Le Pouvoir de Métamorphose

Le mot métamorphose, du grec métamorphosis, signifie transformation ou changement de forme. La métamorphose est le changement, la transformation d'un être en un autre, la modification complète de son caractère, de son état, de son aspect.

Conduite de changement, conduite de transformation… Quel que soit le vocable utilisé, cette nécessité est devenue incontournable de la vie individuelle comme collective. L’accélération des mutations structurelles liées à la compétition économique et à l’évolution technologique l’a positionnée en tête des préoccupations managériales, avec comme corollaire l’adaptation des acteurs concernés, par contrainte ou opportunité.

De son côté, l’évolution de conscience dans sa relation à lui-même, à son environnement et plus globalement à l’univers, conduit l’être humain à en rechercher la mise en œuvre pour une meilleure et plus grande expression de ce qu’il est véritablement.

Si les outils et pratiques de la conduite de changement ne manquent pas, ils répondent rarement au sens profond de cette nécessité ontologique pour les personnes de nos temps actuels, expliquant les difficultés, ratés, échecs et frustrations constatés.

 

Le processus évolutif de la vie

Évolution signifie changement, mouvement, croissance, sous-entendant un chemin de vie, fil conducteur que tout être humain suit au cours de son existence.

Tout se meut, s’enfonce, se convulse, s’effrite, se fige. Les vérités et certitudes d’un temps finissent par disparaitre. Tout est cyclique dans l’Univers et sur la Terre, y compris nos comportements et caractères liés à nos croyances, à l’image de la nature qui ne peut rester statique, que ce soit sur le plan climatique, saisonnier, botanique. Le gland croît en un chêne puissant ; le bulbe grandit et produit de belles fleurs ; la graine de maïs produit le plant ; l’œuf fécondé devient être vivant ; l’enfant se transforme en adulte, et ainsi de suite à l’infini... Les quatre saisons ont leur pleine raison d’être dans la nature. Tout s'écoule, au dedans et au dehors ; toute chose a sa propre durée ; tout évolue puis dégénère. C’est la notion d’entropie avec la simultanéité des deux cycles, celui dit d’engendrement et celui dit d’inhibition. C’est la seule constante de la création. Il y a toujours un nouvel échelon à gravir, en cherchant toujours à atteindre le plus élevé.


La vie est mouvement ; elle est changement ; elle est croissance. Notre expérience personnelle est basée sur nos croyances conscientes que déterminent les fonctions inconscientes. Lorsque nous élargissons ou changeons de croyances, ce qui se fait régulièrement au fil de l’eau, nous enclenchons une nouvelle étape.

La mort du corps organique, de chair, est la condition indispensable pour que s’exprime notre capacité de transmutation au sein de l’Univers. Sans elle, nous serions éternellement condamnés à n’être que ce que nous sommes, sans aucune perspective d’involution et d’évolution, selon le libre arbitre de chacun. Plutôt que de destin, la mort relève de la Providence, cette Intelligence de la Création, inaccessible à nos sens limités, comme grain d’une nouvelle germination à venir, rien ne pouvant se perdre dans l’Univers. Car comment peut-il mourir celui qui a le pouvoir d’être éternel ? Il n’y a en fait de mort que dans la perte temporaire de sa mémoire spirituelle…

 

Dans cette évolution naturelle qu’est le mouvement continu de la vie, la métamorphose marque une rupture, un changement significatif de cette continuité, un nouvel état de conscience conduisant à une profonde transformation.

L’enseignement des mythes et de la littérature

Le point de vue scientifique établit que la métamorphose est la période de la vie d’un animal qui correspond au passage de sa forme larvaire à une forme juvénile, se traduisant par d’importants changements physiologiques et comportementaux.

La métamorphose n’est cependant pas qu’un sujet biologique lié à la vie animale, loin s’en faut. Mythe universel nourrissant les religions, les arts et la littérature, de la bible en passant par Les Métamorphoses d'Ovide jusqu’à la littérature contemporaine, élargi au domaine du fantastique et du surnaturel, la métamorphose a toujours inspiré l’homme.

 

La métamorphose dans les mythes

Se situant dans la transformation d'un élément ou d'un être en un élément, animal ou un être différent, le mythe a pour fonction d’expliquer le monde, de lui donner un sens, et de permettre à l’homme d’agir sur lui-même avec bonheur s’il en a perçu la signification.

