Le Moment présent

« Quel que soit ce que le moment présent contient, acceptez-le comme si vous l’aviez choisi. »

Eckart Tolle

Un concept difficile à comprendre


Carpe diem est une locution latine extraite d'un poème de Horace, que l'on traduit en français par « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain

 

Le moment présent est un concept difficile à comprendre pour la plupart des personnes, qui relèverait plutôt du domaine philosophique. Comment en effet capturer un moment éphémère, à peine ici que déjà parti, placé quelque part entre le passé et l'avenir ?

Qui plus est, selon des chercheurs en neurosciences de l'université de Pittsburgh aux États-Unis, cette capacité à vivre l'instant présent serait impossible. Leur étude a mis en évidence qu'une région du cerveau qui renferme les conséquences de nos décisions passées est utilisée pour guider notre comportement. Leur hypothèse est que la zone du cerveau responsable de la capacité à analyser nos propres pensées se situe dans le cortex frontal, une zone déjà connue pour être à l'origine de la prise de décision, du comportement social ou de l'expression de notre personnalité. C'est en utilisant un test de jeux lumineux et de l'imagerie médicale sur des hommes adultes qu'ils ont pu montrer que leur hypothèse était exacte.

 Ils expliquent que le cerveau doit conserver une trace des décisions passées et du résultat obtenu, et que nous avons besoin de cette continuité de pensées au fur et à mesure que nous avançons dans la vie, tout comme la mémoire liée à l’exercice de notre travail. Ils en concluent que pour une personne bien portante, vivre l'instant présent est impossible, et que notre vie intérieure est bien plus riche que cela.

Cette hypothèse scientifique est basée sur le principe que le cerveau est le centre de production des pensées, générateur de la conscience. Elle ne repose cependant sur aucune certitude. Elle fait également référence aux savoirs accumulés par la personne à partir du vécu de ses expériences ainsi que des enseignements reçus, qui cependant créent des biais cognitifs ne lui permettant pas l’accès à la Connaissance, soit sa relation intime, profonde, à l’Univers.

Qu’est-ce que le moment présent ?

Le meilleur moyen est d’y penser comme une photographie, une peinture, une courte scène dans un film, un instant de lecture auxquels nous accordons toute notre attention captive, comme si rien d’autre n’existait et ne pouvait détourner notre attention. Rien n’existe d’autre que cette attention, dénuée de tout jugement, de toute considération partisane. Juste la façon dont l’objet de notre attention est, et parce qu’il est, nous l’apprécions comme tel. Parfait, tel l’a voulu son auteur pour signifier quelque chose, un aspect de création parmi tant d’autres.

Ce regard est l’étape clé de ce changement radical dans l’approche et la relation à la vie. Il est notre création, par l’accueil en pensée que nous manifestons, sans prendre position, en s’oubliant totalement, notre identité comme les caractéristiques de notre environnement. Nous aurions pu au même moment avoir fait autre chose, autre part. Il est notre création, parce qu’il est, là. Et nous ne pouvons créer rien de plus grand que ce moment, sans possibilité de le changer. Nous pouvons bien sûr penser que nous sommes juste ici comme nous aurions pu être ailleurs ; que c'est que juste arrivé et que ce n'est pas important ; que le moment suivant ne sera pas si différent ; et qu’il y a tellement de moments. Il y a tellement de grands moments occasionnels dans la vie, comme la naissance d'un enfant, l’obtention d’un diplôme d'études, un mariage, un décès, la veille du Nouvel An, Noël, le premier ou le dernier jour de l'école, une fête d’anniversaire ou de départ en retraite, etc. À quoi bon alors retenir tous ces moments insignifiants car banalisés et répétitifs, pensons-nous. Pourtant, aucun d'entre eux ne sont grands, et aucun d'entre eux ne sont petits. Seul notre jugement le décide. Sans ce dernier, chaque moment a la même valeur précieuse, celle de la vie, de notre vie. Et lorsque nous décidons de la voir comme telle, elle change, radicalement.


