Le nouvel ADN sociétal

Les publications en ligne font l'objet de constantes mises à jour et nouveaux enrichissements. Il va de soi qu'elles n'engagent que leur auteur dans le choix des sources et le fruit de ses imagination et réflexion.

Nous assistons depuis plusieurs années à la lente agonie, dans la douleur, d’un système qui se fissure et craque de toute part. Les mouvements contestataires se manifestent et se multiplient, déniant aux " élites " en place leur légitimité dans l’exercice ressenti et constaté de leur mandat, et refusant de payer le prix de " leur " crise. En dépit de ses soubresauts désespérés et des efforts de résistance de ses promoteurs et laudateurs, sa perte de crédibilité est telle qu’elle conduit à la mise en œuvre irréversible du changement sociétal profond en cours. Ce changement, c’est celui d’une culture occidentale construite autour du savoir collectif enseigné (prégnance du mental), du rationalisme scientifique, de la loi des marchés économiques. C'est le changement, espéré en tout cas par beaucoup, d'un paradigme économique, politique, social et culturel, le système " industriel " néoclassique et son corollaire financier dans lequel nous vivions jusqu’alors, pour l’émergence d’un nouveau système conjuguant Connaissance et Conscience, celles-ci étant étroitement inter reliées.

On ne peut mettre le vin nouveau dans les mêmes outres. Ou un modèle social est adopté dans son intégralité, ou, s'il supporte des biais, en acceptant certaines conditions et en omettant les autres, ne peut être opérationnel ! L’échec constaté du plan de relance sous perfusion du Traité sur l’Union européenne de Lisbonne entré en vigueur fin 2009 a démontré que vouloir apporter une réponse de nature industrielle à une économie changeant tous les jours de visage et profondément viciée dans ses fondements conduisait à l’impasse. Le post-industriel dans lequel nous sommes engagés ne peut être géré avec les mêmes outils, les mêmes méthodes, les mêmes visions et conceptions. Certes la peur profonde de perte d’identité nationale d’une grande partie des populations est un facteur sur lequel nombre de politiciens ont et continuent de jouer pour conserver leurs prébendes. Il n’est qu’à voir le résultat du référendum de la Grande Bretagne baptisé " Brexit ". Comment imaginer alors vaincre les réticences religieuses, les fanatismes idéologiques enracinés au plus profond de notre système neuronal, sans être pris de vertige ou de désespoir ? Comment surmonter les résistances chargées d'émotions aveuglantes et associées à des idéologies acquises dès l'enfance, face auxquelles n'importe quel argument pourtant logique suscite colère et haine incontrôlées ?

Pourtant, la création de l’identité mondiale est en cours, et il est illusoire d’imaginer le statuquo calé sur les vieux modèles comme le retour en arrière. Nul ni rien ne peut arrêter le mouvement de l’évolution de la conscience humaine, l’enjeu étant désormais la sauvegarde de notre bien commun, la planète.

Ce basculement en cours de civilisation, lié au changement d’outil de production, conduit et oblige à une nouvelle vision du monde. Le changement observé de courbe, d’échelle et de logique économique traduit le passage du local au global. Il marque également la fin d’un moteur, celui de la croissance quantitative propre à l’ère industrielle néoclassique, pour l’avènement d’une nouvelle énergie, la croissance qualitative propre à l’ère de la connaissance et des savoirs partagés. Il y a désormais urgence dans la nécessité à innover, non pas tant en culture " marché des affaires ", mais en politique, au sens noble du terme, c'est-à-dire par les armes de la conviction.

De la révolution robotique humanoïde

Avant et après. La date de rupture c’est globalement le nouveau siècle. L’an 2000, qui amorce le changement fondamental des usages, des comportements et des modes de fonctionnement, Internet n’étant qu’un outil ayant permis l’émergence de nouvelles entreprises, organisées et travaillant de façon totalement différente. Toutes les technologies de rupture mettant du temps à produire leurs effets, les années à venir vont désormais voir l'accélération de la " révolution robotique humanoïde ", soit le transfert progressif des capacités humaines dans la machine. Banque ou compagnie d'assurance, pharmacie, boutique, magasin ... tous ont un concurrent sur Internet qui fait leur métier beaucoup mieux, pour beaucoup moins cher, avec beaucoup plus de stocks, etc. Et bien sûr, c'est d'abord dans l'industrie où le nombre de robots dans l’industrie fait référence, la " densité de robotisation " étant en constante progression *.

 

Cette automatisation on line va entraîner derechef la perte de millions d'emplois qui ne pourront être compensés, quoi qu'en disent les relais inféodés aux monarques régnant, touchant presque tous les corps de métiers. Si d'aucuns parient sur les nouveaux métiers du web, ils resteront marginaux. Quant aux relocalisations espérées, elles seront limitées en termes d'emploi par l’automatisation permettant au coût de la main d’œuvre de devenir marginal et par la diminution des chaînes logistiques. Le chômage va de ce fait considérablement augmenter dans tous les pays occidentaux. Si c’est une bonne chose pour les " balances commerciales ", la précarisation entraînera une diminution des dépenses de consommation courantes et des tensions sociales à haut risque.  Ce n’est pas la fin du monde, mais la fin d’un monde, qui ne reviendra plus. Il pose la question de l'employabilité et de la résilience professionnelle d'un très grand nombre d'individus, et de la stabilité de la cohésion des peuples.

* La Corée du Sud est en tête avec un chiffre de 631 robots pour 10.000 emplois, la moyenne mondiale étant de 74 (les États-Unis se situent à 189, la Chine à 68, l’Allemagne à 309, Singapour à à 488, la France à 132 occupant la 18ème place). Plus de la moitié des robots industriels proviennent du Japon, principal fabricant avec 153 000 unités en 2016.

 

Redistribution des cartes

Prémices historiques

Le déclin de l'Empire romain sous les coups de boutoir des hordes Huns d'Attila (395/453) a inauguré il y a quelques deux millénaires la vision d'un monde désenchanté, qui remettait en cause les grandes certitudes spirituelles sur lesquelles s'étaient fondées les plus importantes civilisations de l'Antiquité. Dieu et les dieux commençaient à ressembler guère plus qu'à des idées vides et abstraites. Déjà sous l'Empire Byzantin, le cadrage dogmatique du christianisme initiatique primitif (ainsi le christianisme celtique) sous le règne de l'empereur Constantin (272/337) par l'Église romaine à travers l'évêque Eusèbe de Césarée en 325 lors du premier concile à Nicée (en Anatolie, soit la Turquie moderne), suivi de la fermeture des Écoles du mystère par l'empereur Théodose (347/395) et des dernières écoles de philosophie grecque par l’empereur Justinien (483/565), remplacèrent progressivement les certitudes spirituelles d'alors par les dures réalités politiques et économiques. Il fallait christianiser l'Empire, non par sincérité du converti, mais pour que Rome s'appuie sur une religion officielle forte qui détienne seule les clés du royaume de Dieu qui, s'étant d'après le dogme professé incarné dans le corps de l'homme Jésus, avait seul le pouvoir de libérer l'humanité du péché originel *. Pour sacraliser cet imperatum, le Pape, ayant pris la place du Christ, fut déclaré infaillible, et tout ce qui ne coïncidait pas avec la nouvelle théologie - tout particulièrement le concept de Trinité Père Fils et Saint-Esprit - fut déclaré hérétique *², comme la loi de perfectionnement de l'âme au cours de nombreuses incarnations*³. Désormais, au terme d'une minuscule existence au regard de l'éternité, par le biais d'une répartition aléatoire où certains cumulent les avantages et d'autres les inconvénients (lieu de naissance, attributs physiques et intellectuels, santé, milieu social...), où certains connaissent les règles du jeu alors que d'autres, notamment tous ceux ayant vécu pendant des millénaires sans, sont maintenus dans l'ignorance, le corps était détruit une fois pour toutes et l'âme jugée au bout d'un (très) long corridor d'attente...

Dogmes et superstitions faisant bon ménage dans une " Europe " en devenir analphabète, à l'exception des classes favorisées et du clergé, la vraie vie de la pensée se trouvait désormais dans le domaine de la science et de la technologie, dans les théories atomiques de Lucrèce *, dans les projets d'ingénierie comme les aqueducs, les systèmes de drainage et les milliers de kilomètres de routes qui fleurissaient partout. La capacité d'abstraction de la pensée, développée sous l'impulsion de Pythagore, de Confucius et de Socrate, pouvait désormais en Occident donner sa pleine mesure pour célébrer l'esprit naissant du matérialisme.

* Cf. L’Église romaine décodée.

Ainsi par exemple le " Testament des douze Patriarches " ou le " Livre d'Enoch ". 

*³ Cf. Le cheminement de l’Âme.

* Poète philosophe latin du Ier siècle av. J.-C.

Ce qui fait, en partie, le succès d'une religion, c'est son utilité dans le monde, c'est-à-dire son apport en bénéfices matériels. Ainsi la naissance de l’Islam en Orient au VI° siècle constitua une étape très importante pour l’évolution de l’humanité. En apprenant à contrôler et dominer par les interdits ses passions, à contenir ses pulsions et ses fantaisies, l’homme allait permettre de développer encore plus loin sa capacité de penser. L’association du monothéisme radical de Mahomet et de la méthodologie d'Aristote, déjà présente dans la pensée arabe, se répandit alors autour du globe, depuis l'Espagne jusqu'aux frontières de la Chine. Grâce à l’accroissement de leur capacité de penser longuement de manière abstraite et de jongler avec les concepts, les Arabes s'appropriaient de nouvelles idées et les répandaient, en puisant dans les apports du zoroastrisme, du bouddhisme, de l'hindouisme et de la science des Chinois. Ils commencèrent à fabriquer du papier, firent de grands progrès en astronomie et en astrologie, en médecine, en physique, en sciences naturelles, en mathématiques et en géométrie, et remplacèrent le système numérique romain par celui que nous utilisons encore aujourd’hui dans le monde. Si notre perception est que l'Europe du Moyen Âge a été assiégée par des musulmans barbares, les graines à la fois spirituelles et intellectuelles semées par l'apport * de l’Islam à cette époque, grâce à des centres universitaires comme Tolède et la Sicile, allaient, en germant, permettre de transformer à partir du XIII° siècle l'Europe et l'espèce humaine dans son ensemble. L’Europe avait désormais accès aux œuvres d’Aristote, de Ptolémée, de Gallien, d’Avicenne ou encore d’Averroès, et à l'influence de leurs fondements nourriciers.

Un autre " apport " religieux allait avoir un impact conséquent sur l'orchestration à venir des affaires du monde, la pratique de l’usure pour les juifs, alors interdite aux chrétiens. Même si les seuls usuriers à l’époque n'étaient pas tous juifs, loin s'en faut, les fondations de l'économie financière à venir allaient s'établir sur cette racine.

* L’influence de l'Islam était aussi présente dans les arabesques de l'architecture gothique, inspirées par les formes végétales et tortueuses des mosquées. La cathédrale de Chartres est ainsi à l'intersection du mysticisme islamique, de l'ancienne spiritualité celtique et du christianisme néoplatonicien.

C'est cependant à la fin du XV° siècle que la profusion des découvertes va conduire à la révolution scientifique et pousser les hommes à explorer le monde par les mers, l’espoir de trouver un Nouveau Monde se mêlant à l'espoir de voir surgir un nouvel âge d'or. Il donne un avantage conséquent aux Nations bénéficiant d'un accès maritime direct ainsi que d'infrastructures portuaires et de techniques de construction adéquates. A Gênes, un marin hors pair nommé Christophe Colomb (1451/1506) * s’apprête à entrer dans l’histoire, marquant définitivement la rupture entre le Moyen Age (du V° au XV° siècle) et les Temps Modernes (1492 à 1789) qui s’achèveront par la Révolution Française. L'or que l'on allait découvrir était d'un genre bien terrestre, éblouissant les consciences comme les âmes. Jamais l'émerveillement face au monde matériel n'avait été aussi fort, qui plus est à un moment où soufflait en Europe du Nord un vent de mécontentement, de contestation et d'impatience contre l’obéissance aveugle à l’Église catholique.

* Si les Amériques furent découvertes officiellement et soi-disant par hasard par l'explorateur Christophe Colomb, ces territoires furent explorés bien des fois des milliers d'années auparavant par des peuples comme les Phéniciens, les Nordiques, les Irlandais, les Gallois, les Bretons, les Basques et les Portugais. L'histoire non-officielle est celle d'une opération d'expansion et de prise de contrôle d'intérêts marchands et ecclésiastiques dûment orchestrée, qui allait déboucher sur un véritable génocide des indigènes (Aztèques, Incas, Mayas, Indiens ...). L’œuvre du philosophe anglais Francis Bacon (1561/1626), " La Nouvelle Atlantide " parue en 1607, en rend compte de manière codée. 

