La maîtrise du " Logos ", clé de la dictature démocratique

Le  " Logos " des Grecs anciens constituait l’essence de la Raison qui, au moyen de la connaissance d’une langue, permet la discussion et la démonstration lors d’un débat, quelle qu’en soit la nature : politique, scientifique, philosophique. De ce fait, tout citoyen et a fortiori tout " homme " d’État devait avoir une maîtrise parfaite du Logos, c’est-à-dire des éléments de langage permettant de communiquer avec les autres citoyens lorsque des discussions sur l’avenir de la Cité ont lieu. Il en découle que celui ou ceux qui contrôlent le mieux le Logos contrôle(nt) la Cité presque automatiquement.

Notre civilisation actuelle s’est construite sur ce concept, appliqué de même aux Religions monothéistes découlant des rédacteurs et interprètes de la Genèse biblique – Judaïsme, Christianisme, Islam -, soit le Logos assimilé à Dieu : Au commencement était le Verbe (Logos), et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. L’idée centrale est que Logos, Raison et Dieu participent de la même finalité, sacraliser la parole pour, bien sûr, " servir " dignement et humblement les hommes … D’abord mis en œuvre par les monarchies et empires lorsque l’accès à la culture et à l’information était réservé à une minorité, les progrès scientifiques et les révolutions dites des " Lumières " ont ouvert aux élites marchandes du XVIII° siècle ce pouvoir magique, qui sera également la marque de fabrique des grands totalitarismes génocidaires du XX° siècle dont ils subsistent encore quelques traces de nos jours.

De nos jours, l’emprise technologique conduit à une subtile reprise en mains de cette arme essentielle du pouvoir par les " communicants " et leur déclinaison archétypée : publicitaires, marketeurs, conseillers et gurus en com, avocats … L’enjeu n’est plus le contrôle du verbe mais la construction d’éléments de communication constitutifs d’une langue, d’une façon de parler empêchant les citoyens de communiquer les uns avec les autres, chaque mot voulant dire presque exactement le contraire de ce qu’il signifiait dans son acception initiale. Paix veut dire guerre (Cf. Irak, Lybie, Syrie …), les camps de concentration sont appelés des écoles de rééducation (Guantanamo et consorts), la vérité veut dire le mensonge dissimulatoire (ainsi les " largesses " légales parlementaires françaises), et ainsi de suite. Il en découle le fameux " politiquement correct " visant à écarter toute remise en cause du pouvoir concentré en quelques mains mal attentionnées quoi qu’elles en disent.

La spécificité des révolutionnaires marchands - de l’âme, de l’esprit comme du corps -, est de prototyper le citoyen pour en faire un agent docile de leur dictature économique. C’est pourquoi a été conçu, tout particulièrement par les Lumières françaises, le concept d’ " homme nouveau ", appelé à quitter un servage pour, sous prétexte d’émancipation sociale, en rejoindre un autre, celui du consumérisme débridé. Pour ce faire, il s’est agi de déconstruire ses racines culturelles et cultuelles qui définissaient jusqu’alors son rapport à l’existence. Dans la mesure où le lien profond qui l’unit aux autres passe par le langage, c’est ce dernier qui est refaçonné à l’aune des nouvelles contingences décidées.

C’est pourquoi nous assistons aujourd’hui à l’emploi de deux armes extraordinairement puissantes, l’exclusion et la dérision. L’exclusion se fait en priorité dans le champ éducatif, gommant pas à pas dans la folie idéologique du brassage et du lissage toute référence aux racines (locales, familiales, professionnelles, religieuses, historiques), poursuivi sur les scènes médiatique, philosophique et universitaire, les " dissidents " étant marginalisés, sanctionnés ou interdits d’antenne institutionnelle grand public. Elle est relayée par la dérision, mélange de sarcasmes et d’insultes pour celles et ceux qui défendent le besoin d’enracinement de l’être humain à sa famille, sa ville, sa région, sa Nation, sa Religion. Il n’est qu’à voir le mépris du microcosme élitaire affiché envers les électeurs pro Brexit ou pro Trump.

Ce totalitarisme de la pensée moderne, qui prend appui sur les bons sentiments universalistes, n’a pour objectif que de continuer à concentrer le pouvoir dans les mains d’une sphère dévoyée par le culte messianique de Mammon désormais à l’échelle planétaire, après s’être goinfré et avoir asséché les réserves des greniers de blé nationaux. La cyclicité de l’Histoire devrait toutefois leur enseigner que le syndrome de la Tour de Babel finit par faire chuter les fausses idoles de leur piédestal doré et de leur vanité démesurée. Le temps semble désormais leur être compté.

 

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