Chaque moment affecte le moment suivant et travaille à façonner notre avenir. La façon dont nous agissons ou réagissons en ce moment crée la réalité du moment suivant, participant de l’élaboration de notre grande œuvre. Chaque moment en constitue un palier, voire le début d’une courbe d’inflexion. D’où l’importance pour ce qu’il est, indissociable de notre vécu et de la manière dont nous voulons le réaliser. Le moment présent appelle à la conscience, cette attention scrupuleuse que nous accordons au déroulé de notre vie, à ce que nous voulons en faire, en évitant si possible la disharmonie et les sorties de route précipitées par notre inconscience et nos habitudes ancrées et programmées, tout particulièrement sur le plan émotionnel. Un petit changement peut conduire à notre plus belle réalisation.

 

« Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont. Nous les voyons telles que nous sommes. »

 Anaïs Nin

 

La seule façon de changer le déroulé de notre vie est de changer notre regard à chaque moment, en étant conscient de notre… inconscience, ce que l’on appelle la « pure conscience ». Cet alignement sur l’univers conduit à un changement de fréquence de notre cerveau, avec ses répercussions sur les milliards de processus et connexions qui en caractérisent le fonctionnement. Le moment agit, influence, imprègne le déroulé, et non l’inverse. Tout dans le moment est alors parfait. Il porte en lui le potentiel de s’améliorer, par notre énergie et notre bienveillance envers la vie, et ouvre les opportunités. Cela est, c’est parfait, le moment ne pouvant être changé. Telle est la vérité ultime.

Juger un moment pouvant être meilleur que l'autre est un non-sens, car rien de ce qui est ne peut jamais être changé. Souhaiter que les choses soient meilleures en ce moment, c’est placer son attention sur les aspects négatifs du moment, et empêcher le flux de la vie de nous guider vers l’amélioration confiante de ce que nous désirons, pour nous aligner avec ce que nous voulons, avec qui nous sommes vraiment. Les réactions pour la plupart des êtres humains sont inconscientes et automatiques. Ils ne pensent pas aux conséquences de leurs réactions. En réagissant plus doucement aux événements, ils allègeraient leur balade dans la vie.

Chaque moment étant le fruit de notre création, nous pouvons apprendre beaucoup à partir de celui-ci. Il nous enseigne comment nous pouvons continuer à grandir, à nous développer et à nous déployer. Comme il n'y a rien que nous puissions faire pour le changer, il nous appartient de l'aimer de tout notre cœur. Trouver des failles dans notre création, ce n’est pas apprécier nos propres pouvoirs de création. Nous ne sommes pas une victime de la création, de quelqu'un d'autre comme de la nôtre. Aussi notre création, dans le moment, ne peut qu’être parfaite. Elle nous indique comment créer consciemment et délibérément ce que nous désirons, car la façon dont fonctionne l'univers est qu’il nous donne ce que nous lui demandons par nos pensées et notre ressenti. Il nous sert l’état de notre appréciation du moment. D’où l’importance de placer notre attention sur les choses voulues pour notre bien.

L'expérience de la vie est ainsi illimitée à ce que les personnes souhaitent. Notre réaction au moment va créer le moment suivant, puis de nombreux moments après cela. Comment nous nous sentons au moment présent dicte à l'univers ce que nous voulons ressentir dans les moments à venir. Si nous le regardons en voyant ce que nous n'aimons pas, c’est ce que nous recevrons. Le changement est alors difficile, douloureux. Pour changer radicalement notre vie, nous devons rechercher ce que nous aimons dans le moment. Ceci est aussi facile que d'apprécier « ce qui est ».