Les objets physiques devinrent alors très vite en Europe le nouveau critère de la réalité, situant désormais le débat philosophique entre l'idéalisme * et le matérialisme. Ce dernier avait pour lui de produire des résultats fiables, vérifiables, et des changements aux bénéfices tangibles, là où la religion avait fini par se perdre dans un enseignement privé de toute substance signifiante dans le vécu terrestre de l'être humain. Cette nouvelle compréhension du monde matériel et de son fonctionnement allait recouvrir le monde de métal, et définitivement le transformer en faisant naître notre société moderne occidentale perçue par ses homologues slave et orientale comme la représentation du rationalisme, du matérialisme, de la technologie asservissante et de l’absence d'esprit laissant trop souvent place à un humanisme vain et sentimental.

* Si l’aspect philosophique de l’idéalisme avait jusqu'alors sous-entendu que les idées issues de l'esprit étaient plus réelles que les objets, l'idéalisme tel qu'il a commencé à être entendu, tout particulièrement à partir du XIX° siècle et d'autant plus aujourd’hui, est assimilé au fait de vivre selon des idéaux élevés. Ainsi son courant baptisé " Romantisme " qui, à partir d'une musique, d'une littérature, d'une peinture, d'une sculpture, d'une musique et d'une poésie à forte intensité, cherche à donner sa pleine mesure aux sentiments galvanisant qui surgissent au plus profond de chaque être humain, soit la spontanéité et l'abandon de soi.

 

De la société industrielle et de services capitaliste…

Même si ses prémices européennes remontent aux abbayes cisterciennes du Moyen-Age, ayant par son fondateur Bernard de Clairvaux et la pratique du rituel propre à la vie monastique mis en route avec succès les activités de métallurgie, de textile et de commerce international, la société industrielle a à peine cent cinquante ans, soit une goutte d’eau à l’échelle de l’histoire des civilisations. Amorcée dans les esprits au dix-huitième siècle, elle est véritablement née dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle avec l'introduction thermique de l'énergie feu (aciéries, chemins de fer...), ce choix de la combustion constituant une véritable rupture avec la culture d'ingénierie à dominante hydraulique jusqu'alors en cours. Elle va déboucher par son mode de fonctionnement organisationnel sur la société capitaliste et ses différentes déclinaisons et variantes. Ses caractéristiques principales sont :

- La prévalence de l’outil de production, de la machine et des énergies fossiles (le pétrole en est le plus symbolique) sur l’humain, conduisant à une vision mécaniste et déterministe.

- La prédominance du quantitatif, soit le matérialisme et le consumérisme de biens produits " anarchiquement " en fonction de besoins sur-stimulés par un marché dont la survie dépend d'une consommation de masse et d'une croissance sans fin.

- La relation commerciale et la compétition comme moteur d’expansion.

- La propriété intellectuelle des brevets et concepts comme facteur de sécurité et de rétention.

- Les réseaux d’affaires sans contrepartie de services à la communauté.

- La distribution inéquitable des biens selon un principe poussant à la concentration des richesses par une minorité, les masses étant poussées à l'accumulation de biens inutiles voire nocifs, à obsolescence programmée et payés à crédit.

- La répartition de la valeur-ajoutée produite entre capital et travail.

- Un modèle financier basé sur le crédit, héritage des banquiers lombards, traduisant dans son essence profonde la peur de l'avenir, et levier d'une dynamique spéculative.

Il en découle un modèle social coupé en deux, avec un balancier soit à fond du côté de l'individu, espèce de darwinisme social prônant l'individualisme, la loi du plus fort et la compétition à outrance, soit de l'autre du côté de systèmes " socialisants " qui nient les besoins de liberté et d'accomplissement individuel.

Même s’il a indéniablement bien réussi en apparence, ce paradigme est en train de perdre sa légitimité auprès d’une part sans cesse croissante de l’opinion comme de ses acteurs, car la distribution inégale des ressources (dont la nourriture), des revenus et des richesses au niveau planétaire (20 % des humains s'approprient 86 % des ressources de la planète) est source d’insécurité, de par l’hostilité générée, la misère constatée, les jalousies provoquées, et la menace induite d’éventuelles guerres de redistribution compte-tenu des pénuries. Le Nord opulent participe à ce festin indécent qui voit les populations misérables du Sud emprisonnées dans un engrenage de privations, sources de pauvreté, d'analphabétisme et de taux de natalité élevés.

Si elle a indubitablement permis un boom sans précédent dans l’élévation du confort de vie, l’innovation, l’ouverture transfrontières, une forme de bien-être, la société industrielle a singulièrement puisé sans vergogne dans les ressources de la planète et provoqué nombre de prédations dont le bilan apparaît particulièrement salé : injustices et inégalités sociales ; déséquilibres démographiques ; bouleversements climatiques ; tiers-mondialisation en Europe (Cf. Grèce) ; spoliation environnementale et dégradation de l’environnement local, tout particulièrement par les coupes forestières (besoin extravagant d'emballage) ; extinction de masse d’espèces vivantes et disparition des oiseaux et abeilles (quinze millions depuis le début du XX° siècle) ; épuisement des ressources ; océans moribonds par le manque accru de poissons, de dauphins, de plancton, l’accumulation de déchets et d’excréments et la croissance des algues mortelles (marée rouge) ; prévalence de substances dangereuses ; pollution de l’air, tout particulièrement par les chlorofluorocarbones (CFC) des bombes atomiques, quatre fois plus lourds que l’air ; pollution de l'eau * ; état de la couche d’ozone et augmentation des cancers de la peau ; effet de serre sur la calotte glaciaire… Le champ magnétique de la Terre s'affaiblit, nos pôles magnétiques se déplaçant à raison de quarante kilomètres par, de sorte que les baleines et les oiseaux dévient de leur trajectoire. Notre monde moderne est bombardé de pollution électrique artificielle émanant de nos téléphones portables, de nos téléviseurs, de nos ordinateurs, de nos récepteurs satellites, de nos émetteurs et d'une foule d'appareils électroniques. Qui peut décemment contester hors lobbies accrédités que les champs électriques mobiles sont nocifs, avec son cortège de maladies - cancers, migraines, insomnies, dépressions... ?

*D’après les estimations de l’OMS, l’eau potable contaminée cause chaque année plus de 500.000 décès provoqués par la diarrhée, exposant près de deux milliards de personnes dans le monde à contracter le choléra, la dysenterie, la typhoïde et la polio .

Une relation à la santé dégradée

Selon une grande étude qui vient d’être publiée par Public Health England, l’agence chargée de la santé publique, et l’université d’Oxford, 80 % des Anglais d’âge moyen (40-60 ans) sont en surpoids, inactifs ou alcooliques.  En cause, le poids des soucis liés aux enfants, à leurs parents âgés ou à leur travail ...  Ils sont 83 % à avoir de mauvaises habitudes de vie. Ainsi 77 % des hommes et 63 % des femmes sont en surpoids, et un tiers de cette population est classée comme obèse. " Ces gens d’âge moyen sont tellement absorbés par leurs soucis quotidiens que prendre soin de leur santé est devenue la dernière de leurs priorités ", explique le professeur Kevin Fenton, directeur de l’étude.  Beaucoup sont en manque de sommeil et ont tendance à compenser par la nourriture et par l’alcool.  Le nombre de personnes obèses entre 40 et 60 ans a augmenté de 50 % par rapport à 1996. Le travail de bureau, immobile derrière un ordinateur, s’est imposé à la plus grande partie de la population.

L'exemple catastrophique anglo-saxon, en phase avec l'état constaté au sein de sa grande sœur américaine, n'est pas spécifique. La France comme tous les autres pays européens est aussi sur la mauvaise pente.  Selon une étude publiée le mardi 25 octobre 2016 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, un Français sur deux est considéré comme " trop gras, trop gros ".  Ce nombre a été multiplié par huit par rapport à 1980, où seuls 6,1 % des Français étaient en excès de poids. Il a encore progressé de 76 % entre 1997 et 2012, soit plus vite encore qu’en Angleterre. Les conséquences inévitables attendues se nomment diabète, hypertension, arthrose (le surpoids abîme les articulations), maladies cardio-vasculaires.

Contamination plastique des océans

Jusqu’à 1.200 tonnes de fragments plastiques provenant d’Europe de l’Ouest et des États-Unis contaminent la surface de l’océan. Au-delà des grandes zones d’accumulation connues, en Méditerranée et au cœur des cinq océans – Atlantique nord, Atlantique sud, Pacifique nord, Pacifique sud, océan Indien –, une nouvelle zone d’accumulation est désormais établie dans l’océan Arctique, très loin des grandes sources de rejet de plastique en mer, plus particulièrement en mer du Groenland et en mer de Barents. Dans certaines zones, on ramasse jusqu’à " plusieurs centaines de milliers de débris par kilomètre carré ", écrivent les chercheurs, qui fondent leur analyse sur les relevés effectués par la goélette Tara. La quantité totale de débris découverte demeure toutefois marginale par rapport à ce qui pollue la Méditerranée et les gyres océaniques. Dans l’océan glacial, les chercheurs estiment la quantité totale de fragments entre 100 tonnes et 1.200 tonnes. Et ce, alors que leur masse totale, à l’échelle des océans du globe, est généralement évaluée entre quelques dizaines de milliers de tonnes et plus de 200 000 tonnes – là encore avec une grande marge d’erreur.

En outre, la contamination des eaux de surface de l’Arctique, zone à la fois biologiquement très productive et d’une grande fragilité car tous les stress qu’elle subit s’ajoutent au changement climatique, n’est sans doute que la partie émergée du problème. Une part, pour l’heure impossible à chiffrer, a coulé et gît sans doute sur le plancher océanique. De fait, les débris flottant sur l’océan ne représentent qu’une minuscule fraction, inférieure à 1 %, de la masse totale de plastique introduite dans les mers du globe. Où se trouve cette matière manquante ? A-t-elle coulé au fond des mers ? Est-elle stockée dans la chaîne alimentaire ? Est-elle présente en trop petits fragments pour être ramassée dans les filets des missions d’échantillonnage ? A-t-elle été dégradée par des communautés bactériennes ? Ces multiples questions demeurent largement ouvertes.

Richesse virtuelle et richesse réelle

Les riches ne cessent année après année de devenir de plus en plus riches. Selon le dernier classement Bloomberg, la fortune des 500 personnes les plus riches du monde a progressé de 237 milliards de dollars en 2016 pour atteindre le chiffre de 4,427 milliards de dollars (+ 5,7 % en un an), soit un gain moyen de 474 millions par personne. Les classes moyennes ne peuvent pas en dire autant, et aux États-Unis, le nombre de bénéficiaires de bons alimentaires approche les 50 millions, soit un quasi doublement par rapport à avant la crise de 2008. Pourquoi une telle distorsion ? Le réflexe pavlovien de " faire payer les riches" ne mène à rien (redistribuer l'intégralité de ces 237 milliards aux classes moyennes mondiales représenterait une goutte d'eau pour chaque famille), et surtout il masque le vrai problème.

Les plus riches se sont enrichis essentiellement parce que leur fortune est sous forme d'actions et que les marchés boursiers ont bien progressé en 2016. Voici la raison essentielle de cet enrichissement. Mais cette hausse des actions doit peu aux performances réelles des entreprises (sinon les classes moyennes en auraient aussi profité) et doit par contre beaucoup aux plans des banques centrales (la " Fed " US, la BCE ...). Une grande partie de cet argent " gratuit " (à taux zéro) se retrouve sur les marchés actions qui ne peuvent que monter. Plus précisément, l'argent est à taux zéro pour les banques qui se refinancent auprès de leur banque centrale, pas pour la famille et l'entreprise qui veulent emprunter, eux payant bien sûr plein tarif à leur banque.

C'est ce qui s'appelle l'effet " Cantillon ", du nom de cet économiste irlandais du XVIIIe siècle qui découvrit le premier le phénomène. C'est devenu un concept clé de l’École libérale autrichienne, dont l'effet pervers - la création d'un " effet richesse " artificiel pour les plus riches sans que les revenus des classes moyennes ne s'améliorent - ne cesse d'être dénoncé.

Cette richesse largement artificielle est le produit d'une bulle, en l'occurrence une bulle sur le marché actions. Elle risque fort de s'évanouir en cas de retournement...

Ce paradigme industriel et technologique, en vertu de sa logique matérialiste, consumériste, mécaniste, productiviste et déterministe, centré sur la machine, l’énergie fossile et le virtuel financier spéculatif, avec ses valeurs affichées ou suggérées principalement d’ordre économique et financier, s’est vu incapable d’imaginer un monde soutenable dans sa complexité, et de susciter un consensus sur sa signification ultime. Il a abouti par sa bien petite science superficielle, limitée et précaire, à une instrumentalisation de l'homme, à partir d’une division artificielle et émotionnelle entre conservateurs et progressistes, étatistes et libéraux, montagnards et girondins, jacobins et fédéraux, droite et gauche… relayée par des mass médias peu à même d’en proposer le décodage et les clés de sortie dans leur programmation éditoriale.