Sa fonction explicative permet de livrer au plus grand nombre une compréhension accessible dans les images et ressentis procurés. Ainsi le mythe de la création du monde et des hommes, que l’on retrouve par exemple dans la Genèse biblique ou les Upanishad védiques.

En Occident, les légendes grecques présentent nombre de métamorphoses des dieux ou des mortels, clés laissés aux hommes pour leur propre et incontournable transformation intérieure à réaliser. La métamorphose y est souvent liée à la divinité ou aux personnages satellites des divinités. Expression de la toute-puissance divine, elle contient des effets de dramatisation pour capter l’attention et délivrer subtilement ses enseignements aux êtres humains quant aux illusions du monde de la matière et des formes.

 

 

C’est par exemple le cas de la séduction, artifice ô combien utilisé pour obtenir d’autrui l’avantage escompté. Le mythe d’Europe et de Zeus voit ce dernier se transformer en taureau blanc pour approcher Europe et échapper à la jalousie de son épouse Héra. Il l’enlève, rejoint la Crète où il lui révèle sa véritable identité avant de la violer, celle-ci tombant enceinte.

La leçon est que si nous mettons tout en œuvre pour un changement momentané d’apparence, la rupture n’est que très partielle, et conduit inévitablement à l’échec de notre relation à l’autre.

 

 

La métamorphose s’applique également à des fins échappatoires d’une situation contraignante, lorsque le sentiment de peur prédomine. Ainsi le mythe de Pan et Syrinx, cette nymphe des bois. Au moment où Pan va l’attraper, elle se transforme en roseau. Pan en souvenir de cet amour non réalisé coupe le roseau pour en faire une flûte.

La leçon est que la transformation permet d’échapper à la peur et de renaître certes différemment mais dans la continuité de la vie.

 

Le mythe de Narcisse, raconté par Ovide (poète latin - 43 av. J.-C. / 18 AP. J.-C.). Il est celui d’un jeune homme paré d’un don avantageux de la nature, incomparable, en l’occurrence la beauté. Il fait naître le désir chez les autres, tout en masquant une indifférence si dure que nul(le) ne peut s’approcher. La victime de son dédain et de son indifférence, liés à son égoïsme et son hédonisme, est la nymphe Écho. Il est puni en tombant amoureux de son image lorsqu'il regarde son reflet dans l’eau, oubliant de boire, et finit changé en fleur, qui porte depuis son nom.

Ce mythe traduit la Création par la vision de la Nature que découvre l’Adam universel originel à travers l’Arbre de la Connaissance et la découverte de ses polarités, le bien et le mal. La regardant, il aperçoit dans le reflet de son eau le reflet de sa forme. Il s’en éprend alors et veut habiter à cet endroit à l’instant même, épousant la forme privée désormais de raison. Ce croisement du désir vital réciproque entre l’Homme et la Nature crée les conditions de la cristallisation de la matière invisible en réalité tangible. Il entraîne la nécessaire division, séparation, de l’Unité originelle, génératrice de ténèbres, d’ignorances, de souffrances, de passions douloureuses et d’agitations turbulentes.

La leçon est que prisonnier de la Nature, il nous appartient d’opérer une nouvelle métamorphose, intérieure, pour nous en délivrer et retrouver notre unité première.

La métamorphose en littérature

Nombre d’œuvres littéraires nous proposent ce puissant pouvoir de transformation, une fois compris sa promesse de libération au-delà des peurs fantasmées. D’Ovide à Kafka, en passant par Maupassant et Ionesco, tous ces auteurs ont traité la métamorphose, quelle qu’en soit la nature, physique et psychique, les deux étant consubstantiellement liées.

Les Métamorphoses d'Ovide est un long poème épique latin constitué de plus de quinze livres et douze mille vers, qui décrit la naissance et l'histoire du monde gréco-romain jusqu'à l'époque de l'empereur Auguste. Ovide fut le premier auteur à parler de ces changements qui bouleversent et changent l’attitude des personnes.

Beaucoup plus tard, Guy de Maupassant, dans Le Horla (1887), décrit les différents stades d’un homme qui devient dépressif et fou. Sa métamorphose signifie qu’il veut s’échapper à lui-même, qu’il recherche une porte de sortie pour éviter de se confronter à la réalité.

