diplômes universitaires dont beaucoup préparent plus à Pôle Emploi qu’à l’emploi tout court, ni ceux des nombreuses (plus de 150) " grandes " écoles privées de notre pays (nombre sont en fait de second rang) qui sont très coûteuses (12 000 euros l’année en moyenne dont frais annexes tels logement et frais courants) et dont le contenu ne sert qu’à formater des esprits dociles sous couvert d'esprits " intellectuels "… Et comme dans la société actuelle le cours de l’intellectuel s’effondre - on ne veut que des exécutants/consommateurs qui ne se posent aucune question -, penser sert-il encore à quelque chose ? La réalité c’est qu’il y a désormais non pas une prime à l’intellectuel mais au manuel - boulangers, électriciens, coiffeurs, plombiers, mécanos, etc. -, ce qui pose la question du retour sur investissement des études supérieures, d'autant plus au moment où le montant mensuel de retraite des cadres va être révisé et le probable arrêt des " retraites chapeau " dont l'affaire " Carlos Ghosn " est le point d'impulsion... Avec la démocratisation de l'enseignement rendu nécessaire par l'accélération du business mondial, être diplômé désormais ne fait plus sortir de la masse, seuls les diplômes véritablement discriminants car pointus faisant la différence en matière de carrière. Pour le reste, ce sont des postes subalternes, conduisant à ce que leurs titulaires soient frustrés une fois les rêves de grandeur ramenés à la réalité du théâtre de marionnettes.

Faut-il à ce point être illusionné pour ne pas voir que le sens emprunté par la société est celui d'une élite richissime, microcosme composé d'esprits dévoyés adoubant le dieu de la matière rutilante Mammon, et  qui continuera à s‘engraisser sur une masse robotisée par les artifices dispensés. Le soubassement de la dispense pédagogique est la sélection de " bien-pensants ". D'une part, ceux qui s'octroient la connaissance et se la réservent à leurs fins exclusives. D'autre part, ceux qui la subissent pour être orientés vers la plus grande médiocrité sans savoir, car penser gêne celui qui veut s’enrichir

* L'anneau de Gollum, le monstre hideux du Seigneur des Anneaux. Cf. Compréhension structurelle de la Matrice asservissante.