L’économie financière, avec toute ses dérives normatives, procédurières et contraignantes, a fini par détruire, non seulement la croissance et l'innovation, mais tout autant et bien d'abord les personnes par l'indexation du comportement vertueux sur la seule consommation économique. Les banques sont devenues les nouveaux temples de nos temps actuels, gardiennes des valeurs les plus précieuses de la société, avec les mêmes colonnades pour leurs états-majors au cœur des cités, et surtout avec le même pouvoir d’excommunication. Le billet de banque est désormais l’image sainte vénérée par les foules païennes, procurant l’énergie vitale à la " consumation " de leurs désirs.

La prééminence du sentiment personnel dans l’appréhension de la réalité a conduit à considérer de façon partisane que tout et chacun valent par un prix. Nos psychismes, insidieusement formatés par l’éducation, l’ambiance culturelle, les médias, l’opinion commune, ont été conduits à avoir comme but principal de consommer un maximum, même si cela ne peut nous rendre plus heureux. La valeur d'une personne est évaluée en fonction de sa valeur économique, et la relation que l'humanité entretient avec la nature est essentiellement fondée sur l'exploitation. Plus il y a de produits économiques disponibles, plus l'économie et par la-même la société est considérée en bonne santé, permettant de créer des emplois et de générer du pouvoir d'achat assurant un marché efficace qui écoule tous les produits économiques ! Voici l'équation délétère dans laquelle nous nous sommes enfermés, qui, plutôt que d'encourager le développement humain, asservit l'homme dans la célébration de ce veau d'or indigeste.

La dérive " survivaliste " des élites

Bien que se moquant en apparence des thèses conspirationnistes et complotistes qui fleurissent tout particulièrement sur Internet et les réseaux sociaux, nombre de milliardaires et autres membres de la caste dite élitaire ne pensent qu'à une seule chose : où se réfugier au cas où cela tournerait mal si jamais advenait l'apocalypse, qu'elle soit nucléaire, climatique ou surtout sociale et politique. Ils sont devenus adeptes du " survivalisme ", mouvement consistant à se préparer à survivre à la fin de la civilisation. Le très sérieux magazine The New Yorker y a d'ailleurs consacré un dossier *, repris par d'autres publications à travers le monde. Leur seule obsession est de se préparer au pire, compte-tenu des faits observés :  forte montée des nationalismes, radicalisation intégriste, volonté de dégagisme des élites en place, risque de conflit nucléaire, réchauffement et perturbations climatiques, insécurité... Beaucoup consacrent leur temps et leur argent à se bâtir un refuge bunkérisé, inviolable, tout particulièrement dans des endroits reculés ou isolés (ile déserte, Nouvelle-Zélande...), et équipé comme il se doit en énergie solaire, vivres, armes et munitions. Mais la cause principale des tourments de ces " preppers " est la conscience très vive qu'ils ont des inégalités extrêmes, en particulier aux États-Unis, phare du capitalisme libéral mondial.

Le paradoxe de ce mouvement survivaliste, c'est que plutôt que de proposer de faire quelque chose pour résoudre la question des inégalités et donc éloigner au moins le risque d'explosion sociale, la seule réponse envisagée est de se protéger individuellement, non de remettre en cause leur avidité prédatrice sans limites. Ce cynisme traduit l'immaturité de leur conscience, confinant à l'illusion de la fausse sécurité extérieure achetée à prix d'or.

* Cf. article " Doomsday prep for the super-rich " par Evan Osnos.

Comment s'étonner que nous traitions la terre et les créatures qui la peuplent comme des ressources devant être mises au service de l'économie, et que nous considérions de manière admirative le contrôle que nous exerçons sur la nature par la technologie comme une des réalisations les plus remarquables de la société moderne ? Or, au même titre que les cellules d'un corps humain ne pourront rester longtemps saines si le corps et l'esprit qui les abritent sont malades, le corps ne restera pas en bonne santé si toutes ses cellules sont en compétition incessante entre elles. La société, le corps social, est un véritable être vivant qui a ses propres règles homéostatiques. Elles ne doivent simplement pas être ignorées, sous peine de générer de la souffrance pour tous les individus qui la composent.

 

… à la société de conscience et de connaissance

La société dite post-industrielle ou post-capitaliste conjugue deux grandes caractéristiques entremêlées. D’une part l’émergence dans la deuxième partie du vingtième siècle des nouvelles technologies dites de l’information et de la communication, basées sur l’ordinateur et le réseau, et qui vont connaître depuis une croissance exponentielle et déferlante dans la production de biens et de services. D’autre part, la montée en puissance d’une conscience éthique quant à la responsabilité première de l’être humain dans sa relation à la planète, à lui-même et aux autres. C'est une brèche ouverte dans une culture moderne qui n'accordait jusqu'alors aucune réalité à l'expérience intérieure et aux valeurs transcendantales dans l'organisation du fonctionnement de la société et le comportement social.

Ses principaux marqueurs sont :

- La prévalence de l’humain comme producteur de la connaissance.

- La prédominance du qualitatif et des acquis immatériels.

- La distribution raisonnable et équitable des biens, dans un but fonctionnel pour une population éduquée et dont le nombre reste raisonnable et stable.

- La valeur-ajoutée est la connaissance appliquée à la connaissance pour produire de nouvelles connaissances.

- Le capital humain est l’outil humain en réseau. Comme la connaissance ne peut être vendue au prétexte de sa rareté ou qu’il n’y en a plus, la relation commerciale se transforme en échange et en coopération.

- La dissolution de la notion de propriété intellectuelle, entraînant la nécessité d’inventer de nouveaux modèles plus ouverts et partagés.

- L'équilibre entre l'épanouissement de l'individu et le service à la communauté, soit un réseau social sain.

- La monnaie virtuelle, non bancaire, nouvelle façon de commercer en se protégeant de la fragilité de la monnaie de référence – le dollar –, en ne s’adossant pas à une puissance dominante, et en s’extrayant du risque lié à l’évolution incertaine des marchés financiers.

C’est un net changement de manière de faire, qui passe par un choix. Celui d’un mode relationnel et d’un management des affaires comme des personnes authentiquement plus humain, ou celui de la tentation de continuer à manipuler le cerveau humain pour parvenir à ses fins, celles qui visent à rationaliser économiquement la connaissance pour conduire à l'industrie de la connaissance, soit la préservation des valeurs matérialistes. Comme d’habitude, l’homme a son libre arbitre entre deux voies…

 

Nouvelle culture

Nous nous trouvons une fois encore à un moment déterminant de l’histoire, moment où l’humanité doit décider de son avenir. Dans ce monde de plus en plus interdépendant et fragile, le futur est à la fois très inquiétant * et très prometteur si un réel changement de conscience s'opère. Pour évoluer, nous devons reconnaître qu’au milieu de cette grande diversité de cultures et de formes de vie, nous formons une seule humanité, une seule communauté terrestre partageant une destinée commune. Il est de notre devoir d'unir nos intelligences et efforts pour donner naissance à un vécu mondial fondé sur le respect de la nature, les droits universels de l’être humain, la justice économique, la culture de la paix. C'est notre responsabilité que de l'affirmer les uns envers les autres et envers les générations futures.

* Cf. Prophétie du changement.

La croissance qualitative devient l’enjeu

          L'énergie Feu               

          L'énergie Eau    

Nous sommes entrés dans une nouvelle époque, comme souvent par une crise profonde et désagréable. Nul ne peut contester que l’humanité dans son état de (in)conscience soit la principale cause de modification de l'équilibre de la planète. L’intervalle de temps très réduit constitué par le capitalisme industriel à base de thermodynamique, l’énergie du feu, a bousculé comme jamais auparavant l’équilibre d’un écosystème accompagné depuis l’ère romaine sur le plan ingénierie selon le paradigme vitruvien * de l’hydraulique. Soit l’énergie de l’eau, inverse du feu dans ses paramètres de calme et de douceur.

* Marcus Vitruvius Pollio, connu sous le nom de Vitruve, est un architecte romain qui vécut au Ier siècle av. J.-C. C'est de son traité, De Architectura, que nous vient l’essentiel des connaissances sur les techniques de construction de l'Antiquité classique. Il constitue la base d'une grande partie de ce que nous savons sur la technologie romaine (aqueducs, habitat, machines de guerre), fondée sur l’énergie eau.


Basé sur l’extraction coûteuse et l’exploitation des gisements de ressources énergétiques, minérales et minières non renouvelables jusqu'à leur épuisement, et ayant érigé par le combustible fossile le culte de la puissance exponentielle du moteur, soit la vitesse et l’accélération permanentes, le capitalisme industriel et financier a imposé son modèle, tout particulièrement à partir de la militarisation, de ses drames et conflits, et du passage dans le civil des ingénieurs formés initialement dans le système militaire. Il a conduit à un profond déséquilibre de l’écosystème par son système principalement construit autour de l'énergie pétrole, par la  surchauffe de sa croissance, par ses dépenses extravagantes d'emballage et de publicité, par une consommation fondée sur le gaspillage (Cf. grande distribution), par la boulimie énergétique du secteur des transports et de la production alimentaire, par la robotisation de l’homme, par sa modélisation culturelle imposée (Cf. Chine), et par la constitution de villes mégalopoles qui s'avèrent être un piège thermodynamique majeur. Il y a bien plus d'énergie fossile que d'énergie solaire dans la nourriture que l'on nous sert. En d'autres termes, il n'a fait qu'illustrer le principe d'entropie, soit de dissolution, propre à la thermodynamique comme à tout élément constitutif du vivant et de son fonctionnement.

Son modèle est en effet bâti sur l’idée culte du taux de croissance à l’infini, démographique comme économique, transfrontières, ce qui a conduit à une société mondialisée faisant du progrès économique et technologique une religion, avec le mythe laïc d'un temps linéaire totalement inverse à la conception cyclique du temps des traditions qui nous ont précédé. C’est oublier que tout dans l’Univers et la nature est cyclique, l’écosystème comme les civilisations, qui fonctionnent sur une architecture en boucle, répétable à l’infini. Ainsi, le système économique actuel s'approche inéluctablement de son terme, tout comme la Tour de Babel a marqué la fin brutale du rêve fou, de l’illusion de la toute-puissance de l’homme. Il a transformé la planète en une gigantesque machine composée de sous-systèmes étroitement imbriqués et interdépendants, attentatoire au bon équilibre du couple énergie-matière constitutif de l'Univers. Cette machine, nous le savons maintenant, est extrêmement vulnérable, ce qui lui confère un avenir des plus incertains.

En effet, autant dans les sociétés traditionnelles * le rapport à la Nature est enchanté, celle-ci étant un organisme vivant et non une collection d’objets disparates, autant dans nos sociétés contemporaines la culture se trouve prisonnière de valeurs marchandes et d’un rationalisme fermé. Qui plus est, son abondance d'apparence masque de nouvelles formes de pénurie - ressources naturelles, eau, air frais, terres arables, capacités d'absorption des déchets -, découlant en partie du type de technologies utilisées : combustibles fossiles, matières non biodégradables, toxicité de produits chimiques, engrais artificiels et pesticides. 

* Ainsi la conception celtique de l’Antiquité, de l’Irlande à la Bretagne, est la dimension cosmique de la vie des humains qui n’a de sens que dans sa relation intime avec la vie du Ciel et de la Terre. Cette dimension, lieu des esprits et pas uniquement des dieux et des déesses, fut l’un des motifs essentiels de la répression chrétienne-romaine contre ces anciennes cultures par le biais d’une théologie tournant résolument le dos à la Nature.

Aussi ce mode de production associé au bilan écologique établi et à la prise de conscience en découlant conduisent désormais à l’indispensable changement de la culture économique, en tout cas à la fin de sa dictature dans un fonctionnement sociétal où les économistes ont remplacé les prêtres. Si un débat fait rage entre d'une part les partisans de la décroissance et d'autre part les soutiens au nécessaire moteur qu’est la croissance, tout particulièrement politiques pour avoir bâti toute leur programmation idéologique sur cet axiome, l’apport d’une nouvelle catégorie d’experts - géologues, historiens de la terre, penseurs de la planète – s’avère être précieuse pour tracer les nouveaux contours de notre mieux vivre ensemble à travers l’émergence d'une conscience écologique, environnementale. Nouvelle perspective sociale, cette écologie de la pensée * peut grandement aider au dépassement de cette logique mercantile qui disqualifie l’Imaginaire, la poésie, la spiritualité, et permettre la redécouverte des composantes de la mémoire culturelle en harmonie avec la Nature vivante. 

* Cf. Travaux de l'anthropologue et psychologue états-unien Grégory Bateson (1904/1980) ; notion d'" ecosophia ", d’une sagesse écologique, de Félix Guattari, psychanalyste et philosophe français (1930/1992).