Franz Kafka avec son ouvrage La Métamorphose (1915) fait le récit d’un homme, Grégoire, qui se transforme physiquement en une sorte de coléoptère, traduction de la perception qu’il a de lui-même

Eugène Ionesco dans Rhinocéros (1959) raconte la métamorphose de Jean, mentale puis physique, qu’il ne maîtrise pas. Ce changement physique illustre le débat en cours des idéologies en Europe, que le personnage ressent lui-même intérieurement.

Beaucoup d’autres auteurs ont abordé ce thème, parmi lesquels Robert Louis Stevenson dans Le cas étrange du Dr Jeckyll et de M. Hyde (1886), Oscar Wilde dans Le portrait de Dorian Gray (1890), et plus récemment Patrick Süskind dans Le Testament de Maître Mussard.

 

Dans tous les cas, une métamorphose n’arrive jamais seule. Elle est toujours la conséquence d’une situation, d’un contexte, d’un fait qui nous trouble ou nous fait réagir.

La métamorphose dans le septième Art

Si la métamorphose au cinéma est souvent liée à une rupture physique, plus aisée à illustrer sur grand écran, elle est étroitement liée à la rupture psychologique ou mentale qui l’occasionne. Ainsi la transformation de l’homme en bête fauve, comme le loup-garou, permet de faire ressortir le côté prédateur qui coexiste avec son humanité profonde, seule clé de salut pour sa guérison.

 

Changer n'est pas toujours facile, surtout pour les personnes qui ont des idées arrêtées et des façons de voir figées, prisonnières de leurs habitudes, de leur environnement. Qui plus est dans ces moments de grand changement et d’apparente tourmente, les fameux heurts ou orages de la vie comme les périodes de brume et de brouillard, où nous avons peine à voir clair. Il nous faut pourtant être prêt à nous détacher et à se débarrasser des idées comme des acquis confortables et bien établis, l'un après l'autre, jusqu'à être complètement libre et ouvert pour recevoir ce qui est entièrement nouveau, sinon révolutionnaire. De même que de se détacher de sa propre réputation, de ce qu’il y a autour de nous, de ce que disent les autres et de ce qu’ils peuvent penser, de sa propre pensée et de ses émotions. Et c'est là que, souvent, apparaît la difficulté. Beaucoup de gens, après avoir intégré une chose nouvelle, veulent s'accrocher à l’actuelle situation et refusent de la lâcher, plutôt que de la voir seulement comme un pas en avant vers une révélation de leur soi profond plus grande.

 

On ne peut pas remplir un seau plein : il faut le vider d'abord, quitte à faire un plongeon dans l’inconnu, peut-être même inhospitalier. Nous ne pouvons pas passer directement dans le nouveau lorsque nous sommes encore encombrés de l'ancien et que nous refusons de nous laisser aller. La Vie se résout dans le processus de la Vie Elle-Même. Tout ce que nous avons à faire, c’est lui faire confiance, et lui permettre de le faire. Le « Je » en vaut la chandelle, et contre « vent et marée », cette métaphore qui symbolise la lutte contre les obstacles qui peuvent entraver un projet ou l'obstination de celui qui décide de mener une action à son terme, malgré les bâtons que certains glissent dans nos roues, les peaux de banane que d'autres jettent sur notre trajet ou plus simplement les problèmes que nous rencontrons, il nous appartient d’extérioriser notre puissance intérieure dans ce virage nécessaire à la réussite de notre évolution de vie.

 

La quête continue existentielle de l’homme

La métamorphose de nature mentale, intellectuelle, est naturellement liée aux questions existentielles de l’homme quant à sa relation à la vie au sein d’un univers source d’inconnues. Dès que l’état de sa conscience a dépassé la question de sa simple survie, il a commencé à s’interroger sur lui-même, entraînant des métamorphoses profondes, incontrôlables, irréversibles.

L’accélération de cette quête est constatée à partir du XVIII° et du XIX° siècles, découlant des effets de la révolution industrielle - réduction progressive du temps de travail, développement des congés payés et des loisirs, changement des structures et des traditions familiales, développement de l’instruction… -, et tout particulièrement observée par le milieu scientifique en pathologie schizophrénique.

L'homme du XIX° siècle, fort de ses nouvelles connaissances, est en mesure de mieux réfléchir sur les sujets divers et variés d’un monde en profonde transformation. C’est aussi une période de remise en question de son rapport à la religion, celle-ci perdant de l’importance quant à la vision du monde qu’elle propose à travers le dogme dispensé. Interdite par cette dernière, considérée comme immorale et dangereuse car remettant en cause les principes de la création divine enseignés, la métamorphose devient un thème d’inspiration de beaucoup d'écrivains, philosophes et artistes.

