Comment anticiper le futur ?

L’observation attentive de l’être humain, et qui plus est du dirigeant, fait apparaitre une préoccupation principale, celle de vivre par avance l’avenir, tout au moins d’en percer le mystère et d’essayer de le forger au plus près de ses espérances. Il peut en découler un déséquilibre non négligeable, par un décentrage de sa relation au présent, et surtout une inquiétude latente peu propice à la sérénité et au calme intérieur.

Aujourd’hui, l’attitude rationnelle d’inspiration mécaniste est fondée sur la causalité. Elle consiste à croire que pour assurer l’avenir il faut faire des calculs et le planifier afin qu’il se réalise selon un cheminement logique et anticipatif dans lequel il est laissé le moins de place possible au hasard. Face aux aléas de la vie qui s’opposent inévitablement à nos plans, et plus fondamentalement, face à l’augmentation considérée comme inéluctable de l’entropie ou désordre de l’univers, le travail, l’effort, la résistance, la compétition et le jeu sont avancés comme des moyens permettant d’atteindre des objectifs. La maîtrise de son propre avenir par l’homme se justifie ainsi par une philosophie mécaniste de lutte ou de concurrence perpétuelle, largement confortée par la théorie prêtée à Darwin de l’évolution : lutter pour gagner ou se protéger, lutter contre la dégradation ou pour concourir afin de se hisser à un niveau d’intérêt personnel ou collectif restreint, censé apporter un état de mieux-être. Cette attitude est fondée sur une éducation dominée par le paradigme déterministe selon lequel notre futur est uniquement la conséquence de notre passé qui contiendrait également les causes de tous nos actes. Faute de mieux, cette attitude continue de s’imposer, et ce bien que le déterminisme matérialiste et le darwinisme soient totalement battus en brèche de nos jours. Inertie, suffisance et frilosité de la pensée obligent.

En l’état de la conscience humaine, limitée à un terrain d’expérimentation étroit et entravée par des illusions égocentrées, il semble difficile pour la plupart des êtres humains d’échapper à ce besoin. Aussi s’est développé tout un outillage d’aide à l’anticipation, et par là-même d’aide à la décision, laissant à penser que la maîtrise de la loi de cause à effet ouvrira favorablement les perspectives attendues.

On parlera alors plutôt de comportement dynamique et créateur d’énergie pour un avenir ouvert et pluriel (élaboration de scenarii et de leurs conséquences et effets potentiels), à défaut d’un futur qui par définition serait par essence unique et fermé, ne se révélant qu’au moment où il sera constaté, c’est-à-dire à l’échéance prévue de l’horizon fixé.

L’anticipation met en œuvre des processus cognitifs – le raisonnement nourri de notre intelligence, de notre expérience et de notre imagination – comme émotionnels (excitation, inquiétude...). Elle fait ainsi appel aussi bien à la raison qu’à l’intuition, à la logique issue de nos expériences et modèles qu’à l’imagination, à l’apparent conscient qu’à l’inconscient.

La difficulté principale vient de l’arbitrage à faire entre l’observation des expériences et situations connues, liées à notre passé et à notre présent vécu et sources de conformisme, et la projection faite qui suppose inévitablement la prise en compte et l’acceptation d’éléments et facteurs nouveaux liés à l’évolution permanente des choses, par définition non maîtrisés. Ce judicieux discernement suppose un subtil équilibre, qui ne peut que faire appel à une sagesse comme une confiance intérieures dégagées de l’agitation d’un mental se nourrissant de peurs comme d’illusions fantasmées ou chimériques issues de nos pulsions, nos complexes, nos blessures... Seule une profonde connaissance de soi pour écarter les sources polluantes car fortement prégnante peut y conduire, afin de concilier si tant est possible sérénité et efficacité.

Au-delà de cette maîtrise personnelle relevant de la psyché humaine et de ses outils & thérapies associés, l’art de l’anticipation s’appuie sur des outils d’optimisation relevant des sciences de gestion managériale, visant à collecter, organiser et mettre en perspective les éléments de l’avenir envisagé pour les personnes, les collectifs, les situations et les systèmes d’organisation concernés. Ils visent à brosser de façon exhaustive le panorama du plausible espéré quant à l’objet de l’anticipation, du plus certain au plus incertain, du plus déterminé au plus ouvert, afin de clarifier par le biais d’un questionnement d’exploration puis de validation les ressources personnelles comme contextuelles susceptibles d’être mobilisées, ainsi que de rassurer sur la prise en main des possibilités offertes. Ceci privilégie l’observation du présent, dont la probabilité qu’il perdure dans le futur projeté s’avère comme particulièrement significative, en l’état de nos certitudes. Si c’est effectivement une probabilité non négligeable, cela reste toutefois une probabilité.

Une échelle à six niveaux * en découle, d’un futur dit socle (intégrant les dimensions actuelles appelées à demeurer) à un futur libre, celui le plus susceptible de sourire au choix de l’audace dans tout son libre arbitre.

Reste que la liaison du présent au futur la plus simple à réaliser est que nos attitudes du moment présent permettent la réalisation de nos formes-pensées par la projection d’énergie que nous y mettons, tout comme nous donnions par le même procédé l’intensité à un résultat futur dans notre présent. Ce procédé d’hyper conduction énergétique à double sens, validé sur le plan scientifique (Cf. le célèbre attracteur du météorologue Edward Lorenz), permet aux évènements que nous vivons dans le présent et que nous vivrons dans le futur une sorte de magnétisme qui les attire vers une certaine destination finale *².

* Cf. Philippe Gabilliet, auteur de  " Savoir anticiper ", ESF Éditeur.

Le processus création décodé.

 

Vous avez aimé cet article ?
Alors partagez-le avec vos amis en cliquant sur le bouton.