Les graves dysfonctionnements constatés du système économique, tel qu'il existe dans la civilisation occidentale depuis la création du système bancaire au début de la révolution industrielle, deviennent désormais une réalité pour le quasi ensemble de la population. Elle en ressent dans la vie quotidienne les effets pervers, liés à l'informatisation de la finance et à la mondialisation de l'économie.

Des économistes, qui pourtant ont été les tenants de ce système, commencent à reconnaître qu'il est à bout de souffle et qu'il faut lui substituer un autre mécanisme.

Les lois de la physique s'appliquant à tout ce qui existe, au monde inanimé comme au monde animé, aux activités humaines et par-là même à l'économie, c’est la raison pour laquelle un système économique, pour fonctionner de manière optimale et durable, doit être défini de façon cohérente avec les lois de la nature, c'est-à-dire les lois de la physique. C'est ce qui définit l'économie scientifique *. A cette réalité qu’est la Nature et au pragmatisme de la vie que permet la physique se rajoute la conscience, soit l’éthique sur laquelle se fonde toute civilisation dite évoluée. Encore faut-il que chacun soit parfaitement sensibilisé à la chose... Alors seulement l’énergie d’amour peut magnifier le vivant dans toute sa diversité, et œuvrer pour le meilleur dans ses choix et ses volontés... Une économie scientifique ne peut l'être sans conscience.

* Ses bases ont été exprimées par le physicien anglais Frederick Soddy  (1877/1956) dans sa publication de 1926 " Wealth, Virtual Wealth and Debt ".

L’économie scientifique

Elle part du principe évident qu'aucune vie sociale commune non conflictuelle ne peut être envisagée entre des individus qui ne partageraient pas ce postulat. A partir de là, le rôle fondamental du système économique est de créer et de distribuer de la richesse de manière optimale pour le bien-être de l'ensemble de la population actuelle et sans nuire aux générations futures. Pour ce faire, il respecte les règles physiques de circulation de l’énergie propres à toute activité. Comme une machine a besoin d'énergie pour fonctionner (combustible, électricité), de même un humain, pour vivre et penser, a besoin de l'énergie que lui apportent les produits alimentaires qu'il consomme.

Alors que la même monnaie peut circuler indéfiniment dans le système économique véhiculant à chaque rotation de la nouvelle richesse (biens et services), l'énergie ne peut être consommée qu'une fois. Par exemple, les gaz d'échappement d'un moteur de voiture ne pourront plus jamais redevenir spontanément du carburant.

Le paramètre qui permet de rendre compte du caractère irréversible du processus économique, du fait que celui-ci a besoin de consommer des ressources de richesse-énergie disponibles qui ne sont pas illimitées, ce n'est donc pas la monnaie, mais l'énergie.

Un modèle d'économie scientifique s'intéresse ainsi à la vraie richesse, la richesse-énergie véhiculée par les processus de consommation ainsi que de création de nouvelles richesses futures (investissements productifs). Les opérations financières spéculatives ne créent aucune richesse, les gains ainsi obtenus par certains, d'autres les ont perdus. La dette n'est qu'une création de l'esprit humain et ne contient ni ne véhicule aucune énergie. C'est une quantité fictive, négative. La monnaie est une richesse pour son propriétaire, mais une dette (sans intérêt) pour la communauté monétaire. Elle représente la quantité de richesse que la communauté doit fournir sur demande au propriétaire de la monnaie, conformément au pouvoir d'achat de cette monnaie au moment de la demande.

Il est indéniable que ce n'est pas la croissance qui pollue. C'est la production, dans ses modalités conduisant à sa démesure, et la dictature du système qui la soutient, où marketing et publicité dédiées au tout consumérisme imposent leur tempo. Il en découle naturellement deux conséquences. D’une part, le changement de sa nature, par les indispensables innovation et investissement dans les technologies dites "vertes", moins énergétiques, sans tomber dans l’illusion d’un capitalisme "vert" vertueux. D’autre part un comportement de tous les acteurs, producteurs comme consommateurs, privilégiant la qualité à la quantité. Cela induit la primauté de la culture sur l’économie, et une façon de vivre, de penser et d’agir fondée sur la sobriété, la frugalité et le partage du gâteau par des expérimentations collectives. Autant dire une gigantesque cure de désintoxication pour la grande majorité des institutions et des individus.

La société de la connaissance a pour leitmotiv la qualité dans ses différents aspects : qualité de vie, de l’information, du produit, du service, de la relation avec les clients et les fournisseurs, de l’environnement, de l’humain, de la relation avec d'autres cultures, de la relation avec soi-même... La qualité des connaissances est déterminante, à partir des valeurs éternelles de la sagesse humaine, l'altruisme, le courage et la vertu, afin de garantir des actions efficaces pour le bien commun.

Le système de production de la connaissance diffère ainsi fondamentalement du vieux système industriel. La consommation de la connaissance ne détruit pas cette dernière, au contraire de l'utilisation des biens tangibles. Si le système industriel requiert une croissance continue des quantités produites pour perdurer, ce qui conduit au final à l'effondrement de l'humanité par indigestion du trop-plein, la société de la connaissance produit des biens immatériels et se focalise sur la croissance qualitative et éthique, gage de pérennité et de responsabilité collective. Pour un retour aux principes de base et au respect de la Terre, à l'harmonie avec la nature. Car l’humanité fait partie d’un vaste univers en évolution où la Terre, notre foyer, fournit les conditions essentielles à l’évolution de la vie. Aussi la préservation de la communauté du vivant et le bien-être de l’humanité dépendent de la préservation d’une biosphère saine comprenant tous ses systèmes écologiques : une riche variété de plantes et d’animaux, la fertilité de la terre, la pureté de l’air et de l’eau. La nature entière est une extériorisation de la vie intérieure, et c'est pourquoi nous assistons tant à un mouvement de retrait des espèces en voie d’extinction. En perdant son environnement végétal, l’homme perd aussi sa conscience. L’environnement de notre planète, y compris ses ressources limitées, est une préoccupation commune à tous les peuples de la Terre. La protection de la vitalité, de la diversité ainsi que de la beauté de la Terre est une responsabilité sacrée.

 

Le culte de la non-violence

Ni la laïcité, assise sur son matérialisme athée, ni une religion "révélée" assise sur son dogme fondateur désuet, dépouillée de son mysticisme originel et non émancipée de la hiérarchie du pouvoir, n’apparaissent en mesure d’apporter les réponses salvatrices car adéquates. La pensée dominante est cadenassée dans une illusion d’objectivité matérialiste qui finit par justifier, faute de mieux, toutes les dérives mentales de notre société : individualisme de nature égoïste, compétition, loi du plus fort, négation du sens sacré, déni du libre arbitre, réduction de l’esprit au cerveau, réduction de l’amour au plaisir, consumérisme, nihilisme, manipulations et pathologies en tout genre… Nous continuons à accepter par exemple que la femme soit représentée dans les médias comme un objet de désir ou de soumission, et que celle-ci se conforme à cette norme pour rentrer dans le moule.

Au nom de la raison objective et de ses lois qui gouvernent le monde physique, l’être humain s’est vu amputer d’une partie essentielle de son pouvoir de créateur, la compréhension des forces de l’esprit, autrement dit la capacité à se servir de son propre entendement des lois de l’univers pour donner un sens au déroulé de sa vie.

En réponse, la société de la connaissance et de la conscience a pour processus de fonctionnement la transformation permanente de données en information, puis de l'information en connaissance. Cette connaissance, une fois intégrée, se transforme naturellement en sagesse, c'est-à-dire en changements des comportements, pour le bénéfice de soi-même et d'autrui. Ainsi la non-violence devient une nécessité impérative de la préservation de la planète. Les grands penseurs de la bonne marche du monde ne sont plus Sun Tzu avec L’Art de la Guerre *, Clausewitz avec De la Guerre ou Machiavel avec Le Prince. La charge de la preuve légitime de son action repose désormais sur le guerrier, les États et gouvernements dans leur course à l'armement et aux armes de destruction massive comme les foules et les personnes dans leurs différents comportements prédateurs.

Ce changement du référentiel guerrier inoculé profondément jusqu’alors dans l’esprit humain conduit à l’inévitable transformation du clivage entre gauche et droite, progressistes et conservateurs, compte-tenu de l’inexorable désengagement des citoyens quant à l’impasse ontologique de ces oppositions. La mondialisation véhicule dans la conscience de nouveaux tempéraments culturels. L’homme blanc n’est plus le modèle incontournable dans l’organisation et l’animation du modèle économique, voyant l’homme africain, indien et asiatique amener à l’édifice leurs spécificité et sensibilité. Bien plus que l’économie, la culture, soit la connaissance, est ainsi devenue essentielle pour l’élaboration de ce nouveau monde à l’ADN pacifié, plus ouvert, davantage métissé et fonctionnant en réseau. Les États Unis du Monde sont en marche, nonobstant les résistances farouches des retardataires de l'évolution, qui voient le brassage culturel enrichir par leurs spécificités l'hymne à la diversité.

* La guerre n'est pas un art, c'est une psychose. Tout comme parler de " guerre sainte " constitue un oxymoron. L'écoute attentive de la parole publique exprimée ou rédigée permet de décoder l'état de conscience de ses auteurs...

L'enseignement de la biologie et de la physique

Il n'existe pas de formules magiques pour transformer une société en plein processus évolutif ou provoquer une mutation touchant simultanément tous les partisans et composants du réseau social concerné. Les mutations biologiques sont provoquées sur les chaînes de nucléotides, molécules organiques qui sont l'élément de base d'un acide nucléique tel que l'ADN ou l'ARN *. Ceci se fait par impact d'unités quantiques de haute énergie sur le génome, et aussi en suivant les modèles d'acceptation ou de rejet contrôlés par l'information contenue dans le champ morphique collectif qui les caractérise. Ceci veut dire que l'évolution des êtres organiques se règle par des mécanismes d'autocontrôle orienté, autrement dit le contenu de leur âme collective, somme des données obtenues par leurs organes sensoriels et traitées par leurs cerveaux respectifs. C'est cette masse considérable de données qui interagit sur les mécanismes évolutifs pour améliorer l'espèce. Cette information ne produit pas par elle-même une mutation favorable, mais agit sur la chaîne d'atomes concernés, freinant ou facilitant selon les cas l'agent mutagénétique. La tendance est cependant génératrice d'êtres/individus plus bénéficiaires dans leur conformation organique, pouvant accumuler une meilleure information de leur cadre cosmologique, l'intégrant dans leur champ collectif qui, à son tour, rectifiera les futures mutations.

Pour les êtres humains, c'est un processus (très) lent dans le temps, l'encéphale du cerveau conservant un excès de zones réticulaires nerveuses remontant à l'animalité, aux ancêtres primitifs sauvages. Ceci veut dire que, quels que soient les beaux discours et les modèles d'évolution proposés, une grande partie de l'humanité jouit encore de torturer des êtres sans défense, de tuer pour des raisons idéologiques, économiques, ou par pur plaisir psychopathologique.

Aussi la seule action efficace est la prise de conscience à partir des bases rationnelles de la biologie et de la cosmologie, afin d'adopter des modèles moraux de solidarité avec la souffrance des autres hommes ; de comprendre les schémas mentaux de ses interlocuteurs ; de transférer l'information par le dialogue et par le contraste des opinions scientifiques, idéologiques et technologiques, sans se référer à des modèles préétablis de caractère dogmatique ; de dénoncer l'injustice partout où elle se produit ; d'exalter celles et ceux qui se distinguent par leur intégrité éthique. Cette contribution à l'enrichissement du patrimoine de la conscience collective terrestre est la clé de sa mutation réussie.

* Cf. Évolution de civilisation 1 pour l'ADN. L'ARN, soit l'acide ribonucléique, est présente chez pratiquement tous les êtres vivants. Les cellules utilisent en particulier l'ARN comme un support intermédiaire des gènes pour synthétiser les protéines dont elles ont besoin.

 

La nouvelle relation au sacré

Les peuples occidentaux d'aujourd'hui ne vivent plus leur rapport au monde selon une perspective de type symbolique, spirituel ou sacré. Ce rapport porte la marque de l’utilitarisme : la Nature n’est pas autre chose qu’un ensemble de ressources à la disposition de l’activité humaine, produit d’un désenchantement du monde. Le Réel se réduit au matériel et celui-ci n’est compréhensible qu’en termes économiques. Aussi l'emprise de l'économie sur les sociétés modernes est à mettre en parallèle avec le retrait du sacré qui les constitue en essence. Ce retrait a entraîné une exacerbation de l'esprit de compétition et de concurrence entre les hommes * et des passions destructrices qui l'accompagnent, hors des anciens champs de bataille, comme jamais il ne s'en est produit dans l'histoire. Pourtant, la pensée économique et la pensée politique qu'elle inspire nient qu'il y ait une quelconque menace pour la stabilité des sociétés, la culture démocratique, l'harmonie et le bien-être de leurs membres. Le culte du mythe du progrès par l'économie basée sur l'état de " concurrence pure et parfaite " les aveugle, distillant dans les consciences anesthésiées que la raison d'être première des êtres humains est l'échange des marchandises et services, bien plus que de s'aimer et s'entraider pour former une société efficace et pacifiée. Cette utopie en forme de cauchemar apparaît comme le prix à payer par une société désormais dépourvue des protections que le sacré lui assurait. L'économie, à la fois réalité et pensée, occupe en creux la place du sacré.