Dans ce mouvement sociétal profond d’individuation intériorisée combinée aux grandes idéologies structurantes (communisme, socialisme, nationalisme, libéralisme, consumérisme…), l’homme réfléchit désormais à propos de lui-même, observe son vécu à partir des émotions, sentiments et réactions éprouvés, décide de ce qu‘il veut modifier, en lui ou quant à sa place au sein d’un groupe, d’une communauté, dans son rapport aux autres, dans son positionnement quant aux questions environnementales, religieuses, politiques…

Ce contexte de fort développement de la science psy (Freud, Jung, Lacan…), les faits déclencheurs liés aux épreuves douloureuses de la vie (perte d'un être cher, chagrin d'amour, maladie…), aux sentiments éprouvés (jalousie, envie, haine…) et à la nature de ses relations aux autres, constituent autant de désirs de rupture et de changement pour se rapprocher d’un idéal, celui de devenir ce que l’on souhaite profondément être. La métamorphose apparaît ainsi comme l’appel salutaire de l’inconscient à une évolution, avec toutes les conséquences qui en découlent quand il n’est pas compris ni accompagné avec le discernement adéquat.

 


Les étapes du processus de métamorphose

L’homme du XXI° siècle amorce un nouveau virage dans sa recherche de complétude existentielle. De plus en plus conscient qu’il n’est pas ce robot biologique livré aux aléas d’une vie chaotique, il recherche de nouvelles réponses, que l’essor continu des solutions en « développement personnel » démontre depuis une cinquantaine d’années, tout particulièrement découlant des travaux de l’École de pensée californienne de Palo Alto. L’ouverture progressive de l'Occident aux cultures et traditions orientales et amérindiennes ((bouddhisme, hindouisme, chamanisme…) introduit un nouveau regard sur la pratique de la métamorphose au service de la réalisation de soi. Aux approches encore très mentalisées sinon rationnelles jusqu’alors en vigueur pour la mener, propres aux caractéristiques de l’ère industrielle, un nouvel équilibre s’amorce dans ce voyage intérieur entre réalité quotidienne et réalité « non ordinaire », faisant appel aux sens subtils pour l’atteindre et la toucher.

Cet art du changement qu’est la métamorphose repose sur un processus bien établi sans lequel l’objectif ne pourra être réalisé. Il s’établit comme suit, correspondant à des années de pratique régulière sinon le travail d’une vie entière.

 

Comprendre qui nous sommes

Parce que la vie est un état de conscience, non limité au corps et aux conditions de notre environnement d’expression, et que nous agissons conformément à notre état de conscience, le chemin d'évolution est la désignation de notre évolution sur le plan de notre conscience, destinée à être remplie de joie, de plaisir, d'intérêt et de passion à partir de nos désirs et intentions. Nous sommes censé réaliser nos rêves, notre plus haute expression de créateur, notre plus belle vision de notre grandeur, ceci étant notre raison d'être profonde. Celle-ci se situe bien au-delà des plans matérialiste, social, professionnel ou mondain, même si ceux-ci font partie de l’expérience. Ainsi le corps physique n’incarne qu’une partie de notre état de conscience, tout comme le foyer familial, l’environnement de travail, les personnes fréquentées…

L’humain, généralement, délimite un espace, un territoire, et s’approprie les objets sinon les personnes s’y trouvant, ce qui lui procure un sentiment de jouissance ou de souffrance égotiste. Il est constamment en train de se transformer, souvent à son insu, en une nouvelle version de lui-même, à mesure qu’il passe de ses désirs à leur manifestation ou non, de nouveaux désirs à leur manifestation ou non, et ainsi de suite. Seulement, les attaches de nature affective et matérielle finissent par l’amoindrir dans leur yoyo permanent, par provoquer des sentiments d’insatisfaction, de lassitude, d’ennui ; ou alors ces attaches engendrent une spirale inassouvissable d’autres désirs, jamais comblés. Il se retrouve ainsi pris dans un cercle vicieux de plaisirs immédiats suivis de déceptions, de frustrations, d’ennuis, de désappointements, de dépressions, de limitations. En se retrouvant dépendant de ses possessions et en s'efforçant seulement de modifier les conditions extérieures, rien d'autre ne peut changer, rien ne peut s'opérer véritablement en profondeur.