Le nécessaire désengagement du jugement


« Quand certains voient certaines choses comme belles, d’autres les voient comme laides. Quand certains voient certaines choses comme bonnes, d’autres les voient comme mauvaises. »

Lao Tzeu

 

L’Univers est neutre. Si son fonctionnement est basé sur la dynamique des polarités, des contrastes, rien n’est bon ou mauvais, car tout est juste et nécessaire au déroulement de la Création, à la manifestation du vivant. Cependant, s’il n’y a rien intrinsèquement de bon ou de mauvais, les jugements que nous émettons via nos pensées et nos paroles colorent et transforment l’objet de notre attention en l’un ou l’autre.

Bien sûr, nous pouvons éprouver plus de plaisir à la vue, au goût, à l’odeur, à l’écoute et au toucher de telle ou telle chose, quelle qu’en soit la nature. C’est aussi dans l’ordre des choses. Ce qui est alors intéressant, c’est pourquoi nous n’éprouvons pas de plaisir à telle ou telle chose, alors qu’elle est. Au-delà de la première réaction instinctive d’en donner ou non l’explication, il y a matière à comprendre ce qui nous amène à les juger et à les « condamner ». Car c’est tout le déroulé de notre vie qui épouse ces fractures et nous maintient dans la séparation avec l’unité, celle de notre relation harmonieuse à l’univers.

Se pose bien sûr la question de toutes ces tragédies, de tous ces drames, que nous ne cessons de découvrir et de vivre, qui plus est lorsque nous sommes directement touchés, à travers nos proches ou nous-même. La liste est longue de toutes ces folies et déviances humaines, de ces catastrophes matérielles ou phénomènes que la nature produit à notre plus grand désagrément. Notre éducation mentale et émotionnelle nous conduit à les considérer comme terribles et à les qualifier de mauvais, voire d’abjects. Si nous enlevons le jugement instinctif et que nous les observons de manière neutre, ils se sont simplement produits. La maladie, la mort, la violence, la cruauté nous rendront probablement toujours tristes. Mais elles se sont toujours produites, se produiront toujours, que nous les aimions ou non, parce qu’elles participent d’une raison d’être supérieure qui nous dépasse et à laquelle nous résistons, désespérément, vainement.

Les tragédies qui se produisent, quelle qu’en soit l’échelle, ne sont pas nécessairement mauvaises. Elles occasionnent certes des pertes dévastatrices, insupportables à nos sens. Pourtant, la vie continue, de façon parfaite à l’échelle de l’Univers. Et nous voudrions, particules minuscules dans un ensemble aussi vaste et tellement inconnu, porter un jugement sur ce qui est bon et pas bon ? Leur sens, bien que nous échappant, fait partie du chemin d’évolution de la conscience humaine. Ce qui les rend insupportables, c’est que nous nous pensons divisés les uns des autres, prisonniers de nos jugements sur ce qui est bon et bien et ce qui ne l’est pas. Elles nécessitent que nous soyons capables de les accueillir, de les accepter, en restant sain d’esprit, en préservant notre unité, notre harmonie.

Pensons à quelque chose de bon qui s’est produit récemment, et comment cela a affecté notre état d’esprit, notre état émotionnel. Pensons maintenant à quelque chose de mauvais, de désagréable, et voyons également comment cela nous a affecté. Imaginons qu’aucun de ces évènements n’étaient bons, et aucun mauvais, qu’ils se sont simplement produits, qu’ils ont simplement existé. Tout ceci n’enlève rien à notre empathie, notre compassion, notre amour, notre fraternité envers celles et ceux qui ont été touchés. Cela change notre équilibre intérieur, notre relation à la vie. Lorsque nous arrêtons de juger les choses comme bonnes ou mauvaises, nous ne sommes plus chargé du fardeau des émotions de notre jugement. Nous pouvons vivre plus léger, plus libre.