* A entendre de façon large, les affaires de femmes corrompues à divers titres par l'exercice du pouvoir étant elles aussi représentatives de l'état de déliquescence des élites représentatives (Cristina Kirchner en Argentine, Park Geun-hye en Corée du Sud, Hillary Clinton et Condoleeza Rice aux États-Unis, Dilma Rousseff au Brésil, Ioulia Timochenko en Ukraine, Lise Thibault au Québec, Jana Nagyova en République Tchèque ...).

Cependant, une nouvelle perception du sacré par les personnes est à l'œuvre dans la société, contribuant à l'émergence du nouveau système de production basé sur la connaissance. Elle s’émancipe de la tutelle des grandes institutions religieuses dominantes depuis deux millénaires *, basées sur un modèle patriarcal, élitiste et misogyne*². Cet ADN de nature masculine les a naturellement conduites à se dresser les unes contre les autres, sur le mode de la séparation, à l’image même des institutions temporelles dont elles prétendaient pourtant se différencier. La conscience spirituelle qui émerge aujourd'hui est de nature unificatrice et inclusive, conduisant ces religions du Livre à devoir impérativement s'adapter pour survivre. Ce n’est plus un sacré de séparation entre le divin céleste et l’humain terrestre, base de toutes les liturgies, mais d’union, celle de la reconnexion des personnes au cosmos, à la nature, au vivant dans toute ses dimensions, visibles comme invisibles.

* Deux grands courants spirituels sont assimilés à des religions, le bouddhisme et l'hindouisme. Contrairement aux religions dites du Livre que sont le judaïsme, le christianisme et l'islam, ils n'imposent aucune croyance au référent "Dieu", proposant par leur pratique contemplative un modèle détaillé de l'esprit relié au cœur ainsi que des états cérébraux comme émotionnels transposable aux approches de la science (psychologie et neurologie).

Cf. Le modèle européen décodé (1).

Il y a désormais un mélange en cours des valeurs patriarcales et de celles relevant du féminin sacré, la sensibilité, la douceur, l’harmonie, l’intuition. Qui plus est dans un monde où le leadership féminin ne cesse de s’affirmer. Il conduit à un être nouveau, plus authentique et complet, androgyne dans l’acceptation et la reconnaissance équilibrée de ces deux polarités. Il conduit à une nouvelle société, qui place l’union authentique au cœur même de sa raison d’être et de son fonctionnement, qui assure la qualité de la croissance intérieure au même titre que la croissance extérieure, qui promeut la qualité de partage avec toutes les autres cultures.

Cf. Riane Tennenhaus Eisler, auteur, " Le Calice et l’Épée ".

Le sacré étant le substrat sur lequel toutes les valeurs de civilisation se basent, ce passage à la société de la connaissance nécessite pour les personnes une indispensable transformation intérieure, laquelle n'est pas facile tant les germes du poison, de la séparation, de la division, des attaches et de la soumission à des guides instructeurs ont été distillés depuis longtemps dans l’inconscient collectif. Cette conscience élevée, élaborée, repose sur le principe de la libre résolution dans le choix de sa vie : l’homme est responsable des maux qui l’affectent. Il est libre d'une spiritualité basée sur l'assurance, l'assistance, l'obéissance et la dévotion. Loin de ce processus déresponsabilisant, il soumet l'enseignement transmis à l'épreuve de la vie afin, par son libre arbitre, en toute intégrité morale comme physique, d'en vérifier le sens.

L’état de la planète, du monde, des autres comme de notre propre vie, n’est en effet que le reflet de notre conscience de la planète, du monde et de notre vie, tout comme notre vision de l’autre, des autres, n’est que le reflet de notre conscience de l’humain. C’est l’effet miroir. Nous créons notre réalité personnelle, par le moyen de nos croyances conscientes, nourries pour grande partie par notre inconscient, autrement qualifié de subconscient. Si la catastrophe - écologique, nucléaire, nano-bio-technologique... - a commencé, c'est que notre refus du sacré nous empêche de la voir. Seule une perspective apocalyptique, soit une révélation, nous permet de comprendre que c’est le sacré qui nous a constitués. La désacralisation du monde nous apparaît alors pour ce qu’elle est : un processus qui peut nous laisser sans protection face à notre violence et notre aveuglement, mais qui peut également déboucher sur un monde où la raison ne serait plus l’ennemie de la foi.

 

De l’individualisme égoïste à l’individualité réalisée

Nous avons vécu depuis la Révolution des Lumières sur une fausse idée, celle de l’individu roi, le roi égoïque. En fait nos sociétés occidentales ne sont pas individualistes, mais seulement égoïstes. Sous l'influence du moteur de la société de consommation, la publicité, les personnes sont sous influence de ses innombrables injonctions, afin de céder égoïstement à leurs envies et à leurs pulsions. C’est la raison d’être de la philosophie libérale, qui trouve son origine au XVII° siècle dans les idées du philosophe, économiste et médecin néerlandais Bernard de Mandeville dans sa Fable des abeilles. Elle va être théorisée * par Adam Smith, fondateur des sciences économiques, et résumée par l'aphorisme " les vices privés concourent au bien public, à la vertu publique ". Libéralisme et égoïsme vont de pair, chacun ayant pour objectif de défendre son intérêt. Voici le bel héritage des " lumières anglaises " dont se prévalent aujourd’hui nombre d’experts des mass média, entretenant dans l’inconscient collectif ce redoutable poison.

* La signification réelle de cette Fable reste controversée jusqu’à aujourd’hui. Le philosophe et économiste Friedrich Hayek vit en elle une précurseuse du libéralisme économique tandis que John Maynard Keynes mit en avant la défense de l’utilité de la dépense. Cette Fable précurseur d’un nouveau monde étendant sa toile sur le fonctionnement sociétal montre bien qu’elle ne peut que déboucher sur une impasse. L’égoïsme générateur d’individualisme ne pourra jamais répondre au sens sacré de l’existence, dont l’abeille est l’animal représentatif par excellence, étant depuis toujours un symbole de royauté comme de souveraineté car ne touchant jamais terre et manifestant une sorte de génie pré-conscient dans la construction de sa ruche. Sa capacité à transformer le nectar des fleurs en miel symbolise le processus magique de l’énergie-or, celle qui procure à l’être humain les vertus célestes et ses extraordinaires propriétés (entre autres thérapeutiques et cosmétiques). Virgile définissait ainsi le miel comme le " don céleste de la rosée ".

Cette idéologie basée sur l’avidité et le comportement pulsionnel a conduit aux crises contemporaines, financières, écologiques, sociétales. D’abord à travers l’avidité et l’égoïsme des banquiers, repoussant toujours et sans cesse l’imagination dans la conception de produits purement spéculatifs totalement déconnectés de leur raison d’être première. Ensuite par la soumission de nos responsables politiques, devenus des démarcheurs et VRP de l’économie sur son terrain d’expression national comme international. Enfin par nos propres inconséquences, fruits d’une profonde immaturité dans la compréhension du sens sacré de la vie. Le résultat a été la lente destruction de tout mécanisme économique à caractère non marchand, celui du partage, de la solidarité et de la construction du sens. Il n’est qu’à regarder le contenu de l’enseignement trop souvent dispensé dans les écoles ou universités pour comprendre que ce qui est inoculé dans le champ de conscience n’est pas le triptyque vertueux " donner, recevoir, rendre ", mais l’incantation délétère " prendre et accumuler au maximum " conduisant à l'instrumentalisation de l'autre.

Pour nous sortir de cet inéluctabilité, nous devons développer notre individualité, en d’autres termes notre discernement, notre maîtrise de soi et notre sens de la responsabilité, afin de redonner place aux autres systèmes d'échanges, de nature symbolique ou solidaire, que l’économie fondée sur l'égoïsme individuel entend éliminer. C’est ce que la philosophie de la Grèce antique dans sa théorie de l’âme mettait en exergue, en apprenant aux jeunes gens à contrôler leurs pulsions, l’âme d’en bas, afin qu'ils résistent à la croyance, autrement dite l’hubris * (ou hybris), que tout est possible, soit le fonctionnement d’illimitation. Ainsi pouvait-il par leur âme du haut, le " noos ", la transcender pour prétendre être pleinement responsable, d’eux-mêmes comme des autres.

* L'homme qui commet l’hubris est coupable de vouloir plus que la part qui lui est attribuée par la partition destinale. La démesure désigne le fait de désirer plus que ce que la juste mesure du destin nous a attribué. Le châtiment de l’hubris est la Némésis, le châtiment des dieux qui fait se rétracter l'individu à l'intérieur des limites qu'il a franchies. C’est ce que représentaient les figures divines des Titans et des dieux, les premiers finissant à l’issue d’une bataille par être battus et jetés dans le Tartare, sorte d’équivalent à l’enfer chrétien. Ils semblent être revenus dans notre civilisation présente, celle qui a commencé le jour où Noé a fait passer le flambeau de la Connaissance d’une civilisation disparaissant sous le Déluge à une autre. Et comme l’histoire est un éternel recommencement, certes sous des formes différentes, nous pouvons en discerner l’issue …

L’individualiste accompli est capable de penser et d’agir par lui-même, de manière critique, avec comme axiome la générosité, sans contrepartie de retour. Sa montée en puissance se vérifie tous les jours, de plus en plus de personnes sortant du champ référentiel consumériste traditionnel pour s'adapter et répondre de manière réfléchie et avec discernement aux besoins de chacun et des collectivités. Ces regroupements alternatifs sont porteurs d'un ADN fondamentalement différent sur le plan de la pensée, œuvrant pour le bien commun, soit une vie meilleure, plus juste.

 

Une révolution de raison

Nous vivons un changement profond et accéléré d’un modèle de société, ou plutôt d'une civilisation planétaire. Il se traduit par les bruits du clash des modèles de civilisations, de la montée des impérialismes, des racismes, des fondamentalismes. Il étale les soubresauts quotidiens de plus en plus exacerbés d’une contestation et d’un rejet des excès du rationalisme moderne, de la tutelle patriarcale et élitiste, de ce capitalisme de nature industrielle générateur d'angoisses en raison de son incapacité à formuler une réponse satisfaisante à la question de notre survie collective au sein d’un environnement menacé car profondément malade. Les problèmes constatés d’inégalité sociale et les mouvements migratoires liés aux déséquilibres démographiques comme aux conflits armés de notre monde en ce début de XXI° siècle sont en totale contradiction avec les attentes et les promesses des chartes constitutives d’États et d’institutions se proclamant héritiers de la Révolution des Lumières. Nous savons tous en notre for intérieur qu’en continuant ainsi nous allons à la mort, au propre comme au figuré, celle de notre substrat humaniste, l’amour.

Emporté dans la violente compétition mondiale qui ne reconnait de valeur qu’à ses gagnants, pris au piège de la dynamique perverse d’une civilisation où ses mérites sont constamment comparés à ceux d’autrui, poussé par le culte à la croissance à l’extrême de ses ressources personnelles comme naturelles, et vivant par procuration des exploits réalisés par d’autres, cette absence de transcendance intérieure pour l’être humain, source d’inertie mentale et de perte de ses capacités psychiques, ne pouvait que déboucher sur des symptômes comme la violence, la drogue et la consommation d’antidépresseurs , la désespérance, la solitude, le suicide… Résultats qui ne sont ni plus ni moins qu’à la mesure des perversités dissimulées derrière un masque socialement, culturellement et politiquement acceptable. Notre société, le choix qu’elle fait d’éduquer et non d’instruire, et une propension à la facilité ont progressivement conduit à rechercher la pure satisfaction des désirs, une course à l’échalote qui éloigne l’être humain de lui-même, qui le vide de sa propre substance. Héros sans vision ni espoir, cherchant une échappatoire dans les distractions toxiques et les jeux de rôle virtuels, il s’abandonne à un rêve sans lendemain pour oublier le train des réalités quotidiennes, sauf lorsque la maladie ou la mort le ramènent, par obligation et par force, face à lui-même...

Une civilisation se termine, celle dont la préoccupation matérielle a eu pour effet de séculariser le réel et d'extraire le mystère du monde et de l'existence à nos consciences. Nous devons en bâtir une nouvelle.