C’est pourquoi il est invité à se dégager du superflu en entreprenant une destruction du vain, pour pouvoir se focaliser sur l’essentiel, et libérer son âme en ouvrant son cœur. Celui qui veut se libérer de l’obscurité doit d’abord avec intelligence et soin séparer « la Terre du Feu », soit le matériel de l’immatériel, le dense du léger, l’épais du subtil.

La métamorphose permet de faire l’expérience de la nature illusoire des choses, lié à l’état de séparation de notre origine, et à la dualité propre à l’expérience dans la matière.

Être rempli du sentiment d’interconnexion

Les progrès de la science depuis sa révolution quantique du vingtième siècle montrent que ce que nous appelons le champ universel, l’espace-temps en l’état de notre conscience, est un tissu vibratoire et déformable, modelé par la conscience de l’observateur, individuel comme collectif. Cette intelligence fondamentale compose le tissu d’expression du cosmos, avec la possibilité de réalités locales multiples combinant au choix l’existence et l’inexistence, l’être et le néant. En l’occurrence, un champ de potentialités latentes pouvant être actionnées par l’expression de nos pensées et émotions associées.

 


Nous vivons dans une matrice complexe de champs oscillants, une agence de gouvernance des particules, un hologramme cosmique dont la moindre fluctuation dans un champ imbriqué - comme les champs magnétiques de la Terre - provoque des perturbations dans les autres compte-tenu d’une fréquence de résonance fondamentale. Il y a un fossé entre le monde des objets familiers, ordinaires et « normaux » à nos sens et le monde insolite et original des objets subatomiques d’où ils proviennent.

La nature de l’univers est de ce fait dynamique, non déterministe en dehors des lois gravitationnelles, comparable à un gigantesque cerveau où tout est toujours interconnecté, totalité indivisible dont l’essence est purement immatérielle, et de ce fait non accessible normalement aux sens « classiques » comme à l’investigation scientifique directe. Nous sommes connectés entre notre monde intérieur, ce réservoir subjectif infini de potentialités et possibles, et le monde extérieur, tel qu’il prévaut à l’instant dans son objectivité manifestée, non seulement à tout ce que nous voyons aujourd’hui dans notre vie, mais également à tout ce qui a jamais existé comme à des choses qui n’existent pas encore. En somme, l’union entre l’être et le non-être, l’impermanence, soit le cœur profond de l’axiome nommé existence, le principe de la Vie.

En vivant ainsi l’interconnexion et l’unité de tout ce qui est, nous nous éveillons à notre véritable nature, et nous devenons cet être authentique que nous n’avons jamais cessé d’être, même si nous l’avons oublié. En nous reliant au grand Tout, nous devenons davantage que ce que nous sommes.

 

Un état d’être autre

Entrer dans cette métamorphose avec tout ce qui nous relie (animal, arbre, océan, montagne…) est l’expérience de la transformation puissante de l’être humain. Pas simplement un changement d’apparence ou de personnalité, simple cautère ou rustine, mais la capacité de ressentir au plus profond de soi le lien étroit avec tous les éléments qui nous entourent, quelle qu’en soit la nature, afin de partager et de s’enrichir mutuellement.

Cet état fait appel à une discipline rigoureuse pour s’assurer d’une attitude de disponibilité, d’ouverture bienveillante, d’intention claire, d’attention, de patience, de confiance et d’humilité dans l’association de notre identité à celle d’une autre créature ou d’un autre élément. L’ego-mental, facteur de résistance dans sa volonté de préserver l’état actuel de conscience, est bien entendu un obstacle majeur sur ce chemin de cette profonde évolution. Tant qu’il n’est pas discipliné et contenu à sa raison d’être d’exprimer notre singularité dans ce qu’elle a de meilleur, il empêche toute capacité d’entrer dans l’intimité de ses sens subtils et de contribuer à l’état modifié de conscience. C’est pourquoi bien peu de personnes entrent sur cette voie, se contentant d’une transformation plus ou moins légère, superficielle, inscrite dans une démarche de changement de nature individuelle ou collective rassurante à défaut d’être signifiante.