 

Le laisser tomber des attentes

Laisser tomber les attentes, les éliminer, c’est nous désengager d’une tension, celle de la projection, du doute, de la crainte, de la frustration, de la déception, du ressenti. Les attentes indiquent que les choses ne vont pas dans le sens que nous aimerions. Quand nous attendons quelque chose d’un ami, d’un collègue, d’un membre de notre famille, de notre conjoint, et qu’ils ne sont pas capables de le faire ou de le donner, alors cela nous énerve, nous sommes désappointés, énervés, frustrés. Nous pouvons même en être malade. Faire des suppositions sur ce que nous aimerions qu’ils fassent, à propos du comment nous aimerions qu’ils agissent ou réagissent, du comment ils devraient accueillir nos actes et nos paroles, crée des poisons émotionnels qui sont à l'origine de nos divers conflits intérieurs. Car ce sont nos attentes qui nous conduisent à juger si quelque chose est bon ou mauvais.

Nous pensons et nous projetons très souvent à la place de l'autre, et cela modifie notre comportement comme nos actes qui ne sont plus vrais ni naturels. C'est un mode de communication pervers où personne ne va bien. « Je » suis mal, car j'ai menti ou je n'ai pas dit la réalité de ma pensée. « Il ou elle » va mal, car il sent que je n'ai pas tout dit ou que j'ai menti. La relation s'en ressent.

Lorsque nous n’avons pas d’attentes, leurs actions ou non actions ne sont ni bonnes, ni mauvaises. Elles sont juste des actions, que nous pouvons accepter comme telles, sans frustration, colère, tristesse. Nous avons simplement à exprimer nos vrais désirs, choisir de communiquer clairement avec autrui. Ceci peut éviter drames, tristesse et malentendus.

Que se passe-t-il lorsque nous partons en vacances, à un endroit pour lequel nous avions de grandes attentes, et que ce n’est pas ce que nous espérions ? Nous sommes amèrement déçu, en colère, frustré, et nos vacances peuvent être gâchées. Or ce n’est pas la faute de l’endroit. Il est juste tel qu’il est. Ce sont nos attentes qui sont en cause.

Quand les autres nous déçoivent, ce n’est pas de leur faute. Ils sont juste ce qu’ils sont. Ce sont nos attentes qui sont en cause.

 

La pratique quotidienne du moment présent

La mise en route de cet état d’esprit, de cet état d’être, passe par de petits pas, qui se répétant vont permettre de créer l’habitude.

1. Nous commençons chaque journée, au réveil, par le déroulé rituélique d’un protocole nous rappelant notre désir de contrôler nos pensées, tout particulièrement lorsqu’elles commencent à juger ou manifester des attentes non partagées avec autrui.

2. Nous identifions si possible tout au long de la journée les situations où nous émettons des jugements, nous manifestons des attentes qui ne produisent pas les effets escomptés. Avec le temps, nous en remarquerons de plus en plus, et serons plus conscient de ce type de pensées. Nous pouvons également avant le sommeil dérouler le film de la journée et repérer ces moments.

3. Nous prenons l’habitude à chacune de leurs manifestations de faire une pause, en respirant profondément pour trouver notre quiétude intérieure. Nous prononçons en silence ou de vive voix “Aucune attente, rien de bon ou mauvais”. Nous le répétons, jusqu’à disparition du jugement ou des attentes.

4. Nous essayons de voir les choses comme elles le sont, et de comprendre pourquoi les choses sont de la manière dont elles sont, pourquoi les gens agissent de la manière dont ils agissent. Par l’empathie, nous nous mettons dans leur peau.

5. Nous prenons ce qui vient, et le vivons, dans ce moment unique. Nous agissons ou réagissons de manière appropriée, toujours avec bienveillance, envers nous-même comme envers les autres.

6. Nous acceptons ce qui est, les choses comme les personnes. Nous nous acceptons nous-même, sans jugement, tel que nous sommes. Accepter ne veut pas dire subir, de manière passive. C’est sentir, réfléchir, puis poser l’action juste, de manière inspirée et sereine.

 

Le moment présent contient des possibilités infinies. Elle s’ouvrent une fois que nous voyons les choses comme elles sont, sans jugement ni attentes.

Écrire commentaire

Commentaires: 0