 

Crise de civilisation

A partir du XX° siècle, " l’homme " conditionné et manipulé par le système prédateur asservisseur * a développé sur les recettes du capitalisme keynésien le modernisme et, grâce au matérialisme, il a permis à la matière de régner progressivement en maître au détriment de l'Esprit, la conscience universelle. Cela l’a entraîné dans une autre direction, bien plus perverse, celle qui voit en ce début de XXI° siècle le matérialisme scientifique commencer à effacer progressivement l’esprit humain au profit des machines, dans le cadre d'un mouvement appelé le transhumanisme *². Car la vie dans un environnement mécanisé, industrialisé et digitalisé, a un effet mortifère sur les processus mentaux. Le béton, le plastique, le métal et les ondes électriques ou magnétiques qui jaillissent continuellement finissent par produire une terre comme une pensée stériles, qui ne se régénèrent pas, comme abandonnées.

La crise que nous vivons, démarrée il y a plusieurs décennies, est cachée par les artifices de l’endettement et du virtuel de l'économie financière agités par leurs pyromanes irresponsables ou manipulateurs délibérés. Nos dirigeants institutionnels ne font que semblant de diriger un système qu'ils savent déjà mort, faute d'avoir pu en imaginer à temps la transformation.

* Cf. Compréhension de la Matrice asservissante & Prédation manipulatoire.

Cf. Conscience du XXI° siècle.

L'illusion de la société robotique

Les mutations massives qui touchent le marché de l’emploi  concernent la vie des individus, au sens individuel comme collectif. C'est pourquoi les immenses bouleversements qu’annoncent la révolution robotique en cours inquiètent. Le discours institutionnel et de ses relais inféodés consiste à dire que l’automatisation ne fait pas perdre de travail, et que c’est d’ailleurs dans les pays où il y a le plus de robots qu’il y a le moins de chômeurs. La réalité est cependant toute autre. Certes si dans les pays dans lesquels il y a actuellement le plus de robots il y a moins de chômage, c'est qu'ils sont par nature les pays les plus industriels, comme l’Allemagne, la Corée du Sud, le Japon. Mais dans ces pays autrefois en plein emploi, nous avons assisté ces dernières années à l’apparition du chômage ou d’une classe très pauvre de travailleurs, voire les deux, comme en Allemagne et, dans une moindre mesure, au Japon.

La réalité de l’emploi est donc toute autre. En prenant le cas emblématique d’une entreprise mondialement connue et reconnue à travers le monde, Mc Donald, qui, ayant besoin de beaucoup de main-d’œuvre recrute tout le temps des milliers d'individus compte-tenu de taux de rotation importants de ses effectifs (métier difficile et temporaire concernant beaucoup de jeunes et  d’étudiants), la courbe de l'emploi en rapport au nombre de restaurants démontre les effets de l'automatisation de l'emploi (graphique ci-contre). Si en 2013 les 35.429 restaurants avaient besoin de 440.000 collaborateurs pour tourner, en 2017, avec 37.241 restaurants, McDo n’a plus besoin que de 235.000 personnes. Et comme le taux de rotation des effectifs est très important, il n’a pas été nécessaire de faire de plans de licenciement ... En 5 ans, McDo aura divisé par 2 ses effectifs, les profits suivant évidemment la courbe inverse. De son côté, le client qui désormais passe commande aux bornes automatiques pour son " confort " contribue à un résultat de 200.000 postes en moins.

Au-delà de la raréfaction du travail, est posée la question du   financement des retraites, qui repose sur la capacité des actifs à payer des cotisations sur des salaires versés servant à payer les pensions des anciens. Point de salariés, point de salaire. Point de salaire, point de cotisation. Point de retraite !


Elle présente trois composantes :

. Une crise de civilisation, sans précédent dans l’histoire, liée à l'impossibilité de la promesse du couple technologie / croissance de créer un monde désirable et viable. Celui-ci au contraire est en train de se désagréger. Ce n’est pas simplement une crise d’ajustement comme celles que nous avons pu connaître dans les années cinquante, soixante-dix ou quatre-vingt-dix.

. Une dictature des élites, celles constitutives de la classe dirigeante en place, simples relais, elles-mêmes supervisées par des méta organismes s'étant substitués à la souveraineté des États. Ils sont seuls à pouvoir faire face à l'effondrement en cours et à venir des cautions d’un système devenu virtuel, véritable écran de fumée d'une économie dépouillée de sa substance réelle. Si les États ont sauvé les banques suite à la crise de 2008, qui sera à même de sauver les États en asphyxie ?

. Une crise de sens, celle de la " religion du progrès " qui s’était substituée aux grandes religions jusqu'alors dominantes dans l'indispensable alternative existentielle, et qui n’ont l'une comme les autres absolument rien construit de cohérent. Notre grande et moderne civilisation a échoué à combler le vide laissé par la " mort de Dieu ", le mystère profond du vivant, causant par son dogmatisme rationnel et mécanique le culte nihiliste et mortifère du matérialisme.

Démocraties en trompe-l’œil

Quelle belle illusion constitutionnaliste que cette démocratie à régime de Congrès ou de Parlement. Cet adulé système chanté à l'unisson par les chantres zélés des plateaux de la médiacratie et les politiciens s'en regorgeant n'a pourtant jamais incarné la liberté dont elle se revendique. Elle n'est que la loi du nombre contre une minorité, et surtout l'artifice de quelques-uns contre les populations. Comment imaginer nos élus capables de réfléchir, d'analyser et de signer les kilos de paperasse législative auxquels ils sont soumis avec acuité et sens de l'intérêt général, qui plus est affranchi des consignes de parti ? Le Traité de Maastricht et son gigantesque transfert de pouvoir à l'Union européenne aurait-il pu être acté, tout comme le Patrioct Act aux États-Unis, si tel avait été le cas ? Le prétexte terroriste est idéal pour réduire le terrain des libertés et réduire les prérogatives déjà écornées des parlementaires sur les pouvoirs hors contrôle octroyés aux gouvernements. Quand plus aucun corps élu ne représente la défense des libertés et des acquis d'un peuple, gage de contrôle et d'équilibre, comment se nomme le système politique présidant à nos destinées ?

Le standard de vie occidental ne pouvant s'appliquer à une humanité qui comptera bientôt 9 milliards d'habitants, la prédation sur les ressources par les pays détenant la puissance militaire et financière ne peut que s'accentuer et contribuer à encore plus de remous générateurs d'insécurité comme de misère. Inéluctablement le niveau de vie des classes moyennes dans les pays riches continuera à se paupériser pour s'aligner sur celui des nouvelles puissances économiques fortes, l'Inde ou la Chine, ce qui ne pourra être accepté que dans un champ restreint de libertés, au nom du sécuritaire, ainsi que dans la poursuite du gavage des consciences par le divertissement virtuel (tv, jeux vidéo, on line...). Cette césure, fruit de cette " modernité capitaliste libérale ", contribue au désenchantement de notre relation au monde. 

Aussi est-il urgent de refonder une civilisation nouvelle, impensable en l’état de la conscience des classes dirigeantes et de son incapacité constatée à changer son logiciel. Ceci passera obligatoirement par la réouverture d'un lien mystique avec le Tout infini et la célébration de l’universelle diversité de notre humanité, de la pluralité de ses langues, imaginaires et couleurs, nullement contradictoire avec le sens de l’échange, du passage, de la transmission. Pour penser complémentairement, et non pas contradictoirement...

Les ferments des nouvelles influences

Petit à petit se sont mis en place à partir du XX° siècle de nouveaux courants conducteurs d'un changement profond de l'homme dans sa relation à l'Univers. D'abord par le biais des grandes idéologies transnationales : pacifisme, anarchisme, communisme, socialisme, capitalisme, consumérisme, libéralisme. Sur le plan scientifique, la déstructuration de la matière n'a eu de cesse avec les grands penseurs du monde quantique (Max Planck, Albert Einstein, Niels Bohr). Sur le plan des arts, la peinture avec les cubistes et les abstraits (Pablo Picasso, Georges Braque, Vassily Kandinsky) comme la musique avec l'école dodécaphonique de Vienne (Arnold Schönberg, Alban Berg et Anton Webern) ont cassé les agencements traditionnels de leur représentation " rationnelle ". Sur le plan international, la Société Des Nations (1921) puis l'Organisation des Nations Unies (1945) ont amorcé la préoccupation humanitaire à l'échelle mondiale.


Plutôt que de crise, nous sommes appelés à une grande transformation, mutation ou métamorphose profonde à la fois écologique, globale, sociale et informationnelle. La crise est le récit inventé par le système oligarchique en place pour préserver ses intérêts alors que le monde est bousculé par cette " grande transformation " de nature transcendantale, touchant à l'éveil de conscience de plus en plus d'individus. Face à l’incapacité des formes politiques traditionnelles à inventer, il devient urgent de mobiliser cette énergie et cette sève citoyennes, de mettre en scène et en chaîne ces différentes initiatives. Si la créativité est considérable, elle est encore trop souvent invisible et peu reliée. Toutefois, de nombreuses initiatives encouragent la promotion de cette vaste initiative citoyenne qui, si les gouvernements ne se montrent pas prêts à les soutenir, risque d’entrer rapidement en conflit avec le pouvoir.

Comment tout peut disparaitre… et survivre

Le fonctionnement du monde a toujours été calé sur l’incertitude, même si la tentation pour les hommes est grande de la réduire sinon de la maîtriser. Les plus grandes civilisations ont toujours fini par s’effondrer pour laisser la place à d’autres. Il en est de même pour toutes ses autres composantes, quelles qu’elles soient. Toutefois, un effondrement est toujours précédé de signes avant-coureurs. Aussi la connaissance de ses prémices est précieuse, sans garantir pour autant leur acceptation, la tentation étant forte de penser que leurs conséquences ne sont pas encore d’actualité, ou qu’elles ne sont pas irréversibles, ou qu’elles sont destinées à d’autres. Appliquée à bon escient, leur connaissance permet la survie, à savoir une renaissance sous une forme forcément différente, et qu’il nous appartient d’inventer et de mettre en œuvre.

Trois indicateurs permettent de détecter la fin à venir, à plus ou moins brève échéance, d’une situation.

D’abord l’accélération de son système, réaction indiquant qu’il vit à une croissance exponentielle et de ce fait qu’il approche l’équilibre de sa capacité de charge, ou qu’il le dépasse et en transperce la capacité de charge, ce qui amène son explosion ou implosion.

Ensuite l’extinction du système, due à des limites infranchissables pour ses capacités.

Enfin la sortie de route par inconséquence dans l’exploitation du système.

Ramenés à notre fonctionnement planétaire actuel, nous pouvons identifier ces indicateurs et les risques en découlant dans les grands domaines de notre écosystème global : le changement climatique ; le déclin de la biodiversité ; l’acidification des océans ; la déplétion de l’ozone stratosphérique ; la perturbation du cycle du phosphore et de l’azote ; la charge en aérosols atmosphériques ; la consommation d’eau douce ; le changement d’affectation des terres ; la pollution chimique. Il suffit de constater l’état des pénuries d’eau dans les parties densément peuplées, des pertes économiques, des troubles sociaux et de l’instabilité politique, la propagation de maladies contagieuses, l’expansion de ravageurs et de nuisibles, l’extinction de nombreuses espèces vivantes, des dégâts irréversibles et graves à l’encontre des écosystèmes uniques, la fonte des glaces polaires et des glaciers, ainsi que des diminutions de rendements agricoles.

Pour ce qui concerne l’énergie, l’épuisement du pétrole, les émissions de carbone, la valeur financière des réserves d’énergies fossiles, les gaz de schiste, et le secteur financier font peser la menace d’un tsunami de problèmes économiques et sociaux. Et chaque année qui passe constitue un pas supplémentaire dans l’intensification des crises qui en découlent, augmentant plus que proportionnellement les risques de catastrophes soudaines, imprévisibles et irréversibles.

Si nous avons escaladé très rapidement et avec un apparent succès l’échelle du progrès technologique et de la complexité, nous pouvons également nous demander s’ils ne constituent pas une fuite en avant qui, s’auto-entretenant, laisse sur son passage de plus en plus de personnes. L’arrêt de cette ascension continue et inexorable apparaît impossible, sauf à subir un violent choc pour celui qui en est l’initiateur. Quant au choc systémique majeur pour le collectif, nous pouvons en imaginer les violentes secousses.

Une fois les indicateurs observés et analysés, la question se pose de savoir quand se produit l’effondrement. C’est toute la difficulté d’être futurologue. Comme il n’y a pas de technique précise en la matière, nous sommes conduits pour éviter la paralysie et/ou la panique à devoir lâcher prise, et à passer d’un mode " observer, analyser, commander et contrôler " à un mode " expérimenter, agir, ressentir et ajuster ". Pour ce faire, il n’y a pas d’autre possibilité que d’ouvrir notre raison à l’intuition. Celle-ci, nourrie par de solides connaissances, devient primordiale.