À l’opposé, certaines transformations se voulant excessivement radicales, impliquant un changement dans la perception de soi, de l’environnement, des personnes extérieures sans la conduite et le discernement appropriés, pourront aller jusqu’à faire disparaître toute raison, toute notion de temps et d’espace, débouchant sur ce qui est qualifié de schizophrénie, soit une « psychose délirante chronique caractérisée par un autisme et générant une perturbation par rapport au monde extérieur et à soi-même » , l’impact de la métamorphose étant tel qu’elle en devient une maladie.

 

Le recours aux énergies subtiles

Le travail de métamorphose est un exercice de projection débouchant sur un ressenti avec l’élément concerné. C’est pourquoi il fait appel à la notion de corps énergétique, distinct du corps physique qui nous est si familier. Il passe par les ressentis conscients quant à ses grandes fonctions énergétiques (sexualité, affirmation et volonté, émotions et sentiments, puissance de la parole, pensée et imagination), permettant à l’être humain son fonctionnement dans la matière terrestre comme sa relation plus subtile avec le cosmos. Le ressenti harmonieux de toutes ces énergies est nécessaire, conduisant de ce fait à un rééquilibrage de celles apparaissant insuffisamment développées ou à l’inverse excessivement développées. C’est le cas de l’énergie affirmation / volonté en Occident, qui à défaut d’être suffisamment équilibrée avec celle des sentiments, conduit à l’exercice abusif du pouvoir dans sa relation à autrui, sur le plan personnel comme professionnel (recherche de domination par la peur, la menace, l’autorité, la force).

De même, il y a souvent confusion sur le sens profond de l’individuation, chacun aspirant à l’affirmation de sa personnalité tout en ayant peur de prendre tout son pouvoir intérieur, émancipé des tutelles extérieures.

 

La fusion

L’état de fusion entre deux êtres fortement épris l’un de l’autre est naturellement compris. Ramené à notre relation avec tout élément de notre univers, il a la même signification, à savoir l’émerveillement procuré par la connexion entre deux entités qui partagent sur un plan énergétique leurs spécificités, forces et bénéfices identitaires respectifs. En partageant ces puissances, nous ne faisons en fait que réintégrer en notre conscient leur présence en nous, maintenues jusqu’alors à un stade latent.

Bien qu’échappant à la compréhension d’une grande partie du corps médical scientifique, se trouve dans cet état la clé de guérison qu’utilisent nombre de guérisseurs non estampillés par l'académie pour le bienfait de leurs patients. Seule l’expérience profonde de faire partie de l’Un, d’être Un, permet la compréhension des miracles de la vie.

 

L’éthique

La démarche de métamorphose passe par l’abandon de l’ego-mental habituellement dominant. C’est pourquoi un profond respect de l’élément avec lequel nous souhaitons fusionner s’avère incontournable, à partir d’une attitude profonde de bienveillance et d’humilité. Il s’agit d’une démarche dite spirituelle, ayant pour objectif notre transformation au service du bien commun. « Je me transforme, pour offrir la version la plus élevée de qui je suis profondément à la vie, à l’univers, à la communauté humaine. » Il n’y a nulle recherche de pouvoir égo centré ou de satisfaction narcissique, simplement la conscience du message profond de la vie, celui de l’harmonie, de l’amour.

Chaque expérience étant appelée à être profonde et unique, elle appelle à un discernement judicieux en conscience quant à sa raison d’être à l’instant de vie de son auteur.

 

L’expérience de la métamorphose ouvre à l’homme du XXI° siècle un pouvoir de connexion puissant au mystère de l’Univers et de la vie dans sa recherche d’unité, complémentaire à sa mise en réseau par la technologie. Il peut par cette quête personnelle et individuelle véritablement s’extraire des limites imposées par son corps ou sa simple imagination, et ressentir intensément sur un plan physique comme physiologique son appartenance à un vaste ensemble dont il n’est pas séparé. Si beaucoup craignent sa substitution progressive par la machine, cette expérience lui révèle un pouvoir sans équivalent pour rester maître à part entière de sa destinée au sein de la Création tout en agissant dans l’intérêt de tous.

L'histoire de l'Univers est celle de la conscience. Elle se renouvelle à chaque instant, dans une spirale ascendante et non en cercle fermé. Si l'homme est la conséquence de son passé, il représente aussi le futur d'autres êtres à venir. Sa conscience décide en son libre arbitre ce qu’il sera.

 

« La vraie relation, c’est l’Unité dansant avec elle-même »

Adyashanti, The Impact of Awakening

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