Le piège de l'enseignement sectaire

Il est dit non sans raison que l’Église est une secte exotérique qui a réussi. En réalité, ni plus ni moins que les sociétés secrètes ésotériques qui travaillent sur la même quête apparente du mystère divin. Ce sont les deux faces apparemment opposées mais indispensables dans leur complémentarité du piège tendu à l'être humain pour le maintenir dans la nasse de l'ignorance au prétexte de lui donner la Lumière.

Une secte, dans son acception originelle, est un groupement humain dont les membres partagent les mêmes croyances et valeurs, à partir du rituel défini prévalant. Nonobstant le caractère volontairement attentatoire à l'intégrité et à la dignité des personnes qui qualifie une secte dans le champ populaire comme législatif, ce qualificatif correspond à tout groupe fonctionnant sur les bases du partage commun (association, entreprise...). Lorsque la démarche prend une tournure mystique, soit la recherche de l'inexplicable, le danger de manipulation est d'autant plus grand. Là réside le piège tendu, dans lequel s'engouffrent pourtant nombre d'esprits cartésiens, rationnels, pragmatiques, tout particulièrement représentatifs des exigences d'une société contemporaine qui privilégie l'intellect dans la conduite des affaires humaines aux sentiments fondés sur l'amour et la paix.

Les prétendus hauts initiés impressionnent toujours l'esprit faible : pape, évêque, imam, rabbin, grand maître, vénérable, commandeur... Les qualificatifs ne manquent pas pour maintenir les moutons de l'enclos sous la protection des grands manitous sachants, revêtus des signes distinctifs de leur toute puissance. C'est l'énergie masculine du moi ego qui s'exprime, celle du pouvoir, de la domination, de l'asservissement. A la tête d'Ordres ou d'Obédiences, signifiant littéralement soumission et obéissance, ils promettent symboliquement protection et sécurité, et pour les plus méritants l'élévation, la promotion à défaut de l'illumination. Le monde professionnel fonctionne selon ces codes. Aller les rechercher dans le domaine des choses de l'esprit démontre l'étendue du poison inoculé dans l'inconscient.

Les religions exotériques ont imposé le joug de leur dogme au moyen de l'épée et de toutes les contraintes physiques (cachot, torture, bûcher, lapidation...) comme psychiques (culpabilité, excommunication). L’accès à l’information " divine " a été déterminé et contrôlé à un tel point que cela est devenu pendant longtemps une croyance obsessionnelle pour nombre d'individus de vouloir faire partie de ces "privilégié(e)s " du salut éternel, et qui, même en net recul en Occident, demeurent marqués par cette robotisation programmée.

En parallèle, il a été donné aux esprits plus fantasques, plus contestataires et libertaires, l'occasion de satisfaire leurs besoins extatiques par les artifices de l'occulte flamboyant et de ses rituels pour cénacles privilégiés. La symbolique du " troisième œil " ouvert a joué à fond sa promesse d'atteindre les hauteurs propres à satisfaire l'orgueilleux ego. " Insi-dieu-se-ment ", il injecte la règle quasi absolue que celle ou celui recevant des messages de l’au-delà est forcément supérieur aux autres, plus proche de la vérité. Un(e) élu(e) !

Dans les deux cas, ces " élus " du Très-Haut n'ont pas compris qu'ils sont branchés dans leur quête mystique non sur La Source originelle, mais sur des égrégores fabriqués depuis des millénaires par l’homme, avec toute la pollution de la pensée qui s'y trouve. Ceux-ci sont des " organismes vivants ", constitués d’énergies propres à la production du champ des pensées terrestres, dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles sont loin d'être épurées. La pollution du " péché " dans toutes ses déclinaisons y bat son plein. Aussi la clé ne peut en aucune façon résider dans le " troisième œil ", lié à la tête et élément de connexion avec les ténèbres que nous avons créées dans notre Ciel. Elle se situe dans le cœur. Les véritables élus sont des personnes qui sont capables d’écouter leur cœur, tout simplement, en toute humilité, et qui, parce que centrées sur le cœur, accèdent aux vérités les plus pures. Elles ont laissé tomber les artifices de la quête extérieure sous la coupe de pseudo-sauveurs, pour trouver en elles les réponses, débarrassées de l'ivresse de leur mental à courir après de soi-disant secrets et à jouir de rituels con-sacrés.

Prendre contact avec son SOI intérieur n’a absolument rien à voir avec l’ouverture du troisième œil. Il est par là-même évident que ceux qui pensent avoir ce troisième œil ouvert et posséder une supériorité sur les autres sont bien loin de l’humilité demandée et requise. Ils sont au contraire en ligne directe avec " l’enfer" puisqu'en relation avec le grand tas de fumier mental et émotionnel créé par les despotes et tyrans manipulateurs de leur salut à partir de leur faux enseignement. Il suffit pour s'en convaincre d'observer le comportement au quotidien de ces grenouilles de bénitier ou de colonnes une fois sorties de leur bulle mystique. Combien incarnent le dépouillement intérieur comme extérieur pour, en pensée, parole et action, permettre l'expression du cœur vivant dégagé des affres de la séparation, sans accuser, juger et condamner l'autre pour ses opinions et choix de vie ?

Dans le Monde de la sainteté il n’y a pas de médium ou mage, de grand initié en tablier, de prêtre en bure ou en soutane, porteurs de la croyance qu’ils sont les portiers du monde divin. Ceux-ci ne sont que les portiers de la porcherie humaine, la plus grande tromperie de tous les temps construite sur de la boucherie humaine. Elle se nomme religion, exotérique comme ésotérique, celle découlant de prétendus écrits et livres saints à l'initiative d'usurpateurs qui nous ont délibérément égaré sur le chemin du retour à notre Source.

Pour toute vérité, il n’y a que nous-même, avec notre capacité à vivre notre propre divinité intérieure. Il n’y a rien à l’extérieur, si ce n'est le reflet de notre intérieur. Nos pensées, sentiments et émotions traduisent nos conditionnements et croyances limitantes jusqu'au moment où, les ayant comprises et nettoyées, nous pouvons exprimer notre divinité dans toute sa lumière. Il ne nous est pas demandé de regarder béatement le " Ciel " dans l'espoir d'y trouver la réponse, mais de regarder en nous, dans notre cœur, afin de prendre contact avec la véritable source de vérité qui y a toujours été.

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