Ainsi, par l’observation et la raison, nous savons que les réseaux complexes sont très sensibles à deux facteurs : l’hétérogénéité et la connectivité entre les éléments qui les constituent. Un réseau hétérogène et modulaire, c’est-à-dire faiblement connecté, avec des parties indépendantes, encaisse les chocs en s’adaptant et, ne subissant que des pertes locales, se dégrade progressivement. Au contraire d’un réseau homogène et hautement connecté qui, s’il montre dans un premier temps une résistance au changement (les pertes locales sont absorbées grâce à la connectivité entre les éléments), est ensuite si les perturbations se prolongent soumis à des effets en cascade, et de ce fait à des changements catastrophiques. L’apparente résilience des systèmes homogènes est trompeuse, cachant une fragilité croissante et cassant lorsque la pression est trop importante.

C’est ce que montre le modèle HANDY, traitant de la nature dynamique et humaine, qui modélise simultanément deux caractéristiques distinctes importantes semblant apparaître dans de très nombreuses sociétés qui se sont effondrées : d’une part l'étirement des ressources en raison de la pression exercée sur la capacité de charge écologique, d’autre part la stratification économique de la société dans des élites et des masses " roturières ". Si une forte stratification sociale rend difficilement évitable un effondrement de civilisation, la seule manière d’éviter cette issue passe alors par la réduction des inégalités économiques au sein de la population, ainsi que par la mise en place des mesures qui visent à maintenir la démographie en dessous d’un niveau critique.

Nous savons désormais que notre monde présente des signes alarmants en raison de différents facteurs se combinant. D’abord les dégradations environnementales, changements climatiques, et surtout dysfonctionnements socio-politiques (verrouillage sociotechnique, aveuglement des élites, niveaux ahurissants d’inégalités, etc.). D’autre part, une civilisation thermo-industrielle qui, bien que ne concernant qu’une partie de la population du globe, présente les signes caractéristiques d’un effondrement en raison d’une complexité croissante très énergétivore couplée à l’arrivée d’une phase de rendements décroissants. Enfin, qu’un effondrement financier se produit lorsque l’espoir d’un " business as usual " est perdu. Le risque ne pouvant alors plus être évalué et les avoirs financiers ne pouvant plus être garantis, un effondrement économique est déclenché lorsque l’espoir que " le marché y pourvoira " est perdu.

Sans oublier alors qu’un effondrement politique se produit lorsque l’espoir que " le gouvernement s’occupera de vous " est perdu, la classe politique perdant derechef sa légitimité et sa pertinence. Qu’un effondrement social se produit lorsque " l’espoir que vos pairs s’occuperont de vous est perdu ", lorsque les institutions sociales locales tombent à court de ressources ou échouent à cause de conflits internes. Qu’un effondrement culturel se produit lorsque " la foi dans la bonté de l’humanité est perdue ", les gens perdant leur capacité de gentillesse, de générosité, de considération, d’affection, d’honnêteté, d’hospitalité, de compassion, de charité.

Nous pouvons au regard de ce sinistre tableau imaginer le pire au vu du chaos se dessinant. Ou nous pouvons choisir de ne pas voir en mettant des œillères. Mais ni l’excès de pessimisme ni le déni ne constituent de sages solutions. Il reste alors l’action courageuse pour amorcer une transition qui, bien que douloureuse, conduit à un grand débranchement des croyances en place. Elle nécessite de notre part une résilience tant psychologique dans la résistance psychique aux aléas à venir que systémique, dans la capacité à absorber une perturbation et à se réorganiser intelligemment. Elle passe cela va sans dire par notre totale mobilisation et implication.

Cf. Pablo Servigne & Raphaël Stevens, " Comment tout peut s’effondrer - Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes ", Ed. Seuil Anthropocène 2015.

 

Insurrection des consciences

Ce grand changement de conscience est en cours au sein d'une partie des populations, accentuant un fossé entre deux courants distincts : les individus entretenant une relation à l'environnement de basse fréquence vibratoire, manipulateurs et manipulés, pratiquant la religion du "moi d'abord" et de l'ultralibéralisme, encore une majorité ; ceux qui entretiennent une relation de haute fréquence vibratoire, de plus en plus nombreux, et tout particulièrement dans la nouvelle génération et dans les mouvements altermondialiste comme alternatif. La fréquence en l’occurrence n’a rien d’une expression abstraite, représentant l'état vibratoire mesuré sur le plan physique de la matière et des corps vivants. Une fois la masse critique atteinte, le changement apparaitra irréversible, avec comme conséquence la résistance par peur de perdre de celles et ceux qui ne l'auront porté.

Face à cette crise existentielle civilisationnelle, la société civile mondiale cherche désormais ailleurs, même si les pouvoirs institutionnels en place s'évertuent à la convaincre qu'il n'y a pas d'alternative. Cette insurrection en cours des consciences s’apparente à une révolution dissidente profonde, avec tous les risques associés. La colère à petit pas, croissante chaque jour, bouscule les fondements d’un mode de vie jusqu’alors consensuel, car anesthésié. Elle débouche sur la remise en question de la relation au travail, à la consommation, à la santé et à la façon de se soigner, à la nutrition, au transport… Internet diffuse une liste sans cesse croissante de sites, médias, associations et autres collectifs engagés dans une autre façon d’être, de penser, d’agir et de vivre, ne cessant de creuser le décalage avec le " modèle " institutionnel en place. Ses membres ne croient plus à l'idée que tout évolue naturellement pour le bienfait commun, et que les découvertes scientifiques, bonnes ou mauvaises, procèdent de ce mouvement. Ils ne croient plus à l’économie de l’offre ni au dogme économique en général, qui ne sont qu’une question d’idéologie. Ils en appellent à la mise en œuvre de la responsabilité de chacun dans la défense active des bonnes causes, à partir d'une information rigoureuse. Il n’y a rien de pire en effet que des révoltés mous, des dissidents conformistes et des résistants idéalistes qui refusent de voir en face la véritable nature du rapport des forces. L’un se bat contre les moulins à vent pendant que l’autre fait la révolution sur Internet, les réseaux sociaux et par tous ses gestes, actes et paroles au quotidien. C'est une " guerre pacifique ", le choix n'étant plus entre ceux qui prient ou ceux qui descendent dans la rue. Dans cette ère nouvelle qui s'amorce, l'engagement passe par un juste milieu entre résistance et sérénité. Cette voie s'ouvre par notre prise de conscience, en regardant les choses en face. Conscience toute !

L’appel pour une insurrection des consciences est un appel au réenchantement du monde, à une réactivation de nos capacités à le dire et à le vivre sur un mode symbolique et sensoriel. L’intelligence ne saurait être confinée aux chiffres et équations de l'apparent Réel tel que formaté et décliné par l'appareillage du système. Elle se veut également éloge du perçu, du ressenti, du rêve, de l’Image. En dépit de siècles de désenchantement, de chosification, de colonialisme et de pillage, il a toujours existé une lignée poétique, artistique, philosophique, spirituelle, témoignant que le monde et l’humain ne sont pas des marchandises et des données statistiques.

L'histoire que nous connaissons nous enseigne que le comportement agressif dévoyé a existé de tous temps, à travers les invasions, les guerres, les émeutes, les révolutions, les régimes totalitaires, les divergences politiques, religieuses et autres, avec tout le cortège d'atrocités de tous genres qui les ont accompagnés, sans compter les comportements à l'intérieur des groupuscules tels que les familles, ou les cercles d'amitiés ou d'affinités. Elle nous enseigne que le chaos et la barbarie règnent lorsque les peuples se retrouvent sans bases ontologique et mystique élevées, parce qu’elles ont été délibérément écartées sinon détruites. Elle nous dit que la recherche d’un bouc émissaire en fonction de son appartenance religieuse ou ethnique (complot sioniste, péril islamiste...) est vieille comme la civilisation, et qu'elle n’est que le produit des frustrations de ceux qui cherchent des réponses rapides et simples face au véritable mal qui nous accable.

Il ne peut y avoir d’ambigüité sur la nature de l'engagement, soit l’émancipation de l’humanité toute entière, sans aucune forme de discrimination. Si les guerres ont toujours eu pour effet une reconfiguration sociale, la révolution virtuelle des consciences en cours combinée à leur expression et traduction du vécu semblent plus appropriées pour la substitution au modèle obsolète en place d’un nouveau vivre ensemble. Plus la révolution apparaîtra comme fondée sur le raisonnable, plus elle permettra l’expression de tous et tirera sa force du nombre. C’est une période déterminante, l'engagement des peuples comme de chacun étant devenu absolument nécessaire pour exprimer sans la violence des mouvements révolutionnaires instrumentalisés les contours de notre futur commun. D'autant plus que les palais nationaux sont désormais vides de la véritable substance d'un pouvoir moderne s'établissant à l'échelle mondiale.

C'est dans cette révolution post-moderne de création d'un cerveau global différent de celui qui a été façonné à notre détriment que se joue notre futur.

 

La solution est en nous-même

Le seul obstacle qui se dresse devant nous pour parvenir à créer une société nouvelle, est le fruit de nos propres peurs et égoïsmes, liés aux préjugés, certitudes sclérosantes, conformismes routiniers et autres conditionnements manipulatoires. Toutes ces peurs qui ont obscurci tant de siècles de l’histoire humaine : peur des parties de nous que nous ne connaissons pas encore, peur des autres, peur de la maladie, peur de la mort, peur du changement...

Vision de la vie basée sur le déterminisme scientifique

 

Personnalité conditionnée par les valeurs prônées par la société et les habitudes découlant de cette soumission.

Donne tout pouvoir aux systèmes de croyances en place, offrant l'illusion d'un choix (philosophique, politique, culturel, religieux, médiatique...).

Croit au destin, à la destinée, à la prédestination.

 

Vision de la vie basée sur l'existence d'un grand champ de conscience universel unifié

Personnalité libre de pensée privilégiant la liberté, l'authenticité, le respect de la diversité dans un souci d'unité.

Se détache des conditionnements et croyances instillés pour un état de joie, de plénitude, de compréhension, de partage, de sagesse et d'amour.

Accède à des réalités existentielles beaucoup plus vastes que celles côtoyées jusqu'alors, nourries par l'intuition.


Ce n'est donc pas dans l'histoire qu'il faut chercher la solution, mais à l'intérieur de la conscience de chaque individu. Notre cauchemar mondial est tout simplement lié à nos croyances. Nous continuons à essayer de changer les comportements des personnes dans le monde, alors que nous devrions essayer de changer les croyances qui sous-tendent la plupart des lois et des institutions, les coutumes et les conventions des droits de l’être. Nous ne pouvons pas changer les conditions sociales en essayant de changer les conditions elles-mêmes. Depuis combien de temps avons-nous essayé d’éradiquer la faim, dans ce monde ? Combien d’organisations à but non lucratif ont et continuent d’entreprendre cette tâche ? Il en est de même pour l’éradication de la cruauté envers les femmes, l’élimination de la persécution politique pour quiconque ayant des opinions opposées à celles de l’autorité, etc. 

L'homme est porteur de trois forces appropriées à l'évolution de son être, chacune reposant sur sa volonté.

La première est attachée au corps, l'instinct, qui perçoit le bien ou le mal physique résultant de la sensation qu'il éprouve, soit le plaisir ou la douleur.

La seconde est dévouée à l'âme, la vertu, qui perçoit par le cœur le bien ou le mal physique résultant de la sensation qu'il génère, soit l'amour ou la haine.

La troisième appartient à l'intelligence, soit la sagesse ou la science, qui juge le bien ou le mal intelligible naissant de l'assentiment qui se dégage, soit la vérité ou l'erreur.

Ces trois forces ne le deviennent comme telles que par le bon usage que la volonté individuelle en fait. En cas de mauvais usage, elles dégénèrent en abrutissement, en vice et en ignorance.

Toutes initiatives autres que " spirituelles " afin de résoudre les crises sont inutiles, nos intentions étant toujours orientées vers l’accomplissement de notre instinct égoïste lié à nos peurs, en ne formant que des unions temporaires avec les autres, au grès de notre intérêt personnel. Si le mot "spiritualité" est très sensible, sonnant différemment dans la tête de tout à chacun et créant certainement de l'appréhension par sa incompréhension à une très grande partie d’entre nous, il s’agit pour autant d’un travail autant personnel que collectif, en phase avec la réalité de notre nature, pas celle travestie et masquée par les mensonges et manipulations. Ce travail doit être mené afin de se transformer, de se corriger intérieurement, en lien avec tous ceux qui ont le même but. La " guérison " est en nous, dans la réconciliation et la maîtrise du corps avec le cœur, l’âme et l’esprit, soit l’unité vivante. Plus nous sommes en paix et en harmonie avec nous-même, plus nous pouvons être en paix et en harmonie avec notre environnement, notre famille, notre pays et notre planète. Et tout naturellement avec notre écologie planétaire et les forces de la nature.

 

Sortir de la tyrannie du temps

L'usage de la durée n'est pas libre, où que ce soit, déterminé par les conventions de la société et de ses représentants au nom de l'"ordre juste". Quelle qu'en soit l'apparente légitimité, il bride la capacité de chacun à (re)trouver son ressenti naturel. Les cultures incitant toutes leurs représentants à s'emparer du temps qui passe pour en faire un emploi, un usage précis, tout ce qui est devant nous est déjà en quelque sorte notre propriété personnelle, par l'intérêt qu'il représente (argent, réussite sociale, retraite méritée, vacances...). C'est tout particulièrement ce que prônent les valeurs de la société "moderne" issue du XVIII° siècle en Occident, qui ont progressivement substitué la relation des personnes aux rythmes de la nature par le cadencement du progrès. Dans cette mesure, l'acquisition de ce que va donner le temps nourrit les grands conditionnements subis pendant le formatage éducatif de l'enfance, et les remplit. Aussi l'avenir ne peut qu'être l'esclave de présupposés archaïques car dévoyés, culpabilisants, et n'être désiré que dans sa conformité fantasmée à un modèle préexistant, agissant comme un envoûtement intellectuel. Il faut à tout prix utiliser la durée pour en faire du gratifiant qui échappe au non-gratifiant. Et dans cet effort désespéré de manipulation exhaustive des horaires, c'est la manipulation du non-moi, contribuant à la constitution d'un socle d'ego profond, qui filtre la durée à travers ses pochoirs psychologiques et empêche à tout jamais l'esprit du moment de sortir des limites imposées par la peur et le désir. Les apparences sont ainsi structurées, avec les réactions qui en découlent, enfermant le sujet dans un rapport au temps castrateur.

La vie passe à travers toutes ces personnes qui vivent les sensations coutumières, et les considèrent comme suffisantes à leur bonheur ou à leur insertion sociale. Elles renforcent les codes ambiants en les approuvant, en les suivant, en les défendant, tout en demeurant dans les ornières psychologiques de leur famille, de leur clan d'expression, de leur "race", "culture" ou "civilisation", avec la dosette de "jeu" subjectif adéquate à leur sentiment de liberté, comme par exemple les opinions politiques, économiques ou philosophiques, et le positionnement religieux. Comment alors ne pas nuire à d'autres, puisqu'en étant convaincu que sa vision du monde est la bonne, il est nécessaire de la défendre comme de la répandre, oubliant simplement sa dépendance à la manipulation par plus fort... Un tel sentiment de satisfaction naturelle conduit invariablement les personnes si entièrement identifiées à leur propre culture à décider de l'imposer à d'autres, comme pour développer un univers homogène dont elles seraient l'origine. C'est ce sentiment de la conscience tribale territoriale qu'il est nécessaire désormais d'éradiquer de la Terre. Il ne s'agit pas de critiquer sa légitimité, puisqu'elle s'appuie sur la mémoire de la vie elle-même, et de ce saut extraordinaire que la vie a franchi en imposant à une nouvelle créature le mental. Le mental ne pouvant se satisfaire de la loi organique, celle de l'apparente singularité, il la défend, sans se rendre compte que lorsqu'il y a quelque chose de vital à défendre, il remet en circuit les compulsions de survie, d'intolérance et de violence. Certains êtres toutefois s'affranchissent de tout territoire matériel, impulsant par là-même le mouvement même de l'histoire de l'humanité.

La durée a été ensevelie dans les valeurs empiriques et pragmatiques de ce que nous appelons si béatement le progrès. D'où l'insistance de tous les sages, de tous les maîtres, de tous les enseignants spirituels, sur la qualité d'une pratique méditative visant à contrebalancer toutes les récupérations des horaires aux seules fins mercantiles ou avidement ludiques. Il semble que cette tranche d'histoire de l'humanité soit réellement à bout de souffle, tout ce qui a été accompli pour libérer les peuples de la survie matérielle n'ayant servi qu'à les aliéner davantage. L'espoir insensé de cette révolution des Lumières a été anéanti par un progrès scientifique qui n'a aucunement changé les valeurs de la société, quel que soit le modèle politique au pouvoir. Le moment est venu d'affirmer que le mental, qui se croit intelligent par lui-même, est en réalité stupide. La dissection analytique ne peut pas s'emparer de l'ensemble des systèmes où elle prélève ce qu'elle choisit en mutilant la toile de fond, où toute modification se répercute sur l'ensemble. Que les meilleurs esprits aient pu à ce point se tromper sur la direction de l'histoire montre à quel point la pensée est limitée et peu fiable, en dépit de la confiance aveugle que lui vouent les dirigeants et les intellectuels. Même si une large majorité d'individus se sentent au-dessus de toutes les lois naturelles, prêts à tout pour conserver leur pouvoir dans un cynisme quasi religieux, la pression de la conscience de vérité " supra mentale " ne peut que s'accentuer, quelle qu'en soit la durée, pour faire tomber ce modèle contraire à la célébration de la vie. En abrogeant la loi du territoire, le mouvement conscient en cours vers l'unité finira par prévaloir à travers la somme des existences individuelles.

 

Vers l’homme nouveau

Le " Grand Sens ", le " Vrai Sens ", celui que nous enseigne depuis toujours la Tradition, celle des grands textes* ou symboles sacrés, nous dit que l'homme n'est pas la fin. Ce n'est pas le triomphe de l'homme au sein de la nature que nous voulons, pas plus l'amélioration du gnome, cette petite créature humanoïde intelligente. C'est un autre être sur la terre, un homme nouveau, conscient de son véritable pouvoir de créateur inspiré. Seul un profond changement dans l’histoire culturelle que nous transmettons à nous-mêmes et à nos descendants, dans les attitudes comme les habitudes, produira le changement dans la façon dont nous nous traitons les uns et les autres. Comme le dit le poète et romancier Pierre Rahbi " cela passera par apprendre à se montrer généreux les uns envers les autres et, à la place de la concurrence, de la compétitivité, des éternelles comparaisons entre le bon et le mauvais, le supérieur et l’inférieur, le dominant et le dominé, par l'instauration d'une pédagogie de la paix où les valeurs seraient mutualisées à l’avantage de tous. Aucun être ne doit être subordonné à un autre. Pas plus la femme que l’enfant ". En ouvrant notre conscience à la lumière de l’enseignement de sagesse multimillénaire de l’humanité, nous pouvons créer tous ensemble un monde de paix, de partage, de santé et d’amour.

* Parmi les nombreux livres de la sagesse, le livre des Proverbes et l'Ecclésiaste donnent les règles pratiques pour réussir sa vie et être heureux.

Il y a un effet de nécessité comme un choix de société à trancher : fabriquer un environnement à notre image, ou nous adapter à l’environnement et à l’essence de la Vie. Autrement dit choisir entre notre prétendu savoir, qui ne sert que le pouvoir, et le véritable savoir, celui qui permet d’exprimer nos responsabilités communes pour le bien-être collectif de l’humanité et de tout l’univers. Ceci suppose d’imposer une conscience éthique, qui n’est rien d’autre que l’expression de la nature de l’âme humaine au cœur de l’existence matérielle de l’humanité. C'était le but poursuivi par la société athénienne de jadis, la paideia, qui mobilisait toutes les institutions pour aider chacun de ses membres à atteindre le développement optimal de ses talents les plus élevés.

Cette conscience éthique repose sur trois axiomes civilisationnels de nature anthropologique, expression de nos racines existentielles, qui vont profondément à l'encontre des croyances quasi-religieuses données au système politique et économique dominant.

1. La paix ne peut venir sur terre tant que nous ne serons pas convaincus que la violence ne l’engendrera jamais. La violence ne mettra jamais fin à la violence. Il est de notre responsabilité d’aider le monde à comprendre cela en réagissant différemment, en répondant de manière nouvelle, aux différences idéologiques, à l'intégrisme, à l'incompréhension entre les cultures, à la culture du mercantilisme.

2. La simplicité, la frugalité, le dépouillement tant intérieur qu'extérieur de nos pulsions de possession, d'accumulation et d'avoir dans notre relation à la matière. Il s'agit de sortir de l'aliénation qui découle de la confusion entre la satisfaction de nos véritables besoins et celle des désirs suscités par le système économique, et de devenir responsable, psychologiquement et spirituellement, de nos colères et de nos peurs, afin en les surmontant de nous réapproprier tout notre pouvoir.

3. La démocratisation radicale de toutes nos institutions y compris l'entreprise à partir d'une convivialité critique dans le partage du pouvoir, soit le " communautalisme " plutôt que le communautarisme, des humains en harmonie les uns avec les autres, se sentant investis d'un sentiment de responsabilité envers le vivant, dépourvus d'ambitions égotiques et plaçant le bien d'autrui avant toute considération d'ordre personnel.

Pour ce faire, il est indispensable de s'éveiller à la vérité de notre propre nature. Celle que nous trouvons lorsque nous nous tournons vers l'intérieur et que nous découvrons le lien avec Tout-ce-qui-est. Et comme c'est au milieu de la civilisation moderne que nous sommes, il nous appartient de nourrir le collectif de cette énergie nouvelle et d'apporter notre pierre à l'édifice du nouveau.

 

Tous ces changements en cours liés à l’émergence d’une nouvelle société touchent aux aspects les plus profonds de notre relation au vivant, à nous-même comme aux autres. Il y a nécessité de repenser la relation homme-femme, le sacré, la notion de vérité, le statut de la raison et de la science, le temps, l'espace, la santé, l’idée du bonheur. C'est toute l'architecture souterraine de ce que nous appelons la modernité qui est en train de muter, entraînant naturellement des peurs, des craintes, de l'angoisse, du désespoir, de la violence. 

Qui plus est, la société de la connaissance en réseau accélère et approfondit ces changements, modifiant le cœur même des grandes idéologies temporelles et religieuses jusqu’alors structurantes, le capitalisme, le marxisme, le catholicisme, le consumérisme… Dans cette société, le capital productif réside dans les individus et dans le réseau qui les relie. Karl Marx disait que la nature de l'outil de production conditionne la "Weltanschauung ", la représentation du monde. Travailler la terre, travailler en usine ou produire de la connaissance à partir de son clavier ne conduit pas au même rapport à la matière, au temps, au sens de la vie, au divin, au sacré. L'outil de production évoluant rapidement, nos représentations du monde et de notre place dans celui-ci sont en train de changer, radicalement. Pour le meilleur ou le pire, selon notre conscience !

C’est à nous de choisir, clairement, en toute responsabilité : prendre soin de la Terre et de nos prochains en s'unissant dans cette direction, ou participer à notre propre destruction ainsi qu’à celle de la diversité de la vie. Des changements fondamentaux dans nos valeurs, nos institutions et notre façon de vivre sont indispensables. Nous devons comprendre qu’une fois les besoins de base satisfaits, l’évolution de l’humanité n’est pas une question d’avoir plus, mais plutôt d’être plus. Nous possédons les connaissances, les savoirs et la technologie suffisantes pour subvenir aux besoins de tous et pour réduire les répercussions sur l’environnement. L’émergence d’une société civile mondiale offre l’opportunité de bâtir un monde démocratique et humain. Nos enjeux environnementaux, économiques, politiques, sociaux et spirituels sont étroitement liés, et ensemble nous pouvons trouver des solutions intégrées.

Ce XXIe siècle apparait comme déterminant de l’histoire de l’Humanité et de sa continuité. Nous sommes confrontés au défi d’une transformation dont le calibre est analogue aux grands événements historiques tels que la révolution néolithique ou la révolution industrielle.

L'espoir est qu'il n’y a jamais d’irréversibilité, tout étant affaire de conscience. Nous ne sommes pas ce que nous pensons être. Notre pouvoir est grand, inconditionné, inépuisable. Et quand, en démocratie comme en dictature, un système perd sa légitimité, que la perception populaire ne lui accorde plus de crédit, il change. Il ne peut en être autrement. Laissons les morts enterrer les morts, eux qui n’ont rien enseigné, rien découvert, rien démontré qui touche la vie et la mort, le péché et le jugement, l’amour, la douleur et le rachat. Rien de ce qui touche à la conduite de l’homme et au destin de l’âme, au sens, à l’essence et au salut. La pierre d'achoppement de toute philosophie de la catastrophe future est que nous n'arrivons pas à donner un poids de réalité suffisant à l'avenir. Aussi soyons uniquement préoccupé de retrouver notre voie intérieure, d’éveiller notre conscience à ce qui nous dépasse, à ce qui nous transcende, par la conversion de notre regard à la science de la pensée correcte et par l'écoute des valeurs issues de notre cœur. Sapere aude ! " Ayons le courage de nous servir de notre propre entendement ! ". Tel nous y invitent les Lumières…

 

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